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Cinéma

Lily-Rose Depp: “Dans ce métier, il faut avoir de l'ambition”

Elle interprète Isadora Duncan dans La Danseuse de Stéphanie Di Giusto, qui sort en salles aujourd’hui. On a rencontré Lily-Rose Depp en compagnie de la réalisatrice qui lui a offert son troisième rôle au cinéma.
© Wild Bunch Distribution
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À ma gauche, Stéphanie Di Giusto, réalisatrice de La Danseuse, encore inconnue du grand public il y a quelques mois. À ma droite, Lily-Rose Depp, assignée à être star depuis sa naissance. L’une et l’autre prennent place sur les fauteuils en velours d’une suite rouge qui fait face à l’opéra Garnier, un tableau de filles en tutu derrière elles. Elles ont plus de 20 ans d’écart mais ricanent ensemble comme deux copines. Lily-Rose Depp, qui est entrée dans la pièce juchée sur de très hauts talons, les abandonne sur la moquette au pied de son siège et fait craquer ses orteils. Stéphanie Di Giusto, présence bienveillante à ses côtés, est excitée, comme une enfant à la veille de noël, de parler de son tout premier long-métrage.

“Lily-Rose Depp possède en partie l’ambition de son personnage et la totalité de sa grâce.”

Dans La Danseuse, Lily-Rose Depp ne tient pas le premier rôle, mais c’est encore plus fort: elle joue Isadora Duncan, la fille qui vole la vedette, celle dont on retiendra le nom. Celle qui détrône, par son ambition aveugle et sa grâce folle, la géniale mais besogneuse Loïe Fuller, interprétée par Soko. Au point qu’on ne sache plus très bien laquelle des deux, finalement, est vraiment La Danseuse. Lily-Rose Depp possède en partie l’ambition de son personnage et la totalité de sa grâce. Lorsqu’elle apparaît à l’écran, dans la deuxième moitié du film, c’est l’évidence absolue. Face à nous pendant l’entretien, c’est une ado vive, qui parle un français parfait, a le rire et la parole faciles, mais peut aussi se montrer méfiante: l’enthousiasme d’une débutante, l’innocence en moins. 

 

Stéphanie, La Danseuse est ton premier long-métrage et Lily Rose, ton troisième rôle seulement. On imagine que l’énergie des premières fois planait sur le tournage…

Stéphanie Di Giusto: Ah oui, c’est sûr. Pour faire un premier film, il faut avoir la foi. J’ai mis six ans à le faire aboutir et, à chaque nouvelle étape de production ou de financement, je me suis dit que ce film n’existerait jamais. Alors, le jour où on se met à tourner, c’est quelque chose de miraculeux. Ça permet d’affronter les difficultés avec beaucoup plus de puissance, car on se dit qu’on a une chance inouïe…

Et beaucoup plus de pression aussi, non?

SDG: Evidemment. Mais l’avantage du premier film, c’est aussi l’inconscience. Je ne me doutais pas du tout de ce qui m’attendait.

Et toi, Lily-Rose, il s’agissait de ton troisième tournage (Ndlr: après Yoga Hosers et Planetarium). Bien que tu aies grandi dans le milieu du cinéma, as-tu abordé ce film comme une débutante?

Lily-Rose Depp: Au moment de mon premier film, Yoga Hosers de Kevin Smith, je n’y connaissais vraiment rien. Quand on a approché de mon visage l’appareil qui sert à faire le point, je croyais qu’on faisait des photos de ma bouche, alors je me suis mise à sourire. (Rires.) Là, j’en savais un tout petit peu plus: j’ai identifié le mec au cadre, celui au son… Mais j’en suis toujours au tout début donc, comme tout le monde, j’avais le trac. J’avais envie de réussir, j’étais nerveuse. En plus, Soko s’était entraînée pendant des mois et connaissait Stéphanie depuis des années. Je me sentais un peu comme la petite nouvelle dans cette histoire.

 

Lily Rose Depp et Soko La Danseuse © Wild Bunch Distribution

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Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler l’une avec l’autre?

SDG: Je devais trouver une actrice de 16 ans américaine et Denis Ménochet m’a parlé de Lily-Rose pour la première fois en me disant “Ce sera une grande actrice, j’en suis sûr”. J’avoue que j’ai eu de l’appréhension au départ, car je ne l’avais jamais vue à l’écran. Mais, dès que je l’ai eue au téléphone, j’ai été impressionnée par sa maturité. Déjà, elle se posait les bonnes questions sur le scénario. Je m’en souviendrai toujours, elle m’a dit: “Mon personnage, quand il arrive, a-t-il l’intention de faire du mal?”

Comment s’est passée votre première rencontre?

SDG: Après ce coup de fil, je suis partie tout de suite à Los Angeles avec Soko, et on a fait des essais en filmant avec mon iPhone. J’ai laissé Lily-Rose travailler une heure avec une amie chorégraphe. Quand je suis revenue, j’ai été sidérée par sa faculté d’abandon. Je me suis dit que Loïe Fuller avait dû avoir la même impression quand elle a vu Isadora Duncan pour la première fois. Cette espèce d’éclat immédiat, de grâce… Quand elle rentre dans le cadre, elle prend tout, et ça ne s’explique pas.

“Lily-Rose m’a dit qu’elle adorait l’idée de jouer une traîtresse. Pour une jeune fille de 16 ans, c’est formidable d’avoir cette audace-là.”

Le talent de Lily-Rose est donc inné?

SDG: Oui, mais ce qui était intéressant aussi chez elle, c’était cette volonté d’être actrice. Elle me disait que c’était ce qu’elle voulait faire, et j’ai adoré ça.

LRD: Quand Soko m’a dit que Stéphanie pensait à moi pour jouer Isadora Duncan, avant même d’avoir lu le scénario, je me suis dit que c’était un sacré rôle. Je ne connaissais pas les détails de sa vie, mais je savais que c’était une icône de la danse et c’était déjà énorme pour moi d’être considérée pour l’incarner. Ensuite, quand j’ai lu le scénario, c’était tellement bien écrit qu’il fallait absolument que j’en fasse partie.

 

Le personnage d’Isadora Duncan est animé d’une ambition dévorante qui la pousse à manipuler son entourage sans aucun scrupule. Lily-Rose, que penses-tu d’elle?

LRD: Oui, elle est séductrice et manipulatrice, mais on arrive à la comprendre parce qu’elle est passionnée par son art. Elle est ambitieuse et a envie d’avoir du succès, comme tout le monde. Dans ce métier, il faut avoir de l’ambition. Sinon, quelqu’un d’autre l’aura à votre place, et réussira.

SDG: C’est drôle, car Lily-Rose m’a dit qu’elle adorait l’idée de jouer une traîtresse. Pour une jeune fille de 16 ans, c’est formidable d’avoir cette audace-là.

Lily-Rose, tu sera aussi bientôt à l’affiche de Planetarium, réalisé par Rebecca Zlotowski. Est-ce que tu te sens davantage en confiance avec des femmes derrière la caméra?

LRD: Femme ou homme, je ne me pose pas la question. Chaque réalisateur a une façon de faire différente, un style qui lui est propre. C’est plus une question de talent et de volonté.

Mais la question du regard que porte le réalisateur sur ses actrices aurait pu entrer en ligne de compte pour quelqu’un d’aussi jeune que toi, en particulier sur un film qui parle autant du corps…

SDG: Je pense que Lily savait que j’allais la respecter…

LRD: C’est sûr, ça se voyait dans le scénario, il n’y avait rien de vulgaire. Et puis, en apprenant à connaître Stéphanie, j’ai tout de suite eu confiance en elle; je savais qu’elle avait beaucoup de respect, non seulement pour moi, mais aussi pour le personnage et pour l’histoire.

 

Lily Rose Depp La Danseuse © Wild Bunch DistributionLily Rose Depp La Danseuse © Wild Bunch Distribution

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Comment avez-vous abordé la scène du baiser entre Isadora Duncan et Loïe Fuller, qui tient à la fois de la mise à nu et de la mise à mort?

SDG: C’est une scène d’une grande cruauté, mais tout en douceur et en sensualité, et c’est ça qui était intéressant. En fait, sur le tournage de cette scène, on a beaucoup rigolé. On s’est vraiment marré… Vas-y Lily, explique leur…

LRD: C’était mon premier baiser! Enfin, au cinéma hein, pas dans la vraie vie! (Rires.)

C’était une évidence pour toi de jouer le rôle d’une femme bisexuelle? Tu as posé pour un projet LGBTQ il y a un an…

LRD: Je tiens à dire que la personne qui a réalisé cette photo a complètement twisté mes propos. Je ne lui ai jamais dit que j’étais bisexuelle…

SDG: Et puis, si je puis me permettre, l’intention première d’Isadora Duncan, c’est la manipulation, pas du tout un élan sexuel. C’est vouloir posséder pour mieux manipuler. Son arme, c’est son corps.

Mais Isadora Duncan était notoirement bisexuelle, non?

SDG: C’était surtout une femme libre, comme beaucoup l’étaient à l’époque. Mais elle parle surtout d’hommes, elle était obsédée par eux.

LRD: En tout cas, pour moi, la bisexualité d’Isadora Duncan fait juste partie du personnage. J’ai abordé cette scène comme j’aurais abordé une scène de danse.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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