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Cinéma

“Je danserai si je veux”, le film féministe israélo-palestinien qui pulvérise tous les clichés

En salles aujourd’hui, Je danserai si je veux est un magnifique portrait de trois femmes arabes israéliennes qui se battent pour leur émancipation à tous les niveaux.
© Paname Distribution
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En VO, l’affiche est écrite à la fois en arabe et en hébreu. En arabe, le film s’appelle Bar Bahar, qui signifie “terre et mer”, en hébreu, il est intitulé Lo cham, Lo po pour “pas ici, pas là-bas”. Dans ce bilinguisme et ces deux traductions, tout est déjà dit des frontières que franchissent au quotidien les héroïnes palestiniennes de nationalité israélienne du film Je danserai si je veux -eh oui, la France a pris des libertés avec le titre originel. Ces héroïnes, elles sont d’abord deux, Layla et Salma. La première est avocate, la deuxième est DJ/serveuse. Elles partagent un appart à Tel Aviv, parlent arabe et hébreu, sortent, boivent, se droguent, couchent avec des hommes pour la première, des femmes pour la deuxième. Et comme 20% de la population, elles vivent au quotidien un déchirement entre leur culture palestinienne et leur passeport israélien. À leur image, le film est “à la fois palestinien et israélien”, insiste la réalisatrice arabe israélienne Maysaloun Hamoud, 35 ans, rappelant que son producteur Shlomi Elkabetz est un Israélien juif.

À la recherche d’une troisième coloc, Layla et Salma se retrouvent à partager leur toit avec Nour, palestinienne elle aussi, mais bien plus traditionnelle. Voilée, elle est fiancée à un homme de son village qui attend impatiemment qu’elle termine ses études pour qu’elle puisse rentrer, devenir sa femme et s’occuper de leur foyer. Les frontières n’étant jamais là où on les croit, Nour va rapidement prendre goût à la liberté de ses colocs, tandis que ces dernières vont se heurter à des murs qu’elles avaient cru oublier. “Layla, Salma et Nour font beaucoup de sacrifices pour se trouver, mais elles y parviennent, explique la réalisatrice. J’espère que, comme elles, beaucoup de femmes réussiront à faire ce cheminement.”

Pour moi, l’opposition ne se situe pas entre Orient et Occident, mais entre conservateurs et libéraux.

Ode à la solidarité féminine, cette quête de liberté de trois femmes qui refusent les règles d’une société patriarcale, pulvérise à chaque scène les idées reçues qu’on accole trop souvent au monde arabe. Et nous renvoie à nos propres interrogations de femmes européennes, souvent confrontées à des barrières similaires, bien que plus subtiles. “J’aime jouer avec les stéréotypes, sourit Maysaloun Hamoud. Pour moi, l’opposition ne se situe pas entre Orient et Occident, mais entre conservateurs et libéraux. Les Occidentales ne sont pas nécessairement plus libérées.

Alors que Maysaloun Hamoud est actuellement de passage à Paris pour défendre son film, à la fois primé et attaqué -la réalisatrice est sous le coup d’une fatwa-, on a eu la chance de pouvoir échanger avec cette artiste tiraillée entre les différentes facettes de son identité, qui entend montrer la réalité d’une société complexe: celle dans laquelle elle vit, à Tel Aviv, et plus précisément dans le quartier de Jaffa. Rencontre.

Tes héroïnes sont-elles purement fictionnelles ou ressemblent-elles aux femmes que tu connais?

Bien sûr qu’elles ressemblent à beaucoup de femmes que je connais. Leurs histoires sont réelles, elles aussi, sauf que personne n’en parle jamais. J’ai voulu me saisir de la fiction pour raconter ce quotidien, qui est le mien.

Je danserai si je veux film Maysaloun Hamoud

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En France, on n’imagine pas les femmes arabes fumer, se droguer, coucher aussi librement…

Pourtant, ces femmes existent dans tout le monde arabe, d’Amman à Tunis en passant par Beyrouth. Au total, elles sont assez nombreuses, et elles se battent pour faire bouger les lignes. La seule différence, c’est que mes personnages vivent en Israël.

Ça aussi, c’est difficile à comprendre ici: qu’il y a des Palestiniens qui vivent en Israël…

Oui, je sais, dans le monde entier, c’est pareil! Quand on pense Palestine, on pense Cisjordanie ou Gaza, mais 20% des citoyens israéliens sont palestiniens. Et parmi ces Palestiniens, il n’y a pas que des musulmans. Ce sont aussi ces stéréotypes que je voulais combattre en montrant la famille chrétienne de Salma.

Tel Aviv est-elle vraiment cette bulle de liberté si souvent dépeinte?

C’est surtout la seule grande ville du pays, qui nécessairement abrite une communauté alternative, même si actuellement, Haïfa connaît un véritable essor. Comme toutes les capitales, Tel Aviv est plus ouverte: il y a pleins d’Israéliens de gauche, pas sionistes et pas religieux qui y vivent. Pourtant, même là-bas, les arabes israéliens sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Trouver un logement ou un boulot est compliqué, et chaque jour, la méfiance et le racisme ordinaire nous rappellent qu’on est différents.

Je danserai si je veux film Maysaloun Hamoud

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Comment le film a-t-il été reçu en Israël?

On a fait plus de 100 000 entrées, ce qui est beaucoup pour un si petit pays. Je crois que beaucoup de spectateurs ont aimé découvrir une réalité qu’ils ne voient pas alors qu’elle est sous leurs yeux. Ils ont compris leur racisme et ils nous ont enfin vus sans stéréotypes. Je sais que beaucoup de gens ont adoré Nour, le personnage le plus traditionnel, et qu’au fil du film, ils ont oublié son voile.

La sororité est l’essence du film et la clé pour changer les choses.

Avec ses colocs aussi, cette barrière tombe progressivement… C’est important pour toi de montrer une solidarité entre des femmes très différentes?

Pour moi, la sororité est l’essence du film et la clé pour changer les choses. Si on ne comprend pas ça, rien ne bougera. Il est important aussi de se rappeler qu’avant nous, il y a eu d’autres personnes qui se sont battues pour les droits dont nous jouissons aujourd’hui, et que nous, on ne fait que reprendre le flambeau. En France aussi, les femmes sont divisées, notamment sur la question du voile: j’espère qu’elles iront voir mon film! Les femmes sont plus fortes ensemble, quelle que soit leur définition du féminisme. La sororité est encore un long combat mais on progresse.

Es-tu fière de fournir, grâce à ton film, des modèles différents aux femmes arabes?

Oui, même si je pense que mes personnages peuvent être inspirants pour toutes les femmes, et pas seulement celles du monde arabe. Je reçois beaucoup de messages me remerciant de montrer autre chose, et ces messages viennent autant de femmes que d’homosexuels ou de jeunes qui essayent de se libérer de leurs carcans pour vivre comme ils l’entendent. En cela, mon film, c’est de l’activisme. Au fond, je suis une optimiste, je ne pourrais pas faire du cinéma sinon: les pessimistes n’agissent pas. Je continue de croire que les choses finiront par changer et qu’on verra des jours meilleurs, même si aujourd’hui tout est assez sombre.

Propos recueillis par Myriam Levain


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