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Documentaire

Julia et Clara Kuperberg: “Avant le parlant, Hollywood était dirigé par des femmes”

De l’écriture au montage, Julia et Clara Kuperberg sont présentes à chaque étape de la réalisation de leurs documentaires. Passionnées par l’âge d’or du cinéma américain, elles mettent à l’honneur les classiques oubliés du grand public, et n’hésitent pas à interroger la place de la femme à l’écran.         
Julia (à gauche) et Clara (à droite) Kuperberg © Gérard Schachmes
Julia (à gauche) et Clara (à droite) Kuperberg © Gérard Schachmes

Julia (à gauche) et Clara (à droite) Kuperberg © Gérard Schachmes


L’âge d’or du cinéma américain, une véritable passion familiale que partagent les productrices et réalisatrices Julia et Clara Kuperberg. Un amour qu’elles tiennent de leur père, qui leur a fait découvrir, alors qu’elles étaient enfants, La Prisonnière du désert ou encore Psychose. Les deux soeurs viennent au départ de deux univers différents. Julia a fait ses armes à la rédaction de l’émission Tracks sur ARTE pendant trois ans. Clara a, quant à elle, travaillé au Centre national de la documentation pédagogique (CNPD) sur des séries de documentaires littéraires pour France 5, avant de réaliser son premier documentaire en 2001. Ensemble, elles ont créé, en 2006, leur société de production de documentaires, Wichita Films. À l’occasion de la diffusion de leur dernier film This is Orson Welles-, projeté en avant-première dans le cadre de Cannes Classics et diffusé jeudi 21 mai à 19h45 sur TCM Cinéma, elles répondent à nos questions.

Votre dernier film, This is Orson Welles, revient sur la vie de ce dernier. Qu’est-ce qui vous a plu dans cette figure mythique du cinéma? 

Le personnage. Notre idée était de nous concentrer sur l’homme plus que sur ses films. Nous ne voulions pas faire un documentaire de cinéphiles, mais le portrait d’un homme complexe qui dresse, à la fin de sa vie, un constat parfois triste mais plein d’humour sur l’âge d’or américain, la politique des studios, le cinéma indépendant et sa vie. D’où l’idée de n’avoir que des intervenants qui l’avaient personnellement côtoyé: sa fille bien sûr, mais aussi Peter Bogdanovich, Henry Jaglom ou Joseph McBride. Martin Scorsese, que nous avions déjà interviewé a aussi immédiatement répondu présent pour replacer Welles au sein de son héritage cinématographique.

Henry Jaglom Clara et Julia Kuperberg © Martin Ehleben

En interview avec Henry Jaglom © Martin Ehleben 

Les inégalités entre hommes et femmes sont nombreuses dans le monde de l’audiovisuel. En tant que réalisatrices et productrices de documentaires, quel regard portez-vous sur cet état de fait? 

Notre prochain documentaire se penchera sur les femmes derrière la caméra dans les années 10 et 20 à Hollywood. Tout le monde a oublié qu’avant le parlant, Hollywood était dirigé principalement par des femmes. Elles avaient un pouvoir incroyable. Elles étaient patronnes de studios, réalisatrices ou encore scénaristes, mieux payées que les hommes… Mais avec l’arrivée du parlant à la fin des années 20, les hommes ont compris le pouvoir financier d’Hollywood. Ces femmes ont disparu des strates de pouvoir. Quand on sait qu’entre les années 30 et les années 80, on ne se souvient que de deux femmes réalisatrices, à savoir Dorothy Arzner et Ida Lupino, le constat est assez frappant. D’ailleurs, quand Kathryn Bigelow reçoit son oscar en 2010 pour Démineurs, c’est la première fois en 83 ans qu’une femme remporte l’oscar de la meilleur réalisation. 

“Les rôles de femmes fortes, dont Hollywood regorgeait dans les années 30, 40 et 50, n’existent plus.”

L’un de vos documentaires s’intéresse d’ailleurs aux “films de femmes”. Quelle est votre vision actuelle de la représentation des femmes à l’écran? 

Nous avons effectivement parlé de la représentation des femmes à l’écran dans Et Hollywood créa la femme pour ARTE. C’était fascinant de constater qu’avec les années, si les femmes sont plus libres et que le code de censure n’est plus en vigueur, elles ont, paradoxalement, perdu de leur superbe à l’écran. Elles sont devenues des caricatures. Les rôles de femmes fortes dont Hollywood regorgeait dans les années 30, 40 et 50, n’existent plus. Malgré une Meryl Streep ou une Susan Sarandon, la plupart des rôles pour femmes sont édulcorés et souvent très schématiques. L’évolution des femmes à l’écran n’a paradoxalement pas progressé avec leur libération sociale.

Propos recueillis par Julie Jeunejean


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Julia (à gauche) et Clara (à droite) Kuperberg © Gérard Schachmes - Cheek Magazine
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