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Musique

Juliette Armanet, nouvelle reine de la variété française

Quelques mois après la sortie de son premier album Petite amie, l’ancienne journaliste de 33 ans a trouvé son public tout en dépoussiérant la variété française. Rencontre avant son passage à la Cigale le 11 octobre.
© Flavien Prioreau
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Pas facile de capter Juliette Armanet. Depuis la sortie de son premier album Petite amie, la nouvelle reine de la variété française fait le tour de l’Hexagone. Il faut dire que depuis le mois d’avril, son numéro d’équilibriste séduit de plus en plus de fidèles. En marchant sur le fil entre sérieux et second degré, entre variété et pop moderne, tantôt comparée à son amie Fishbach, tantôt portée aux nues comme la nouvelle William Sheller, Juliette Armanet a trouvé son public.

On la compare parfois à France Gall, mais la reine Juliette, qui se montre sur la pochette de son album (signée Théo Mercier) avec des couronnes superposées, est plutôt comme Véronique Sanson. Elle n’a besoin de personne. Dans son premier disque, elle voyage dans les identités, amoureuse éplorée dans L’Amour en solitaire, guerrière romantique sur À la guerre comme à l’amour, fêtarde du samedi soir dans Un samedi soir dans l’histoire. Elle se glisse même dans le costard d’un chanteur esseulé dans Star triste.

Elle est fascinée et émue de voir des gens se masser devant les portes des salles de concert de Rouen à Nîmes en passant par Paris.

Toute forme de création est faite pour s’inventer une vie”, s’amuse la chanteuse, qui nous répond au téléphone alors qu’elle est à Nîmes. Elle aime jouer du féminin, du masculin, ne pas s’enfermer. Parfois, elle s’inspire des sujets qu’elle a couverts dans son ancienne vie de journaliste pour des documentaires. Son disque est un livre d’images et de sensations, où l’on peut aussi bien retrouver les saveurs nostalgiques de l’adolescence, la voix chaude de Véronique Sanson et où le rose bonbon, comme chez Jacques Demy, n’empêche pas une indécrottable mélancolie.

Aujourd’hui, elle s’adapte à sa nouvelle vie, celle d’une chanteuse qui sillonne la France de salle en salle. Elle est fascinée et émue de voir des gens se masser devant les portes des salles de concert de Rouen à Nîmes en passant par Paris. Entre deux concerts, Juliette Armanet est revenue sur ces derniers mois bouillonnants.

 

Depuis la sortie de l’album, tu enchaînes les concerts et les projets. Comment as-tu vécu ces derniers mois?

Je suis très heureuse que l’album ait suscité quelque chose d’aussi positif. Ça donne de l’énergie pour monter en scène et en selle. Le premier EP avait été bien accueilli mais je devais batailler pour avoir des dates. Là, les salles de concert s’ouvrent!

Tu dis souvent que la musique est un processus solitaire pour toi. Qu’est-ce que ça te fait de te retrouver dans le contexte d’une tournée, de jouer avec un groupe devant des publics plus importants?

J’apprends beaucoup sur scène, à placer ma voix, à trouver la bonne manière de chanter et au-delà de ça, j’apprends aussi la vie de groupe. Avant j’étais seule avec mon piano et je faisais des premières parties, ce qui peut être difficile pour l’ego. Je rentrais le soir toute seule dans les chambres d’hôtel. Là, on vient de commencer la tournée avec le groupe et je découvre une toute autre vie. On travaille sur des arrangements différents, c’est une nouvelle ère! J’ai envie de tenter des choses, comme danser par exemple. Mais attention, je sais que je ne suis pas Beyoncé, je ne suis pas là pour donner un show millimétré avec des chorégraphies! Je vais garder un côté potache, avec de l’humour.

 

Juliette Armanet DR

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Tu t’inspires beaucoup des années 80, une époque où les chanteuses de variété étaient souvent épaulées par un homme, compositeur ou mentor. Tu as l’impression de renverser cet ordre?

Je n’ai pas envie d’être trop considérée comme une “artiste femme”, j’ai l’impression que c’est un peu un piège. J’essaie de parler de ma vie, comme pourrait le faire n’importe qui, sans notion d’identité sexuelle ou de sexualité. J’ai sans doute quelque chose de très féminin, je ne le rejette pas du tout. Mais pour moi la beauté de chanteuses comme Björk ou Véronique Sanson, c’est leur ambiguïté. On ne se pose pas la question de savoir si on a un homme ou une femme en face de soi. On se pose la question de savoir si ça nous touche. J’aime bien écrire des textes au masculin, parce que justement je pense que toute forme de création est faite pour s’inventer une vie, se fantasmer. J’aime être fluide dans mon rapport à l’identité sexuelle.

Il y a une réflexion sur la masculinité qui traverse tout le disque, avec le macho d’Alexandre, le chanteur triste de Star triste… C’est un sujet qui t’inspire particulièrement?

J’ai fait plusieurs documentaires sur ces sujets-là pour Arte. Sur la jupe, sur la féminité, sur l’état des hommes depuis que les femmes sont libres. Ce sont des sujets auxquels je suis très poreuse. J’adore parler avec d’autres femmes sur ce que ça change ou trouble en elles, cette nouvelle liberté, notamment par rapport à nos mères ou grands-mères. Je suis intéressée aussi par la manière dont nos mères, qui ont quand même brûlé leurs soutiens-gorge, peuvent avoir des relents du passé et peuvent nous dire des choses comme “ne bois pas trop en face d’un mec”, “ne parle pas trop en face d’un mec”… Nos rapports hommes/femmes sont très ancrés et on a du mal à s’en défaire. Pourtant, j’ai l’impression que la nouvelle condition féminine aide beaucoup les hommes à assumer une masculinité beaucoup plus intéressante. Tout le monde est gagnant dans cette histoire!

Il faut dompter la solitude, qui peut être une force quand on sait l’habiter.

Le clip de Manque d’amour, où l’on voit une chorale d’hommes, retourne aussi ces rapports…

J’adorais cette idée de la chorale d’éphèbes! Si tu fais chanter “il y a comme un manque d’amour” à des femmes, c’est pas mal. Mais si tu le fais chanter à des hommes, d’un coup ça devient drôle parce que c’est plus inattendu. Pourtant, ils n’ont aucune raison de ne pas le chanter!

 

 

Il y a eu beaucoup de portraits de toi dans la presse quand l’Ep Cavalier seul est sorti qui te présentaient comme une frondeuse. Ça te plaît cette image?

J’aimais beaucoup le titre Cavalier seul, qui donnait l’impression de quelque chose de conquérant sans être agressif. C’était une déclaration d’indépendance par rapport à sa famille, à ses amis, à l’amour. Ça montrait qu’il faut dompter la solitude, qui peut être une force quand on sait l’habiter. Ce n’est pas guerrier, ça ne parle pas de la guerre des sexes, mais je voulais prendre mon espace, m’autoriser ma propre liberté. Donc oui, la frondeuse, ça me ressemble plutôt bien! Mes proches m’appellent “le petit bolide”!

Tu as écrit le disque entre tes 20 et tes 30 ans, une période plutôt riche. Tu penses déjà à ce que tu vas raconter par la suite?

J’y pense. J’admire énormément les chanteurs comme Alain Souchon qui ont une plume reconnaissable mais qui ne se sont jamais répétés. Il y a toujours quelque chose de nouveau dans son rapport au monde. Il parle de notre société sans faire des chansons engagées chiantes et il raconte le monde marchant avec une poésie et une finesse qui n’exclut personne. Pour moi, c’est la signature des plus grands. Il y a forcément un moment où plus personne ne t’écoute, où tu deviens ringard. Mais j’aime les gens qui traversent la vie et qui continuent à se raconter. On fait toute sa vie la même chanson, en ouvrant toujours un peu plus le spectre. J’espère que je peux y arriver!

 

Juliette Armanet DR

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Tu explores beaucoup le versant visuel pour tes clips et tes pochettes qui sont réalisées par le plasticien Théo Mercier. C’est un aspect qui t’importe beaucoup?

J’adore cet aspect et j’ai de la chance de connaître Théo Mercier, qui est à la fois mon meilleur pote et un artiste brillantissime. C’est une collaboration très profonde. La pochette du disque est une grille de lecture très importante. Si on avait utilisé une photo en noir et blanc de moi avec un bébé chaton pour la pochette de Petite amie, la lecture de l’album aurait été très différente ! C’est une porte d’entrée cruciale.

En sortant le disque, tu disais que tu ne voulais pas toucher uniquement le public parisien. Là, tu tournes partout en province. C’est une victoire?

Oui, je suis ravie! C’est mon vieux rêve de bohème de faire le tour des salles de France avec mes chansons sous le bras. C’est émouvant d’aller chanter partout. Les gens s’organisent, prennent une baby-sitter. J’ai super peur, mais c’est une chance incroyable!

Propos recueillis par Pauline Le Gall 


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