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“La Consolation”: Le viol de Flavie Flament porté à l'écran dans un téléfilm brillant

Le téléfilm La Consolation est une adaptation brillante du roman autobiographique de Flavie Flament, dans lequel elle raconte le viol dont elle est victime à 13 ans, son amnésie, et la redécouverte de ce souvenir traumatique.
© Nathalie Guyon / FTV
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C’est une histoire de femmes, c’est une histoire actuelle, c’est une histoire poignante, c’est une histoire que France 3 se devait de raconter”, explique Anne Holmes, directrice de l’Unité Fiction de France 3 dans le dossier de presse du téléfilm La ConsolationCette histoire, c’est celle de Flavie Flament, violée à 13 ans par un célèbre photographe. Un traumatisme qu’elle “oublie” pendant une vingtaine d’années et qui ressurgit un soir avant que la jeune femme, devenue animatrice de télévision, ne passe à l’antenne. Elle fait un malaise qu’elle n’arrive pas à expliquer et, dans les semaines qui suivent, de nombreuses crises de panique. Flavie Flament essaye les médicaments, la méditation, et c’est finalement un psychanalyste qui découvre la blessure responsable de son état d’angoisse et de déprime: son viol. Alors qu’elle évoque, durant la première séance, une enfance “banale”, feuilleter un album photo de ses jeunes années permet de faire émerger de douloureux souvenirs, portés à l’écran sous forme de flashbacks. D’abord, il y a cette mère incarnée par Léa Drucker, frustrée, manipulatrice, et qui maltraite sa fille, surnommée Poupette, à coup de remarques cinglantes et cruelles sur son apparence. Elle assiste à sa réussite dans le monde de la photo, jalouse le regard que portent sur elle les hommes et vit sa réussite par procuration. Pour côtoyer les hautes sphères artistiques parisiennes, elle va même jusqu’à pousser Flavie Flament, alors mineure, dans les bras et les draps d’hommes de pouvoir bien plus âgés.

Au fil de leurs rencontres, David Hamilton se fait de plus en plus insistant pour que la jeune fille se dénude sous son objectif.

Ensuite, il y a cette rencontre, l’été de ses 13 ans, avec David Hamilton, un photographe mondialement connu. Alors qu’elle est en vacances au Cap d’Agde avec sa mère et des amis, l’homme la repère à la terrasse d’un café et lui propose de participer à des séances de shooting. Au fil de leurs rencontres, David Hamilton se fait de plus en plus insistant pour que la jeune fille se dénude sous son objectif. Un après-midi, sur son balcon, il la viole. Un épisode terrible, qui, à cause d’une amnésie traumatique, ne lui revient en mémoire qu’à 35 ans. Malheureusement pour la femme devenue animatrice de télé et de radio, il est trop tard pour porter plainte, le délai de prescription étant écoulé. 

Cette histoire, Flavie Flament l’a d’abord racontée dans son livre La Consolation, sorti en octobre 2016, sans désigner son agresseur. Quelques semaines plus tard, elle change d’avis et accuse David Hamilton. Une décision courageuse qui pousse d’autres femmes agressées par l’artiste à sortir du silence. Le 25 novembre 2016, David Hamilton est retrouvé mort dans son appartement, il s’est suicidé, sans laisser à ses victimes la possibilité de le traduire en justice. Un peu moins d’une année plus tard, c’est une adaptation télévisée très réussie de La Consolation que propose la réalisatrice Magaly Richard-Serrano. Le téléfilm, récompensé au Festival du film de la Rochelle, est diffusé ce soir sur France 3. On vous dit pourquoi il faut le regarder.

 

Parce qu’il nous éclaire sur le phénomène de l’amnésie traumatique

22 ans. C’est le temps qu’il a fallu à Flavie Flament pour prendre conscience du viol qu’elle a subi. “Lorsqu’on vit un événement traumatisant qui met sa santé psychique en danger, l’esprit range ces souvenirs dans une partie méconnue du cerveau. Du coup, on oublie ce qu’on a vécu”, explique l’animatrice dans le communiqué de presse du téléfilm. Ce phénomène porte le nom d’amnésie traumatique: “Au moment de l’agression, le stress est tellement extrême qu’il représente un danger vital pour l’enfant. Pour le stopper, le cerveau fait ‘disjoncter’ le cerveau émotionnel, et la mémoire avec, explique Muriel Salmona, fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie au Figaro Madame, la victime est comme paralysée. La mémoire des faits reste bloquée.” La victime de viol développe en grandissant ce que Flavie Flament a ressenti comme un “état de déprime et de souffrance inexplicable”, qui peut s’aggraver en réaction à un bruit, une odeur, un geste, ou après un événement dramatique: dans son cas, la mort de son grand-père. “Les victimes sont dans l’incapacité de parler car l’absence d’émotions leur fait croire que c’est irréel, que ça ne s’est pas vraiment passé. Souvent, les patients comprennent la gravité des faits quand ils voient notre réaction, à nous, les psychiatres”, complète Muriel Salmona.

Trois bonnes raisons de regarder l'adaptation télé de “La Consolation” de Flavie Flament

© Nathalie Guyon / FTV

Parce qu’il nous aide à comprendre l’engagement de Flavie Flament pour l’allongement du délai de prescription

Ces faits n’ont jamais été soumis à la justice et ne peuvent plus faire l’objet d’une quelconque action judiciaire.” Ce message, diffusé comme un avertissement avant le téléfilm, évoque sans le nommer le délai de prescription, comme un clin d’œil à l’engagement de Flavie Flament sur la question. La loi française dispose que le temps accordé pour porter plainte en cas de viol est de 20 ans pour les victimes majeures au moment des faits. Les victimes mineures bénéficient du même laps de temps, à compter de leur majorité et non de la date de l’agression. Une période insuffisante selon Flavie Flament qui estime qu’aujourd’hui, “la prescription muselle des victimes de viol quand elles se souviennent trop tard ou quand elles sont en mesure de parler trop tard”. 

Seulement 11% des victimes de viol ou de tentative de viol portent plainte.

La pression familiale ou professionnelle, l’intimidation, la honte, la peur de ne pas être crues sont autant de raisons qui expliquent que seulement 11% des victimes de viol ou de tentative de viol portent plainte selon le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Après la sortie de son livre-témoignage l’année dernière, l’animatrice devenue journaliste à RTL a collaboré avec Laurence Rossignol, ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, pour l’élaboration d’un rapport sur le viol sur mineur et le délai de prescription. Elle a reçu des victimes, des législateurs, des magistrats et des psychiatres pour finalement recommander “le rallongement du délai de prescription de 20 à 30 ans après la majorité”. Un projet qui semble également tenir à cœur à Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui annonçait sur RTL le mois dernier vouloir défendre en 2018 un projet de loi visant à l’allongement du délai, un “engagement de campagne” d’Emmanuel Macron.

 

Parce qu’un tabou est enfin levé

Alors que la parole des victimes de violences et de harcèlement sexuel semble enfin se libérer depuis qu’a débuté l’affaire Weinstein, on ne peut que se réjouir de voir des programmes comme La Consolation passer sur une chaîne du service public en prime time. Le 19 septembre dernier, France 3 a déjà diffusé le programme très émouvant et instructif Le Viol, consacré au procès qui permit de faire qualifier le viol de crime en 1980. Puis en octobre, c’est France 2 qui a consacré un épisode d’Infrarouge au harcèlement sexuel au travail. Enfin, le 15 novembre sur France 5, vous pourrez suivre le documentaire Viol sur mineurs, mon combat contre l’oubli, écrit par Flavie Flament. Elle observe la situation actuelle de reconsidération des violences faites aux femmes, et la pluie de témoignages de victimes sur les réseaux sociaux avec les hashtags #BalanceTonPorc ou #Metoo d’un œil critique: “C’est très délicat. Je suis la première à dire qu’il faut libérer la parole, je sais à quel point il faut le faire de façon rigoureuse et méthodique. Pour ma part, j’ai mis des années à l’organiser, j’ai attendu d’être prête, avec le temps, les moyens et les soutiens pour le faire, confie-t-elle à Téléstar, mais je ne suis pas persuadée que l’on se ‘répare’ avec les réseaux sociaux. C’est le début du processus. Mais je le comprends et je crois que je l’aurais fait si je n’avais pas parlé il y a un an.

 

 

Concernant Harvey Weinstein, c’est une dérive globale, celle qui a également permis à David Hamilton d’agir en toute impunité, qu’elle dénonce le 11 octobre sur LCI: “À partir du moment où on voit un vieux photographe qui se balade tout nu avec des gamines de 13 ans, je pense que l’opinion doit s’alerter.” Et d’ajouter: “Je pense qu’on est tous responsables d’une sorte d’aveuglement. Parce que regarder la vérité en face, c’est nous confronter à de nombreuses interrogations quant à notre responsabilité, la responsabilité de la société et celle, aussi, des pouvoirs.” Espérons que le géant hollywoodien soit jugé comme il convient par les tribunaux américains. Une condamnation qui pourrait pousser davantage de victimes de crimes sexuels à porter plainte et décourager certains prédateurs.

Margot Cherrid


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© Nathalie Guyon / FTV - Cheek Magazine
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