culture

Interview / Sophie-Marie Larrouy

“La frontière entre la folie et la non folie est aussi fine qu'un fil de salive”

À l’affiche de la Comédie des 3 Bornes pour son spectacle Sapin le jour, Ogre la nuit, l’humoriste Sophie-Marie Larrouy a parlé art et bipolarité avec notre contributrice Safia Bahmed-Schwartz
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Salut toi, t’es qui?

Je m’appelle Sophie-Marie Larrouy, aka SML, aka Vaness la bomba. Aka Minette aussi: les gens m’appellent comme ça parce que je suis trop mignonne.

Tu fais quoi dans la vie?

Je suis journaliste à la base, mais j’ai bifurqué vers des trucs de comédienne. J’aime pas dire que je suis comédienne, il y a un aspect péjoratif pour moi. Mais je le suis.

Être humoriste pour toi, c’est être comédienne?

Oui, parce qu’il y a un jeu, je ne fais pas que des blagues, ce n’est pas du stand-up. Il y a un vrai souci de mise en scène. J’ai travaillé mon spectacle pendant deux mois pleins, avec Océane Rose Marie.

Peux-tu me raconter la genèse de ton spectacle?

J’ai toujours eu envie de faire rigoler les gens, je le faisais un peu chez Canal+, mais je ne pouvais pas dire tout ce que je voulais donc j’avais une petite frustration. Quand j’ai arrêté Canal, j’étais sur le Mouv’ et j’ai rencontré Océane, qui est rapidement devenue une amie. Après qu’elle m’a vue faire une première partie, elle m’a dit: “C’est bien, mais il faut travailler maintenant.” Puis elle a proposé de me mettre en scène. L’année dernière, je me suis séparée de mon mec: soit je me suicidais, parce que j’avais beaucoup trop de chagrin pour une seule personne, soit je mettais à profit cette énergie chelou. C’est à ce moment qu’Océane m’a chopée et m’a dit d’écrire mon spectacle. Deux mois après, il était prêt.

Sophie-Marie Larrouy

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Est-ce que tu te considères comme une artiste?

Encore un terme extrêmement péjoratif pour moi mais oui, je me considère comme telle. Parce que je réfléchis tout le temps à ce qui pourrait améliorer le vulgus du peuple, et que ça passe par la création. C’est beau ce que je viens de dire, non? (Rires.)

Oui, très! J’aime bien le mot “vulgus”.

Je l’ai appris dans une BD d’Astérix et Obélix. 

“Vaness est l’un des prismes à travers lesquels je me vois.”

Tu ne trouves pas qu’être humoriste, c’est faire du profit avec une qualité que beaucoup de gens possèdent?

Je ne fais pas vraiment de profit parce que c’est énormément d’investissement. C’est une nécessité pour moi de régler quelque chose, un complexe d’infériorité, par rapport aux autres et du coup, par rapport à moi. Mais surtout, rien ne me rend plus heureuse que de faire oublier aux gens leurs problèmes pendant une heure.

Dans ton spectacle, tu es habitée par ton double maléfique, Vaness la bomba. Tu es bipolaire?

Non. Vaness est l’un des prismes à travers lesquels je me vois, j’ai créé ce personnage comme un mécanisme de défense quand j’étais ado et que je ne me sentais pas la force de dire ce que je pensais.

Tu parles à plusieurs reprises de Francis Heaulme dans ton spectacle. Tu le connais personnellement?

Mon oncle l’a fréquenté. Il étaient amis, la famille de Francis Heaulme habitait juste à coté de chez lui, il me racontait que c’étaient de pauvres gens… Personne n’est fou, la frontière entre la folie et la non folie est aussi fine qu’un fil de salive. Quand tu t’en rends compte, tu n’excuses pas, mais tu relativises. Même nous, en tant que meufs, ça nous arrive de vriller, quand on harcèle un mec par exemple.

C’est quoi tes prochains projets?

Avec Virginie Mosser, alias Navie, et Pénélope Bagieu, on bosse sur Garçon sensible, la série qui t’a inspiré les tatouages que tu as faits à la comédienne Aude Pépin et moi (ndlr: voir photo ci-dessous). C’est un projet qui nous tient vraiment à coeur parce qu’on n’a pas de série de meufs pour les meufs en France, un Girls à la française. J’écris aussi une BD sur les hipsters avec Mark The Ugly de So Foot. Et puis j’essaye de me trouver un gars, c’est mon projet.

tatouages Safia

© Safia Bahmed-Schwartz

Propos recueillis par Safia Bahmed-Schwartz

Les vendredis et samedi à 20h15 à la Comédie des 3 Bornes. 32 rue des Trois Bornes, Paris 11ème.


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