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Cinéma / Jacky au royaume des filles

Le film de Riad Sattouf sert-il la cause des femmes?

Sur le papier, le pitch de Jacky au royaume des filles est audacieux: un régime totalitaire dominé par les femmes, où les hommes assujettis portent une simili-burqa, quoi de mieux pour dénoncer les inégalités hommes-femmes? À l’issue du film, on se demande quand même si la mission est accomplie.
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Non: le pouvoir aux femmes ressemble à une vaste blague

Un sexe faible et bête

Quoi de plus efficace pour faire comprendre la domination masculine que d’inverser les rôles? Rien que l’affiche, avec un Vincent Lacoste vêtu d’un voile à mi-chemin entre l’abaya saoudienne et la burqa afghane, fait réagir. Mais difficile de ressentir de la compassion pour les personnages masculins incarnant le sexe faible au royaume de Bubunne, qui nous sont présentés, au pire comme des opportunistes obsédés par le mariage, au mieux comme de parfaits imbéciles complètement obscurantistes. Certes, on imagine que l’objectif est de dénoncer l’ignorance qui sous-tend tout assujettissement. Mais au lieu de rire avec eux, on rit d’eux.

Un vocabulaire grotesque

Riad Sattouf ne s’est pas contenté d’inventer un royaume, il a choisi de fabriquer un langage. Les légumes deviennent ainsi des “plantins”, la culotte, un “culotin”, coucher devient “couiller”. Le réalisateur explique avoir voulu dénoncer l’absurdité de certains mots féminins que nous utilisons tous les jours en les remplaçant par d’autres, encore plus absurdes. Résultat: on a du mal à prendre au sérieux certaines scènes où l’homosexualité féminine devient la “gouinerie” et la pendaison la “penderie”. Comme si le pouvoir aux femmes n’était rien d’autre qu’une vaste blague.

La dénonciation est ailleurs

Au fur et à mesure que le film progresse, on se rend compte que Riad Sattouf ne se contente pas de dénoncer les inégalités hommes-femmes. Il s’en prend notamment à la religion: au royaume de Bubunne, on adore le chevalin (Ndlr: un poney ridicule) de façon primaire, et le blasphème est passible de pendaison. Mais surtout, les habitants vivent dans un régime totalitaire où la nourriture est rationnée et contrôlée, la télé passe en boucle les discours du gouvernement féminin militaire et la photo de la chef trône partout dans le royaume (Anémone est parfaite en dictatrice grabataire). Et si le propos de Sattouf concernait davantage le totalitarisme que la misogynie?

Oui: un film OVNI qui pousse à la réflexion

Un film qui ne ressemble à aucun autre

Visuellement, Jacky au royaume des filles est complètement atypique: on sent tout le temps l’influence de la bande dessinée dont vient le réalisateur et certains plans sont véritablement bluffants. Plus généralement, le film est un ovni qui ne rentre dans aucune case: comédie? Drame? Fresque sociale? Film engagé? On ne sait jamais sur quel pied danser, s’il faut rire ou non, et finalement, ce malaise nous pousse à réfléchir et essayer de comprendre.

Derrière les blagues, une réelle violence

Si beaucoup de scènes versent dans le burlesque et la caricature, certaines touchent juste, et le procédé de l’inversion des sexes fonctionne alors à merveille. Le spectateur pressent que Vincent Lacoste va se retrouver acculé et violé par cette épicière qui le harcèle, jouée par India Hair. De même, l’obsession de tous les jeunes hommes pour se marier ou la répartition des tâches dans le foyer (les femmes devant la télé, les hommes à la cuisine) sont plus parlants que n’importe quel tract sur le sexisme ordinaire.

Une réflexion sur la domination, quelle qu’elle soit

Finalement, la force du film de Riad Sattouf vient peut-être de sa dénonciation de la pensée unique sous toutes ses formes. On ne peut s’empêcher, en voyant Michel Hazanavicius se déguiser en femme pour se rebeller, de penser à toutes les femmes qui dans l’histoire ont usé (et usent encore) de tels subterfuges pour obtenir les mêmes droits que les hommes. Son personnage, ainsi que celui de Charlotte Gainsbourg, dont le physique androgyne sert plus que jamais le rôle, rappellent qu’il est toujours possible de refuser d’entrer dans un moule et de se battre pour faire avancer les choses.

Myriam Levain

Jacky au royaume des filles, de Riad Sattouf. Avec Vincent Lacoste, Charlotte Gainsbourg, Noémie Lvovsky. 1h30. En salles le 29 janvier.


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