culture

Interview “Made in France” / Owlle

“Le microcosme parisien me fait peur”

La Française Owlle, alias France Paillecou, sort un premier album de pop électronique chanté en anglais et sobrement intitulé France. Puisque ses influences musicales semblent venues d’ailleurs, on a cherché à savoir ce qu’il y avait de français chez cette artiste au prénom bleu blanc rouge.  
© Alexandre Tabaste / DR
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Es-tu née en France?

Oui, à Cannes, le 23 septembre 1986. J’ai grandi à Vallauris et je suis partie à Paris à 21 ans.

As-tu étudié en France?

J’ai d’abord étudié au Pavillon Bosio à Monaco, une école de scénographie fondée par l’ancien directeur des Beaux-Arts de Marseille. J’avais en moi l’envie de faire de la musique depuis longtemps, mais elle n’était pas très bien traduite -toutefois, dans mes installations, le son revenait beaucoup. J’ai finalement pris comme prétexte l’envie de faire les Beaux-Arts de Paris pour  y emménager et essayer de faire quelque chose autour de la musique. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à composer. 

As-tu déjà vécu hors de France? 

Non, mais je ne vais pas tarder à le faire. Pour être tout à fait honnête, au lieu de venir à Paris, je serais bien partie à l’étranger. Mais ça demandait une organisation et des moyens que je n’avais pas à ce moment-là. Maintenant que je commence à trouver mon équilibre et ma direction dans ce que je fais, et après avoir passé six ans à Paris, j’irais bien vivre ailleurs. 

“Je n’ai jamais écouté de musique française, ce n’est pas ma culture.” 

Où ça?

Ça fait très cliché mais je suis allée pour la première fois à New York tourner le clip de Ticky Ticky et j’ai eu un coup de cœur pour le dynamisme de cette ville. Sans y vivre toute ma vie, je partirais bien là-bas quelque temps. 

Ton album a-t-il été conçu en France?

Pas complètement. J’ai fait beaucoup d’allers-retours à Londres afin de rencontrer les bons partenaires pour le produire. En gros, toute la partie composition s’est déroulée à Paris et la partie mixage là-bas. Pour finir, le mastering a eu lieu à New York.

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© Alexandre Tabaste / DR

En France, qui est-ce qui t’inspire?

Il faudrait plutôt chercher du côté de l’art contemporain, avec quelqu’un comme Pierre Huyghe que j’adore depuis que je suis étudiante. En musique, très honnêtement, je ne pourrais pas citer grand-chose. Ce n’est pas ma culture, je n’ai jamais écouté de musique française. À l’inverse de mon copain, qui est capable de chantonner beaucoup de morceaux français, je connais peu de choses en dehors des très gros titres qui sont ressassés à la radio. Mais je considère ça comme un manque et je compte me rattraper dans les années à venir. 

“J’aimerais bien passer un diplôme d’œnologue.”

Et hors de France, qui est-ce qui t’inspire?

Beaucoup de gens, évidemment. Pour y avoir fait quelques dates, la Scandinavie est un territoire qui me parle beaucoup. Là-bas, il y a un sens de l’esthétique certes un peu aseptisé, mais aussi élégant et très pur. Humainement, les gens sont très chaleureux et ils écoutent tout ce que j’aime: ils sont très forts en production de musiques électroniques et ont des artistes féminines que j’adore, comme Robyn ou Lykke Li. Je me retrouve complètement en elles, à la fois musicalement mais aussi dans ce qu’elles dégagent. 

Chanter en français, c’est exclu?

Pas du tout. Pendant la production de l’album, j’avais même imaginé intégrer un titre bonus en français, mais ça aurait été trop accessoire. Dans le futur, si je me mets à écrire en français, je pense que je me ferai aider. C’est une langue magnifique mais très exigeante. Je ne voudrais pas céder à la facilité, j’aime raconter les choses de façon imagée plutôt que descriptive et ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Pour l’instant en tout cas, je ne pense pas en avoir le niveau. 

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Qu’est-ce que tu aimes à propos de la France?

Beaucoup de choses! Notre gastronomie, pour commencer. Je me suis beaucoup intéressée à l’art culinaire car j’ai travaillé dans une galerie qui faisait des expériences autour de ça. J’ai notamment rencontré Thierry Marx qui était à l’époque à la tête des cuisines du restaurant de Cordeillant-Bages à Bordeaux où j’ai dégusté des choses incroyables. Par extension, je me suis aussi intéressée au vin et j’aimerais d’ailleurs bien passer un diplôme d’œnologue. J’aime beaucoup sentir et je trouve aussi qu’on est très forts en parfumerie. 

“Ces derniers temps, ce qui se passe en France plombe tout le monde, ça se ressent.” 

Qu’est-ce que tu n’aimes pas à propos de la France?

Au niveau culturel, même si on est bien placés, on se repose un peu sur nos acquis. Quand tu vas dans d’autres pays, comme le Brésil par exemple, qui a tout à prouver, tu ressens la différence. Ici, on est un peu blasés et je commence à m’ennuyer. Le microcosme parisien me fait peur. Il n’y a pas de spontanéité, de laisser-aller, les gens se jugent en permanence. Désolée d’être un peu négative, mais ces derniers temps, ce qui se passe en France plombe tout le monde, ça se ressent (ndlr: nous l’avons rencontrée le 10 janvier, en pleine affaire Dieudonné). 

Est-ce que tu as beaucoup tourné en France?

L’album sort aujourd’hui mais ça fait deux ans qu’on développe le projet sur scène. J’ai donc fait beaucoup de dates en France, mais aussi un peu partout en Europe et dans le monde. 

Tu chantes uniquement en anglais, tu fais de la pop électronique: tu es un peu un ovni en France, non?

C’est clair que les maisons de disques, surtout les majors, développent peu ce genre de projets. Quand je suis arrivée chez Sony, au début, beaucoup de directions différentes s’offraient à nous dans la façon de présenter le projet. Ils ont été super car ils m’ont laissé une totale liberté: notre collaboration est vraiment née d’un coup de cœur et c’est pour ça que j’ai signé avec eux, même si avec tout ce que j’entendais au sujet des majors, j’étais hyper stressée. Mais bon, tout peut se discuter et au final, ce que je veux, c’est quand même pouvoir jouer partout et que le maximum de gens accèdent à ma musique. Et ils savent très bien faire ça, c’est leur boulot!

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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