culture

Le monde pop (1/3) / Afrique du Sud

Skip & Die: le tour du monde musical d'une Sud-Africaine

Parce que la pop ne se résume pas à l’Europe et à l’Amérique du Nord, on part à la rencontre de ces musiciennes qui abolissent les frontières de la musique moderne. Cette semaine, la Sud-africaine Cata.Pirata, leader du groupe Skip & Die. 
© Laura Andalou
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Laissez-moi deviner. Si je vous dis “Skip & Die”, vous pensez: au mieux, à un groupe de rock français. Au pire, à une marque de lessive. À moins que vous ayez traîné vos Stan Smith aux Trans Musicales de Rennes ou aux Femmes s’en mêlent, le nom de cette formation plus ou moins Sud-africaine ne vous évoque probablement rien d’autre.

Skip & Die, c’est un joyeux bordel doté d’une conscience politique.

Et pour cause. Skip & Die échappe totalement au radar mainstream et le définir est une entreprise casse-gueule à laquelle certains se sont bravement essayé, comme ce journaliste de L’Express qui avait tenté un “Skip & Die, c’est Manu Chao, M.I.A et Prodigy réunis autour d’un arc-en-ciel”. Malgré notre aversion évidente pour Manu Chao, on valide cette improbable définition qui a le mérite de refléter une certaine réalité: Skip & Die, c’est un joyeux bordel doté d’une conscience politique. Et ce joyeux bordel est orchestré par une personnalité tout aussi inclassable, l’artiste et chanteuse Catarina Aimée Dahms, alias Cata.Pirata.

Cata Pirata Skip & Die © Laura Andalou

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Ce samedi 10 octobre, on pénètre dans la Cigale par l’entrée des artistes et elle se tient sur scène, ses cheveux rose pâle relevés en un chignon touffu, une longue robe noire couvrant son ventre. Cata.Pirata est enceinte de 7 mois, cette tournée franco-belge est la dernière avant son accouchement. Quelques minutes plus tard, les balances terminées, on la retrouve dans sa loge. Elle l’assure, être à quelques semaines de la maternité n’est pas vraiment un problème sur scène, mais assez pénible pendant les trajets, notamment en avion (mal au dos). Mais pas question de rester végéter sur son canapé malgré tout et, jusqu’aux 36 semaines autorisées par les compagnies aériennes, Cata.Pirata continue de parcourir le monde, comme elle l’a toujours fait. 

Ibiza, Buenos Aires, l’Angleterre ou les Pays-Bas, Cata.Pirata pose ses valises là où le vent la porte, pour quelques mois ou quelques années.

Née en Afrique du Sud, Catarina Aimée Dahms, 31 ans aujourd’hui, déménage avec ses parents aux Açores au début des années 90. Ceux-ci, documentaristes et militants anti-apartheid, ont décidé de fuir le régime avec leurs deux enfants. Ce sera pour Cata.Pirata les prémices d’une incurable bougeotte: “Mes parents ont vendu à peu près tout ce qu’ils possédaient et avec l’argent récolté, ils ont pu quitter l’Afrique du Sud. À partir de là, j’ai eu la fièvre du voyage dans le sang”, explique-t-elle. Ibiza, Buenos Aires, l’Angleterre ou les Pays-Bas, Cata.Pirata pose ses valises là où le vent la porte, pour quelques mois ou quelques années. Aujourd’hui, cette polyglotte qui parle couramment l’anglais, le portugais, l’espagnol et le néerlandais, est en train de quitter Amsterdam pour fonder son “foyer” en Argentine. Mais sait qu’elle passera six mois par an en Europe, pour les besoins de son groupe.

 

 

Lequel s’inscrit autant qu’elle dans une logique sans frontières. Son premier album, Riots In the Jungle (2012), a été réalisé à l’occasion d’un voyage à travers l’Afrique du Sud. Il incorporait pas mal de rythmes et de sonorités du continent, et bénéficiait de la présence de quelques éminents musiciens du cru. Une occasion pour Cata.Pirata d’explorer ses racines, et d’extirper la musique africaine du carcan “world” auquel elle est encore trop souvent cantonnée, malgré l’émergence de groupes qui défient la très réductrice appellation: “La porte de l’Afrique s’est un peu ouverte, ce qui me rend très heureuse. Cette terminologie de ‘world music’ est un concept tellement étrange, analyse-t-elle. En Amérique du Nord par exemple, Jacques Brel est au rayon world chez les disquaires. Alors qu’en France, vous ne le classeriez jamais comme ça! Les gens aiment ranger les autres dans des boîtes.

“Le monde occidental est persuadé de son importance et de sa grandeur.”

Skip & Die ne tient dans aucune d’entre elles. Cata.Pirata aime y abolir les territoires, qu’ils soient sonores ou linguistiques. Elle y chante en autant de langues qu’elle parle, et même plus, puisque Riots in the Jungle contenait aussi du zoulou ou de l’afrikaans, et Cosmic Serpents -sorti au printemps 2015 et quant à lui conçu au Brésil, en Colombie, à la Réunion ou en Egypte- quelques lignes de français. Si Cata.Pirata explique le choix d’une expression multilingue par son histoire et son ressenti personnels, elle admet qu’il s’agit aussi d’une affirmation idéologique: “Le monde occidental est persuadé de son importance et de sa grandeur et l’anglais lui semble la langue universelle et dominante. Mais il me paraît plus intéressant d’essayer de se connecter aux gens en utilisant leur propre langage. Avec Skip & Die, on peut se le permettre, on n’a pas de pression en tant que groupe underground, ni l’intention de conquérir le monde avec nos chansons”, avoue la musicienne.

Cata Pirata Skip & Die groupe © Laura Andalou palmiers jungle

© Laura Andalou

L’ambition du groupe, c’est avant tout de pouvoir continuer à découvrir des pays et des cultures et c’est grâce aux concerts, en s’appuyant sur une économie précaire mais bien huilée, qu’il y parvient. Au gré des dates qui tombent, Skip & Die réussit à se financer On ne gagne pas beaucoup d’argent, juste assez pour pouvoir continuer à faire ce qu’on aime”-, et compte aussi bien sur Airbnb que sur un réseau international d’amis pour pouvoir se loger à travers la planète. “En tant que groupe underground, on a vraiment besoin les uns des autres. L’union fait la force. En Afrique, il y a le concept de ubuntu, qui dit ‘je suis, parce que nous sommes’. Je l’aime beaucoup. On nous a tellement appris à se penser comme des individus… D’un côté c’est très sain, car nous avons tous nos propres passions, ambitions, problèmes, mais si tu perds contact avec le sens de la communauté, tu perds de la force. 

Faustine Kopiejwski


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