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Le Prince Miiaou, superhéroïne pop qui ne baisse jamais les bras

Seule à la tête du projet Le Prince Miiaou, la Française Maud-Elisa Mandeau continue de se réinventer sans renoncer à son indépendance. Sur son nouvel album, Victoire, elle se détourne du rock pour se plonger dans l’electro-pop. Rencontre avec une combattante.  
© Boris Barthes
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Ne surtout pas se fier à son pseudo façon comptine, ni à son poids plume: Maud-Elisa Mandeau a déjà prouvé sur tous ses albums précédents qu’elle était dotée d’une volonté de fer, sans pour autant dissimuler ses crevasses internes. Cette capacité à aller de l’avant malgré ses peurs, son trac et ses doutes lui donne même un certain panache.

Dans le clip de Flip The Switch, le premier extrait de son nouvel album, elle débarque sur un ring en face d’un gros monstre en peluche. Elle commence par prendre des coups, sans comprendre ce qui lui arrive. A un moment, on lit un changement dans ses yeux noirs. Elle enfile alors une tenue de super-héroïne, se bat et finit gagnante: un scénario-métaphore? Pour répondre à cette question, elle est d’abord sur la défensive, mais l’armure se perce peu à peu. “On pourrait le rapprocher de ce que j’ai vécu en musique, reconnaît-elle du bout des lèvres. Au quotidien, on a l’impression d’encaisser beaucoup et on fantasme de terrasser le boss à la fin, même si je ne sais pas ce que représenterait le boss dans cette image. Ça ne me dérange pas d’encaisser les coups. Je suis pugnace. Ça peut me prendre du temps de me relever mais, une fois que j’ai oublié la douleur, j’y retourne. C’est dans ma nature. Je crois que je n’aurais pas fait cinq disques sinon. Il y aurait eu de quoi se décourager.

 

 

Il faut effectivement une bonne dose de combativité pour ne pas baisser les bras quand on est une artiste indépendante. Accepter de voir des nouvelles venues se propulser en tête des charts, assumer de monter sur scène et vaincre le trac, gérer soi-même les moindres détails du projet (y compris des côtés matériels qui n’ont rien à voir avec la création artistique, comme la fabrication): Maud-Elisa Mandeau chérit son autonomie.

Influencé par l’electro intense et soignée de James Blake, ce nouvel album, Victoire, sort sur le label qu’elle a créé, histoire d’être maîtresse de tout ce qu’elle publie. Elle l’a composé et produit elle-même depuis sa tanière en Charente, dans l’ancien pigeonnier de sa maison qu’elle a transformé en studio après de longs travaux -et en mettant la main à la patte, évidemment. “Il devait s’appeler Perdu d’avance, parce que j’ai mis du temps à me remettre du quatrième qui a été mollement reçu, explique-t-elle. J’avais fait beaucoup de compromis, mais je suis sortie de ce discours qui souille l’envie de départ. Ce milieu, ça broie. Je me suis dit que si je continuais à faire de la musique, il fallait que je le fasse comme avant: pour moi, avant tout, même si on a toujours envie d’être reconnue. Ça faisait deux disques que je ne m’amusais pas du tout, que je ne voyais que la finalité, c’est-à-dire la réception. Cette fois, j’ai plutôt profité de ces bons moments à composer chez moi. J’ai voulu être ironique en l’appelant Victoire et au final je me suis fait rattraper: au moins, je vais le vivre bien et ce sera une victoire sur comment je vis les choses. Il y a eu de la lutte, mais ça va mieux.

Le Prince Miiaou © Boris Barthes

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Depuis son album précédent en 2014, cette autodidacte a passé le cap des 30 ans. “Dans ma vie personnelle, rien n’a tellement changé. Je suis avec la même personne depuis seize ans. Dans ma vie professionnelle, je me dis juste que ça fait longtemps que je fais ce métier et je vois arriver une nouvelle génération. Je viens par exemple de passer deux heures avec Aloïse Sauvage. Ce n’est pas vraiment une question d’âge, mais plutôt de durée du projet. Il y a des gens comme Jeanne Added qui sortent leur premier album à 36 ans.” On lui demande s’il existe un esprit d’équipe parmi les autrices-compositrices françaises de sa génération. “Je suis très copine avec Marie-Flore et Maud Nadal de Halo Maud, dans des univers très différents. On se soutient et ça fait du bien de pouvoir parler avec des gens qui vivent la même chose et qui rencontrent les mêmes problématiques.

Une trouvaille à la fin d’une brocante a été un élément capital de sa métamorphose: la fameuse tenue de combat qu’elle arbore fièrement dans son clip. “A la base, c’était un pare pierre, une tenue de BMX des années 1980, en taille enfant, sourit-elle. Je la porte en concert. J’aime bien la carrure que ça me donne et ça me protège”: une victoire par K.O. sur ses démons.

Noémie Lecoq


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© Boris Barthes  - Cheek Magazine
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