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Cinéma

Le sexisme à Hollywood peut-il être exterminé?

Actrices et réalisatrices sont de plus en plus nombreuses à se rebeller contre les pratiques sexistes d’Hollywood, où les réactions fusent et s’enchaînent à la vitesse de l’éclair: ces prises de parole ont-elle une chance d’anéantir le sexisme hollywoodien?
De g. à d.: Leslie Jones, Kristen Wiig, Melissa McCarty et Kate McKinnon, le casting 100% féminin du prochain Ghostbusters, DR
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Il y a quelques années, pour un de mes films à gros budget, j’ai réalisé que j’étais payée 10% du salaire de mon partenaire masculin, alors que nos rôles étaient aussi importants, affirmait début juillet l’actrice Amanda Seyfried dans le Sunday Times. Cette déclaration est l’une des dernières en date d’une longue série qui dénonce le sexisme latent en vigueur dans l’industrie cinématographique hollywoodienne. Cette semaine encore, Emma Thompson s’est insurgée dans une interview contre le jeunisme de l’industrie du cinéma, et la réalisatrice Ava DuVernay, snobée aux Oscars, s’est exprimée sur la double peine d’être femme et noire dans un monde dominé par des hommes blancs.

2014 et 2015 ont été en effet deux années très riches en termes de réactions féministes dans le milieu du cinéma, face à des atteintes sexistes de toutes sortes: culte de la jeunesse chez les femmes, écarts de salaires en leur défaveur, sous-représentation féminine aussi bien derrière la caméra que devant, pression médiatique sur les femmes, dialogues et scènes machistes à l’écran, manque de diversité… Il ne se passe pas un mois sans une nouvelle sortie d’actrice ou de réalisatrice concernant ces injustices. Rappelez-vous, par exemple, le discours féministe de Patricia Arquette lors des Oscars 2015: 

 

 

La reconquête d’Hollywood

D’après les réalisatrices et productrices Clara et Julia Kuperberg, ces réactions s’inscrivent dans l’ordre des choses. “Dans les années 1910 et 1920, expliquent les deux sœurs, ce sont des femmes qui ont créé Hollywood.” Réalisatrices, scénaristes, patronnes de studios… Elles occupaient les plus hauts postes de la capitale du septième art outre-Atlantique. Bien mieux payées que les hommes à cette époque, elles perdent le contrôle après la crise de 1929. “Dans les années 30, en pleine récession, alors que le cinéma parlant a fait son apparition, les hommes se sont rendu compte qu’il y avait de l’argent à faire à Hollywood, et ont donc pris les places que les femmes occupaient”, racontent-t-elles. Avant de renchérir: “La place des femmes dans l’histoire du cinéma est peu connue car cette dernière a été écrite dans les années 1940 par des hommes, ceux-là mêmes qui ont viré les femmes d’Hollywood.

Entre 1930 et le début des années 80, les femmes à Hollywood deviennent cantonnées aux postes de scriptes, accessoiristes, habilleuses ou monteuses.

Entre 1930 et le début des années 80, les femmes à Hollywood deviennent effectivement cantonnées aux postes de scriptes, accessoiristes, habilleuses ou monteuses (ce dernier métier étant spécialement réservé aux femmes car “leurs mains, plus petites que celles des hommes, leur permettait de manipuler plus facilement les pellicules”, expliquent les sœurs Kuperberg). Les hommes, quant à eux, trustent les plus hauts postes de l’industrie cinématographique. À la fin des années 70, début 80, “dès la seconde vague du féminisme, cet état de fait a été vivement critiqué, ensuite tout s’est endormi et là ça redémarre”, indique Clémentine Gallot, ancienne collaboratrice de Cheek et journaliste culture chez Libération. Pour cette dernière, comme pour Clara et Julia Kuperberg, l’actuelle mise à mal du sexisme figure donc la suite logique de la reconquête d’Hollywood par les femmes, plus qu’elle ne marque un point de départ. Après avoir réalisé le documentaire Et Hollywood créa la femme (voir ci-dessous), qui traitait de la représentation des femmes dans le cinéma américain, Clara et Julia Kuperberg travaillent d’ailleurs actuellement sur un nouveau film intitulé Et la femme créa Hollywood, qui narre l’histoire des pionnières du cinéma américain. 

 

 

Le féminisme adoubé par la pop culture

Si les femmes avaient le pouvoir au cinéma au début du XXème siècle, elles semblent, ces derniers temps, plus que jamais en passe de le reconquérir. Pour Cécile Aubert, de l’association Le Deuxième Regard, les féministes avérées jouissent à Hollywood d’une immunité toute nouvelle: “Les comédiennes américaines n’ont plus peur de s’exprimer sur ces questions de sexisme, car elles savent désormais que ça ne risque pas de nuire à leur carrière.” Au contraire, en 2015, l’engagement féministe serait bien perçu: “La prise de parole devient un symbole d’émancipation et de liberté par rapport au star-system qui lisse tout”, avance-t-elle. Ce qui n’a, hélas, pas empêché l’actrice Rose MacGowan de se faire virer par son agent, suite à un tweet dénonçant les pratiques sexistes d’un casting pour un film d’Adam Sandler. 

 

Rose Mc Gowan Tweet Adam Sandler

 

Pourtant, Cécile Aubert enfonce le clou. “Il y a clairement une ‘popularisation’ du féminisme, c’est devenu une marque dans la pop culture.” Les questions liées au genre semblent effectivement se libérer dans toutes les disciplines, et pas seulement au cinéma. À l’écran, ce sont d’ailleurs plutôt les séries, Girls et Orange is the New Black en tête, ou les shows humoristiques, comme celui d’Amy Schumer, qui font figure de bonnes élèves lorsqu’il s’agit de représenter les femmes différemment.  

Hélas, même si certains hommes s’emparent de la question aux côtés de comédiennes et de réalisatrices, “paradoxalement, plein de femmes s’en détachent totalement”. 

Et, si Amy Schumer, Lena Dunham ou Jenji Kohan pourraient avoir leur part de responsabilité dans cette prise de conscience collective, les hommes ne sont pas en reste. George Miller, réalisateur de Mad Max: Fury Road, a beau s’être défendu d’avoir voulu faire un film féministe, son personnage de Furiosa, la guerrière incarnée par Charlize Theron, a le mérité de réduire en poussière tous les clichés sexistes inhérents aux films d’action. Plus engagés que lui, certains hommes ont aussi fait entendre clairement leur voix: “On a entendu récemment des réalisateurs prendre la parole sur ces questions aux USA, principalement ceux qui collaborent de près avec des femmes, comme Paul Feig (Ndlr: Ce dernier réalise Ghostbusters 3 avec un casting entièrement féminin) ou Judd Apatow”, affirme Cécile Aubert. La montée des hommes au créneau, preuve ultime que le sexisme hollywoodien est en passe d’agoniser? Pas si sûr…

 

Charlize Theron Mad Max Fury Road sexisme hollywood

Charlize Theron, alias Furiosa, dans Mad Max: Fury Road © Village Roadshow Films (BVI) Limited 

 

Un sexisme décrié qui continue en pratique

Hélas, même si certains hommes s’emparent de la question aux côtés de comédiennes et de réalisatrices, “paradoxalement, plein de femmes s’en détachent totalement”, déplore Clémentine Gallot. Il est en effet compliqué de faire changer les mentalités, la preuve avec cette section du site Internet de Lynda Obst, productrice américaine de cinéma chez Sony. On y trouve une entrée baptisée “survival skills” (“les choses à savoir pour survivre” à Hollywood), où elle fait comprendre que c’est à la femme de s’adapter au monde très masculin du septième art, et non l’inverse. Dans cette improbable énumération de règles à suivre, on apprend notamment que “la séduction est une compétence élémentaire, même si “seules les actrices sont autorisées à être ouvertement séductrices”.

Il y a beaucoup d’argent en jeu, les hommes qui tiennent les rênes d’Hollywood ne vont pas laisser leur place.”

Ainsi, si la parole semble se libérer de plus en plus à Hollywood, les mesures concrètes restent, pour les sœurs Kuperberg, le seul moyen de faire progresser la situation: “On met certes l’accent sur les revendications des femmes grâce à ces interventions, mais il n’y a pas d’actions concrètes, selon Julia. “Il y a beaucoup d’argent en jeu, les hommes qui tiennent les rênes d’Hollywood ne vont pas laisser leur place, je crains que cette vague d’indignation retombe comme un soufflé”, prévient-elle. Pour Clémentine Gallot aussi, l’ouverture du débat n’est qu’un début, et doit s’accompagner d’un certain pragmatisme: “Heureusement, le sujet est devenu central dans la discussion culturelle aux US, il n’y à qu’à voir le New York Times récemment. Mais ce débat-là ne suffit pas, il doit entraîner des changements structurels, des décisions prises. Quand on voit les mémos de Sony (Ndlr: les studios se sont fait pirater l’année dernière et des documents internes compromettants ont fuité), il y a encore du boulot pour que la prise de conscience ait un effet concret sur l’égalité.” 

Anne-Charlotte Dancourt 


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