culture

Interview

“Lettres à l'ado que j'ai été”: Jack Parker et 27 personnalités s'engagent contre le harcèlement

Dans le recueil Lettres à l’ado que j’ai été, sous la direction de Jack Parker et en librairies demain, Marion Seclin, Rokhaya Diallo, Nadia Daam ou encore Lauren Bastide prennent la plume pour aider les ados à s’accepter tels qu’ils sont.
Jack Parker © Chloé Vollmer-Lo
Jack Parker © Chloé Vollmer-Lo

Jack Parker © Chloé Vollmer-Lo


Qu’aimeriez-vous dire à votre “moi” adolescent·e si vous deviez lui écrire une lettre? 28 auteurs, autrices, humoristes, journalistes et autres personnalités ont accepté de se prêter à cet exercice dans Lettres à l’ado que j’ai été (Flammarion), un recueil dirigé par Jack Parker en librairies le 14 mars. La jeune femme, créatrice du blog Passion Menstrues, de la newsletter Witch Please et auteure du Grand mystère des règles (Flammarion) explique sa démarche: “J’ai voulu recréer un lien entre les adultes que nous sommes et les ados que nous étions, parce que nous n’existons pas sans eux, et qu’ils sont toujours tapis au fond de nous”. Parmi les participant·e·s, on retrouve quelques habituées des colonnes de Cheek, comme Rokhaya Diallo, Titiou Lecoq, Océanerosemarie ou Marion Seclin. Avec bienveillance, elles se livrent sur les difficultés parfois rencontrées par les jeunes filles. On y parle acceptation de soi, amour, poils, mais aussi racisme, IVG, harcèlement et maladie. “Les témoignages ont un tronc commun mais des branches qui partent dans tous les sens, tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, souvent les deux, décrit Jack Parker. Ça donne un bel éventail de nuances, qui représente assez bien ce qu’a été l’adolescence pour la majorité des gens qui nous liront.” 

Avec Lettres à l’ado que j’ai été, elle espère toucher celles et ceux qui ont été ados dans les années 90-2000 ou qui le sont encore aujourd’hui et “se demandent si les gens qu’ils lisent, écoutent, ou regardent sur YouTube ont eu des expériences similaires aux leurs”. L’auteure ne cache pas son envie de sensibiliser au passage quelques parents et membres du corps enseignant au moment difficile que peut représenter l’adolescence. Et comme si le projet n’était pas assez intéressant comme ça, la totalité des bénéfices de vente seront reversés à l’association de lutte contre le harcèlement scolaire Marion la main tendue. Nous avons rencontré celle qui est à l’origine de cette initiative inspirante.

Pourquoi as-tu décidé d’aborder le thème de l’adolescence?

Je suis obsédée par l’adolescence depuis toujours parce que j’estime que la mienne m’a été “volée”. Elle n’a clairement pas été à la hauteur de mes espérances ni de mon potentiel. Et si j’ai quand même, heureusement, quelques très bons souvenirs de cette époque, elle a fait plus de dégâts qu’autre chose. Donc je passe mon temps à essayer de la rattraper, je bouffe tous les teen movies qui passent, idem pour les séries télé. Dès qu’il y a du drama adolescent, je fonce dedans.

Quelle a été ta réaction au moment de la lecture des lettres des participant·e·s?

J’ai été surprise par 80% d’entre elles. Ma plus grande peur avec ce projet, était qu’il soit trop répétitif, trop barbant, qu’on dise tous les mêmes choses avec la même énergie et dans le même ordre. Et finalement, je me retrouve face à un résultat que je trouve vraiment hyper intéressant, riche, et varié. J’ai été soufflée, émue, énervée, j’ai ri à voix haute, parfois en lâchant une petite larme, et j’ai ressenti beaucoup d’amour et de compassion pour tou·te·s ces ados qui sont devenu·e·s des adultes que je trouve si chouettes. 

“Les femmes ouvrent leurs gueules, elles disent ce qu’elles pensent, elles se battent pour ce en quoi elles croient.”

Une bonne partie des femmes que tu fais réagir dans ton livre sont féministes. C’est un choix revendiqué?

C’est assez inconscient je pense. Sans même le verbaliser, au moment du choix du casting, je me suis demandé quelles femmes dont j’aime le boulot et dont j’admire la personnalité pourraient participer au projet. 

Elles viennent d’ailleurs toutes de la même génération. Pourquoi?

En comptant les hommes, les auteur·e·s des lettres ont globalement entre 25 et 40 ans. Ça correspond à la fourchette d’âge dans laquelle j’évolue socialement. Mais concernant les femmes, je pense qu’il y a quelque chose de spécial dans cette génération. Les femmes sont plus visibles qu’avant et plus au centre de nos préoccupations. Et celles que j’ai choisies sont, pour la grosse majorité, très actives dans ce désir de visibilité, de représentation, de diversité des discours, et elles font le taf. Elles ouvrent leurs gueules, elles disent ce qu’elles pensent, elles se battent pour ce en quoi elles croient, et m’inspirent. 

“L’adolescence, ça reste gluant, inconfortable, disproportionné, euphorisant, et terriblement douloureux à la fois.”

Qu’est ce qui différencie ou rapproche les ados d’aujourd’hui et ceux d’il y a 20 ans? 

Chaque génération est différente sur bien des plans. On n’évolue pas dans les mêmes époques, avec les mêmes armes, les mêmes références ou les mêmes outils. Une génération qui est née avec Internet dans la main se distingue forcément de la précédente. Mais le tronc commun, ce qui fait de l’adolescence une période si compliquée, pleine de nuances, d’incertitudes, de questions, de mal-être, de changements, ça, ça ne bouge pas.

Depuis qu’on a arrêté de considérer les enfants comme des adultes dès 12 ans et de les envoyer travailler, toutes les générations ont fait face aux mêmes questions. L’adolescence, ça reste gluant, inconfortable, disproportionné, euphorisant, et terriblement douloureux à la fois. C’est pour ça que je trouve important pour nous, adultes, de ne surtout pas devenir ces grand·e·s idiot·e·s qui disent: “Tu verras, ce sont les meilleures années de ta vie!” aux ados qui se plaignent, parce que putain, heureusement que ce n’est pas le cas. Je ne dis pas que c’est une période qui doit forcément se vivre dans la douleur, mais il est injuste de toiser ceux qui y sont encore et d’oublier qu’on vient des mêmes cocons visqueux et qu’on a d’ailleurs pas forcément fini de se débattre avec nos mues non plus. 

Propos recueillis par Margot Cherrid


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