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Avec sa “Ligue des super-féministes”, Mirion Malle parle de féminisme aux enfants

À 26 ans, Mirion Malle sort La Ligue des super féministes, un premier album jeunesse qui parle d’égalité, d’intersectionnalité, de représentation, de consentement, d’homosexualité et d’identité de genre aux enfants. Rencontre.
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Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un personnage de bande dessinée. Cela fait six ans que Mirion Malle a commencé à se dessiner sur les pages de son blog Commando Culotte et qu’elle décortique les questions de représentation avec des analyses fines et pertinentes qui brassent toute l’étendue de la culture pop, de Titeuf à Game of Thrones. Comme son personnage, elle a une mèche rose qui traverse ses cheveux noirs. Comme son personnage, elle est drôle et parle des femmes avec beaucoup de bienveillance, tournant et retournant ses phrases pour être bien sûre qu’elle n’en laisse aucune sur le carreau. Aujourd’hui, c’est à une nouvelle catégorie qu’elle s’adresse puisqu’elle publie La Ligue des super féministes, un formidable livre de vulgarisation à destination des enfants qui explique l’égalité aux filles et aux garçons. Elle navigue dans les eaux du féminisme avec humour et intelligence et réussit à rendre limpides les notions d’intersectionnalité, d’identité de genre ou d’orientation sexuelle.

 

Son féminisme, un engagement qui s’est défini avec le temps

Il faut dire qu’entre Mirion Malle et le féminisme, c’est une histoire qui dure. Enfant déjà, elle s’attache tout particulièrement aux personnages féminins et elle s’énerve quand “les filles sont nulles” comme dans Titeuf, ou qu’on est “obligé de jouer un gars” dans un jeu vidéo, comme dans la version de Pokemon sur laquelle elle passe des heures. Consciente des injustices de la société dans laquelle elle baigne et née dans une famille où l’on parle librement politique, elle se colle l’étiquette de féministe dès le lycée. “Je voulais me donner un air cool et engagé, explique-t-elle. Mais j’avais beaucoup de choses à apprendre. Je faisais beaucoup de slut-shaming par exemple.” Tout au long de son parcours en hypokhâgne, en khâgne puis à l’école St-Luc de Bruxelles, où elle étudie la bande dessinée, elle s’applique à élargir son horizon. On le devine entre les lignes de ses BD, son féminisme est un engagement qui s’est défini avec le temps, qu’elle a su nourrir en remettant sans cesse ses certitudes et ses privilèges en question. Ses débuts sur Twitter, à 18 ans, l’aident à dépasser son expérience personnelle. “J’ai commencé à suivre des féministes très différentes, qui m’ont aidée à me rendre compte que je ne savais rien”, se souvient-elle.

Je me suis pris des mains aux fesses, on me touchait les seins, un auteur de 45 ans à qui je n’avais jamais parlé est venu me dire qu’il se masturbait devant mon blog…

En parallèle de son année de khâgne, elle ouvre un blog où elle raconte ses études et poste les travaux de son école, dans lesquels on voit éclore son style coloré et ses personnages expressionnistes. Au fil des années et de ses études à St-Luc, cet espace devient l’extension de son militantisme. Elle y poste des notes très pédagogiques, où elle explique des concepts féministes et où elle analyse la place des personnages féminins dans des films et séries. En novembre 2013, sa longue note qui démonte le mythe selon lequel “les filles ne sont pas drôles” fait un carton. Poussée par sa volonté persistante d’affiner ses connaissances, elle enchaîne son école de BD avec une maîtrise de sociologie. Ironie du sort: la publication de son génial livre férocement féministe Commando Culotte, début 2016, la fait aussi pénétrer dans un univers hyper sexiste. Celui de la BD en France. “Je suis arrivée dans ce milieu au moment de mon blog, j’avais 19 ans, se souvient-elle. J’étais très innocente et je voulais avoir l’air cool, je sortais d’une relation très abusive et d’une période très dure de ma vie. J’ai découvert que ce milieu est ultra violent quand on est une femme. Je me suis pris des mains aux fesses, on me touchait les seins, un auteur de 45 ans à qui je n’avais jamais parlé est venu me dire qu’il se masturbait devant mon blog…” Elle quitte la France pour Montréal pour sa deuxième année de maîtrise. Elle y est toujours. “Je n’ai pas envie de dire qu’il n’y a pas de sexisme, parce que c’est faux, mais c’est quand même plus chill”, nous dit-elle avec ce léger accent québecois qu’elle a embarqué dans ses valises. “En France, il faut être vraiment connue pour être vue comme une autrice à part entière et pas que comme une femme qui fait de la BD”, ajoute-t-elle.

 

Ne plus voir les autres femmes comme des rivales

Après la publication de Commando Culotte et des Règles… quelle aventure! d’Élise Thiébaut, pour lequel elle a dessiné plein de “petites culottes pleine de sang”, Mirion Malle se sent justement prête à explorer d’autres territoires, dans la lignée des très belles fictions qu’elle auto-édite sous forme de zines. C’est sans compter sur Marianne Zuzula des éditions La Ville Brûle qui lui fait une proposition qu’elle ne peut pas refuser. Elle a l’idée d’un album jeunesse, sorte de version pour enfants de Commando Culotte. Dès la fin de sa maîtrise de sociologie, l’autrice s’y colle. “J’avais envie de faire un livre pour enfants qui ne leur parle pas comme s’ils étaient stupides, explique Mirion Malle. Je pense qu’ils sont tout à fait capables de comprendre des concepts comme l’intersectionnalité. C’est bien d’en parler tôt, ça évite aux enfants de grandir dans leurs petites cases et de se rendre compte à 15 ans qu’ils ont été un peu nuls de croire à des choses comme le racisme anti-blancs ou le sexisme anti-hommes.” Le livre mélange savamment des concepts larges, des exemples concrets et quotidiens du sexisme, des analyses d’objets de la pop culture et familiarise avec des outils comme le test de Bechdel ou l’écriture inclusive. Elle invite ses jeunes lecteur·rice·s à questionner ce qui les entoure et à développer leur esprit critique.

Ça me tenait à coeur de dire aux petites filles: ne vous tapez pas les unes sur les autres, soutenez-vous!

Les thèmes comme l’obsession de la société pour la beauté, le consentement ou les privilèges étaient importants pour Mirion Malle, mais elle aimerait surtout que les petites filles retiennent de cette Ligue des super féministes une valeur précieuse et centrale: la sororité. “S’il y a une chose que le militantisme féministe m’a apporté c’est de ne plus voir les autres femmes comme des ennemies et des rivales, conclut-elle. Quand j’étais adolescente, je pensais que j’étais plus cool que les autres filles parce que j’étais un peu garçon manqué. Ça me tenait à coeur de dire aux petites filles: ne vous tapez pas les unes sur les autres, soutenez-vous!” Quand on parle de #MeToo ou de l’affaire Weinstein, c’est d’ailleurs ce que l’autrice en retient. La société n’a pas du tout changé, mais les femmes s’écoutent plus, se croient plus, s’organisent. Et c’est déjà ça de gagné.

Pauline Le Gall


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