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Cinéma

Lina El Arabi: rencontre avec la révélation de “Noces”, film choc et engagé

Scotchante dans Noces, de Stephan Streker, la jeune française Lina El Arabi est une actrice engagée qui porte haut ses idées. Rencontre. 
© Jour2fête
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À quoi reconnaît-on une actrice “cinéma d’auteur” nouvelle génération? Peut-être à sa capacité à affirmer haut et fort ses convictions, à travers ses choix de rôles mais aussi en interview. Dans le genre, Adèle Haenel excelle, mais on vient de lui trouver une challengeuse: énergie brute, idées fortes, intensité, Lina El Arabi, 21 ans, incarne une superbe promesse, à l’écran comme au micro. Dans Noces, de Stephan Streker, elle est Zahira, lycéenne belgo-pakistanaise qui tombe enceinte et se retrouve promise de force à un garçon du bled dont elle ne sait rien. Écrasée par le poids des traditions familiales, la jeune femme lutte pour sa liberté. Ce premier rôle au cinéma, Lina El Arabi le porte avec une force magnétique, et le défend en interview avec passion. Comment pourrait-il en être autrement, puisque pour elle, “le cinéma a toujours été un moyen de militer”?

Elle se dit “très engagée politiquement et socialement.”

Artiste, Lina El Arabi l’est depuis son plus jeune âge. Danse classique et violon au conservatoire dès 6 ans, cours de théâtre dès 10 ans, stage à la caméra au Cours Florent à 13 ans et premier casting l’année suivante. Une mère pharmacienne et un père ingénieur en informatique qui, tous deux, jouent d’un instrument de musique. La première est cinéphile et l’initie à ses films favoris. Un grand frère complète en douce l’éducation cinématographique: “Il me montrait les films que je n’avais pas le droit de voir”. À 14 ans, Lina El Arabi décroche le rôle principal pour le téléfilm Parle tout bas, si c’est d’amour. Hélas, le scénario se clôt par une importante scène de nu et la réaction de ses parents est sans appel: “Tu ne vas quand même pas nous faire une Maria Schneider.”Pour ses premiers pas devant la caméra, l’actrice en herbe devra se contenter du rôle de la meilleure amie.

 

lina El Arabi © Jean Pol Sedran

© Jean Pol Sedran

Mais la précocité artistique de Lina El Arabi ne l’a jamais empêchée de mener ses études en parallèle. Celle qui a toujours dealé des stages de comédie contre des bonnes notes est actuellement étudiante en journalisme, son autre passion. “Les gens me demandent souvent de choisir entre les deux mais à mon sens, il n’y a rien d’incompatible. C’est juste un peu compliqué au niveau de l’emploi du temps; je ne dors pas beaucoup!”. Férue de politique mais pas militante -par déontologie, explique-t-elle-, elle se dit “très engagée politiquement et socialement”. Les droits des femmes étant visiblement l’un de ses chevaux de bataille, on comprend son aisance à défendre son rôle dans Noces, une dénonciation du mariage forcé sans manichéisme, mais dont l’épilogue laisse sans voix.

 

 

Dans le film, il y a notamment cette réplique forte, qui résonne très fort dès la bande-annonce. Lors d’une scène où Zahira s’entretient avec sa sœur aînée, elle aussi mariée de force quelques années plus tôt, cette dernière lui assène: “Évidemment que c’est injuste, on est des femmes”. On demande à la jeune actrice si elle est d’accord avec ça: “Tu ne sais même pas à quel point!”, s’exclame-t-elle. “Je vais même aller plus loin: cela ne concerne pas seulement les Pakistanais. Il n’y a qu’à regarder chez nous les différences de salaires, ou les gens qui prennent position contre l’avortement. Il faut arrêter de croire que parce qu’on est dans un pays occidental, les femmes sont au top de leur liberté! ”.

Lucide, elle n’hésite pas à dénoncer non plus les oppressions qui règnent dans le monde du cinéma: “Le truc qui me rend folle, c’est qu’on demande aux mecs d’êtres de bons acteurs et éventuellement d’avoir une gueule, mais jamais d’être beaux. Alors que les actrices sont pour la plupart hyper mignonnes. Il faut être belle, bien foutue; mais ça va pas ou quoi, vous êtes des grands malades!”, jette-t-elle en l’air, presque amusée par tant d’absurdité.

“Il y a plus d’actrices typées arabes comme moi dans le cinéma français, que de noires ou d’asiatiques. ”

On pointe aussi du doigt le manque de diversité dans le cinéma français, et notamment le fait que, pour ses deux derniers rôles, elle ait incarné successivement une adolescente radicalisée (dans Ne m’abandonne pas, de Xavier Durringer), et une jeune femme pakistanaise -Lina El Arabi est en réalité française, d’origine marocaine. N’aimerait-elle pas un rôle complètement décorrélé de son physique “méditerranéen”? Sur cette question, la comédienne préfère rester positive: “Je ne suis pas la plus à plaindre, car il y a plus d’actrices typées arabes comme moi dans le cinéma français, que de noires ou d’asiatiques. Il y a un acteur noir, c’est Omar Sy, une actrice noire, c’est Aïssa Maïga. Quant aux asiatiques, on leur demande systématiquement de faire l’accent”.

De toute façon, Lina El Arabi se dit lucide et pragmatique. Elle sait à quel point le cinéma est un milieu où “ce n’est pas toi qui décides”, et elle s’est mise d’accord avec son agent: une carrière se construit sur des refus. Hors de question de jouer n’importe quoi, quitte à n’obtenir qu’un rôle tous les cinq ou dix ans, voire à ne plus jouer du tout. “Si ça s’arrête, seule une partie de moi sera malheureuse.” Mais le cinéma tout entier aura perdu une personnalité précieuse.

Faustine Kopiejwski


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