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Cinéma

“London House”: Clémence Poésy dans un thriller sur la maternité

Dans le thriller London House, Clémence Poésy campe Kate, une femme enceinte qui sympathise avec ses nouveaux voisins pour le meilleur et pour le pire.
© Septième Factory
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Après avoir abandonné son enfant aux bras d’Omar Sy dans la comédie Demain tout commence en 2016, Clémence Poésy revient au cinéma via l’Angleterre, son pays d’adoption. Dans le thriller psychologique London House, de David Farr, elle interprète Kate, trentenaire qui vit sa première grossesse en même temps que sa voisine du dessous.

Si ce thriller académique mais efficace pâtit d’un épilogue assez gauche, Clémence Poésy est quant à elle impeccable en future maman introvertie et fascinée par l’étrange et extravagante Theresa, qui occupe l’appartement du rez-de-chaussée. On a profité de son passage à Paris pour parler avec elle thriller et maternité. 

 

On ne t’avait jamais vue dans un film de genre. C’est une expérience qui te tentait?

Ce qui me plaisait surtout, c’est qu’un film de genre traite d’un sujet qui n’est traditionnellement pas abordé dans cette catégorie de films. La grossesse et la maternité sont des moments assez surréels dans la vie (Ndlr: Clémence Poésy a récemment accouché de son premier enfant); je trouvais intéressant d’utiliser cela comme prétexte pour raconter une histoire. Une histoire dans laquelle on ne sait jamais ce qui est vrai ou faux, où se situe exactement le danger, ni ce que le personnage a dans la tête. 

Comment t’es-tu préparée pour ce rôle? Ton expérience personnelle de jeune maman t’a-t-elle aidée?

Non, car le tournage a eu lieu bien avant ma grossesse. Je n’ai pas de méthode particulière pour préparer mes rôles, je m’adapte selon le scénario. Là, j’ai surtout beaucoup discuté du personnage avec le réalisateur, ainsi qu’avec l’acteur qui jouait mon mari. Et puis, Laura (Ndlr: Birn, qui joue le rôle de Theresa, la voisine du dessous) et moi avons eu droit à une coach physique, qui nous a donné des cours d’“être enceinte”. (Rires.

 

 

On pense évidemment à Rosemary’s Baby en voyant London House. En quoi ce film pourrait-il en être une variation contemporaine?

De nos jours, il y a une vraie pression autour de la maternité… (Elle hésite) En même temps, je dis ça, mais je ne l’ai jamais vraiment perçue moi-même, c’est peut-être un peu exagéré. Quelque part, on parle beaucoup plus de certains sujets qu’avant, comme de la dépression post-partum… Il y a aussi une parole qui s’est libérée, on dit davantage que ce n’est pas toujours tout rose.

Il y a d’ailleurs dans le film un propos assez libérateur sur la grossesse. Notamment cette scène où les deux voisines boivent du vin alors qu’elles sont enceintes…

C’est vrai, j’étais d’ailleurs obsédée par cette scène au début, je répétais au réalisateur que Kate allait passer pour une alcoolique, je lui demandais si le personnage était censé avoir un problème avec l’alcool. Mais en fait, pas du tout, c’est juste que c’est comme ça en Angleterre. (Rires.)

Pendant la grossesse, on vit une expérience que d’autres femmes vivent, et c’est un truc tellement fou qu’on se met à avoir des conversations intimes avec des gens qu’on ne connaît pas du tout.

Il y a quand même un propos assez déculpabilisant tout au long du film. Ne serait-ce que sur le choix d’avoir des enfants ou pas: Theresa en voulait à tout prix et a mis très longtemps à en avoir, alors que Kate a mis du temps avant d’en vouloir et est ensuite tombée enceinte facilement…

Oui, et cela vient de la propre expérience du réalisateur. Lui-même a deux enfants, et je crois qu’il avait assez envie de parler de ce moment. Tout comme il avait aussi envie de parler de la solitude des grandes villes, où nous sommes tous connectés mais, finalement, aussi chacun dans sa bulle.

 

London House Clémence Poésy Laura Birn © Septième Factory

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Il y a une relation d’attraction particulière entre Kate et Theresa, qui sont deux personnages aux antipodes, reliés seulement par l’expérience de la grossesse…

Pendant la grossesse, on vit une expérience que d’autres femmes vivent, et c’est un truc tellement fou qu’on se met à avoir des conversations intimes avec des gens qu’on ne connaît pas du tout, et avec qui on n’aurait jamais discuté dans une autre situation. C’est un moment très animal. Et puis, il y a une fascination presque sensuelle de Kate pour cette fille, qui est tellement loin d’elle et qui assume beaucoup plus son corps.

Selon toi, pourquoi la maternité inspire-t-elle les hommes réalisateurs, en particulier de films d’horreur?

Peut-être parce qu’ils vivent la chose de l’extérieur. Il doit y avoir pour eux un côté surnaturel, et ils ont besoin de passer par le genre pour l’exprimer. Le genre est une façon d’être en dehors des choses, c’est donc presque une métaphore de leur position. C’est marrant, parce que je lis en ce moment plein de bouquins sur la maternité écrits par des femmes, et l’approche est complètement différente. Il y a quelque chose de beaucoup plus apaisé. Je pense notamment au livre Little Labors, de Rivka Galchen, ou Le Bébé de Marie Darrieussecq. Je m’apprête aussi à entamer Troisième personne de Valérie Mréjen, dans lequel elle parle de l’arrivée de sa fille.

En France on a beaucoup de chance, car on accepte que les actrices aient plusieurs âges.

Tu as 34 ans: as-tu l’impression que les rôles intéressants pour les femmes trentenaires sont légion?

Le fait qu’on continue à se poser la question est assez mauvais signe. Pour moi, ça va, car je bosse à cheval sur plusieurs pays, mais bon… Cela dit, je trouve qu’en France on a beaucoup de chance, car on accepte que les actrices aient plusieurs âges. On a des actrices merveilleuses qui donnent envie de vieillir comme elles, je pense notamment à Catherine Deneuve qui me fascine, ou à Nicole Garcia que je trouve passionnante, notamment parce qu’elle a la double casquette de réalisatrice et d’actrice. On sent chez elle une grande liberté. Mais oui, clairement, il y a encore du taf.

La réalisation, c’est quelque chose que tu envisages?

Oui, je viens de réaliser mon premier court-métrage, À bout portés, pour l’Opéra de Paris. Il est visible sur leur plateforme La Troisième scène. Je co-écrivais depuis un moment, mais ça a été un tel bonheur de faire ça que je me suis lancée dans deux courts-métrages de fiction, qui sont en cours de financement. Côté long, j’ai aussi des envies, un peu féministes d’ailleurs, mais pas forcément en fiction.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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