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De retour avec “Vampire”, Mai Lan se métamorphose en douceur

Absente en solo depuis plus de quatre ans, Mai Lan revient avec Vampire, un nouvel Ep où la musicienne affirme sa singularité et muscle son jeu.    
Mai Lan © Quentin Curtat
Mai Lan © Quentin Curtat

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Mai Lan l’admet: pour son public, ce nouvel Ep sonnera peut-être comme un “nouveau départ”. En 2013, la musicienne refermait le chapitre de son premier album éponyme avec Les Huîtres, fantaisie subaquatique coécrite avec Nikkfurie et Orelsan. À l’euphorie organique et chaloupée d’alors, la musicienne oppose aujourd’hui la raideur électronique de Technique, single autoritaire accompagné d’un clip aux allures de tuto.

 

 

Le morceau, extrait inaugural de Vampire, maxi cinq titres qui permettra de patienter jusqu’à la sortie d’un nouvel album en septembre, s’inscrit pourtant, selon la musicienne, dans la continuité de son travail passé: “Mon premier album, c’étaient les prémices de ma musique d’aujourd’hui, affirme-t-elle, une recherche de flow, une recherche sonore.” Cinq années ont passé depuis, pendant lesquelles Mai Lan a tourné, cumulé les featurings, dessiné des chaussures pour la marque éthiopienne Sawa, pris le temps de se “régénérer, de vivre”, avant de définir un son et de se faire accompagner par le producteur Nick Sylvester pour lui donner du souffle. Elle est allée trouver ce dernier, collaborateur du prodige électro-pop Shamir, à New York. “Ces dernières années ont été très américaines, car j’ai aussi bossé avec M83 qui est basé à Los Angeles”, résume-t-elle.

J’ai un naturel badass, mais je sais que mon grain de voix a quelque chose de très doux et très intime.”

Si Mai Lan n’a jamais vraiment disparu de nos radars, c’est moins grâce à l’opérateur télécom qui l’avait fait connaître au grand public il y a quelques années, qu’à Anthony Gonzalez, cerveau de M83, qui a fait appel à elle sur quatre titres de son dernier album et l’a emmenée en tournée. Les deux se sont rencontrés par hasard dans la Cité des anges, et leur collaboration a été scellée après une session sans trop de pression, quatre titres enregistrés dans la plus grande spontanéité qui ont terminé sur Junk, sorti en 2016. “Lui qui a toujours été très aérien, très spatial, a aimé le côté frontal de ma voix”, avance-t-elle.

 

 

Anthony Gonzalez, désormais devenu un ami, cosigne Vampire, morceau titre du nouvel du Ep de Mai Lan. On retrouve sur cette chanson, entêtante et légère ritournelle pop à la gloire des buveurs de sang, ce mélange de badasserie et de mignonnerie qui sont l’une des singularités de Mai Lan. Si sa bipolarité artistique s’est très tôt dessinée -on fait évidemment allusion au redoutable Gentiment, je t’immole, qu’elle interprétait sur la bande-son de Sheitan, réalisé par son frère Kim Chapiron-, la musicienne explique que cela va en s’intensifiant. “Je suis complètement composée de ces deux facettes. Elles sont de plus en plus distinctes d’ailleurs. J’ai un naturel badass, mais je sais que mon grain de voix a quelque chose de très doux et très intime, et je n’ai pas envie d’aller contre ça”, admet-elle.

Sur le titre Pas D’amour, ses deux facettes semblent se répondre et s’entremêler. La voix, au départ fluette, se transforme, devient grave et inquiétante, à l’aide d’un effet de pitch qui symbolise “la fatalité, une gorge qui se noue, une noyade”, explique Mai Lan. “C’est une illustration sonore, et on en a mis pas mal dans l’album qui va sortir. Nick Sylvester travaille beaucoup avec ce genre de ‘blagues’ et moi aussi. Nous avons la même façon d’imaginer la musique.

 

 

Rien d’étonnant à ce que Mai Lan semble voir la musique autant qu’elle l’entende. Son background familial -son père n’est autre que l’artiste Kiki Picasso-, son passif de costumière et de styliste, tout explique son besoin de lier les sons aux images et vice versa. Pour le morceau Technique aussi, elle parle d’“illustration”: “Ce titre est une sorte de performance qui illustre le monde de l’Internet, où il y a des tutos pour tout et où l’on ne sait plus rien faire soi-même. Le côté robotisé, le fait qu’on soit de plus en plus dépendants de la technique”, traduit-elle.

La technique, Mai Lan, qui dit plutôt fonctionner à l’instinct, l’utilise surtout dans ses textes. Si ses chansons sont clairement pop, sa façon d’aborder les paroles continue de s’inspirer davantage du rap, pour son “approche musicale des mots”. “Il y a une musique jusqu’à l’intérieur des lettres”, explique-t-elle. Le rap, un premier amour que Mai Lan ne renie pas, mais qu’elle transforme sur Vampire à sa façon, en douceur mais avec détermination. 

Faustine Kopiejwski


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