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Elles ont lancé “Manifesto XXI”, le média inclusif qui célèbre les marges

Rencontre avec l’équipe de Manifesto XXI, à l’occassion des cinq ans de ce média en ligne qui ne fait rien comme les autres. 
© Marie Rouge
© Marie Rouge

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Depuis cinq ans, Manifesto XXI croit en son pari initial: créer un média qui réponde à la crise de l’industrie, un média basé sur le format long, la plume originale de ses rédacteurs, et surtout l’innovation intellectuelle et artistique.” Alors que Manifesto XXI fêtera ses cinq ans à Paris le vendredi 3 mai avec une fête organisée au Petit Bain, l’équipe du jeune média rappelle ses valeurs dans un édito anniversaire. 

On a saisi cette occasion au vol pour poser quelques questions à celles qui portent à bouts de bras ce site culturel et sociétal exigeant et prescripteur, qui se déploie aussi sous forme d’événements: Costanza Spina, Rédactrice en chef et fondatrice, Apolline Bazin, Rédactrice en chef adjointe, et Bérénice Cloteaux-Foucault, Rédactrice en chef adjointe. 

 

Qu’est ce que Manifesto XXI et à quoi le nom fait-il écho?

Costanza Spina: Avec Manifesto XXI, nous avons créé le média que nous avions envie de lire en 2019. Un média qui favorise des publics trop souvent marginalisés, comme les femmes, les personnes racisées, les LGBTQI, et qui constituent la majorité silencieuse et sous-représentée de l’audience française. Un média proche de la scène émergente depuis 2014, toujours en quête d’idées créatives nouvelles et de courants de pensée stimulants. Un média qui choisit le long format en allant à contre courant des lois de l’industrie actuelles. Le nom “Manifesto XXI“ est un clin d’oeil au journal italien communiste Manifesto, qui fut un bastion de la gauche italienne dès les années 1970. Et un hommage aux manifestes artistiques qui nous ont marqués.

Qui est à l’origine du projet et quel en est le point de départ?

Apolline Bazin: Costanza a lancé Manifesto quand nous étions encore à Sciences Po Rennes, elle était en M1. J’étais en L2 et j’ai fait partie des tou·te·s premier·es rédacteur·ice·s. L’idée originale était d’écrire des articles traitant sérieusement de la mode, du genre, de sujets qu’on ne trouvait pas ou peu dans la presse papier. Rapidement la musique a pris de l’importance dans le media, et très vite aussi il y a eu des événements pour s’exprimer encore différemment.

Aujourd’hui, qui constitue l’équipe de Manifesto XXI?  

Bérénice Cloteaux-Foucault: Avec l’affirmation de notre ligne éditoriale, le dépassement du simple média avec l’organisation d’événements allant des concerts au club en passant par les conférences, l’équipe s’est bien agrandie. Nous sommes désormais toutes les trois en gestion du média, Eléna Tissier et Cybèle Vigneron s’occupent de nos événements, Timur Lebas est notre assistant de rédaction, Chahina Moussa notre chargée de partenariats, Nina Tapie notre rédactrice en chef musique et nous collaborons avec une vingtaine de contributeur·rice·s bénévoles.

“Dans un contexte où toutes les libertés sont réduites, aider des jeunes talents c’est s’engager pour le renouvellement des formes et des imaginaires.”

Qui sont vos lecteurs·rices et combien sont il·elle·s?  

AB: Nos lecteur·ices sont des gens comme nous, exigeants et critiques sans être chiants. Ce qu’on écrit touche bien sûr un lectorat au profil proche du nôtre, mais aussi des lecteur·ices plus âgés et/ou non Parisiens, avec qui on partage notre passion pour une culture curieuse. Avec les événements qu’on organise chaque mois, on les rencontre assez régulièrement. On crée des liens et une vraie communauté petit à petit. En ligne, c’est 30 000 personnes qui nous lisent par mois maintenant.

En quoi Manifesto XXI est-il un projet engagé?

BCF: Notre média a toujours eu à coeur d’aller chercher les marges, d’aller donner de l’espace de parole médiatique à celles et ceux qui n’en ont habituellement que très peu. Le choix des artistes que nous valorisons et à qui nous donnons une tribune se base à la fois sur des critères d’audace créative, mais aussi sur des intentions fortes, des discours que nous partageons. Il s’agit, au-delà du média, d’une vision positive du monde, où prime l’engagement féministe intersectionnel, l’écologie, le slow world, le commun, etc.

AB: Défendre la jeune création, les artistes émergents n’est pas toujours directement politisé mais dans un contexte où toutes les libertés sont réduites, aider des jeunes talents c’est s’engager pour le renouvellement des formes et des imaginaires.

Cinq ans après votre lancement, avez-vous l’impression d’occuper une place à part dans le paysage médiatique français et si oui, pourquoi?

CS: Je pense que Manifesto XXI incarne tous les combats du journalisme actuel: l’indépendance, la résilience, la revalorisation du statut de journaliste, l’urgence d’ouvrir les portes aux jeunes et surtout aux femmes, la subversion, le refus de toute complaisance, la rigueur intellectuelle et surtout, l’amour du collectif et le dépassement des egos individuels. Nous n’avons pas trouvé ces valeurs chez beaucoup d’autres médias. Donc oui, j’imagine qu’il occupe une place à part.

Comment aimeriez-vous que Manifesto XXI évolue dans les cinq prochaines années?

CS: Mon seul engagement et souhait est que ce média fédérateur, sincèrement aimé par ses collaborateurs, puisse rémunérer ses excellents journalistes et leur offrir le rayonnement qu’ils méritent.

AB: Avec toujours plus d’idées folles, de formats d’articles, d’événements, de collabs.

BCF: Il est essentiel que nous gardions notre liberté totale de fond et de forme, qu’elle se déploie encore plus pour offrir plus d’espace à cette belle vision collective.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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