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Avec “Mars Horizon”, Florence Porcel signe une BD futuriste et féministe

La vulgarisatrice scientifique Florence Porcel nous emmène en voyage sur Mars dans sa première BD cosignée avec le dessinateur Erwann Surcouf. Un trip profondément humaniste et féministe. 
© Chloé Vollmer-Lo
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Florence Porcel raconte l’espace comme personne. Avec cette trentenaire, vulgarisatrice scientifique et passionnée d’espace, l’univers devient un terrain de jeu sans limites, sur lequel les plus profanes d’entre nous sont cordialement invités à apprendre en s’amusant. Dotée d’un sens de l’humour tenace, d’un don quasi extra-terrestre pour le storytelling et d’une maniaquerie certaine en termes de fact-checking, Florence Porcel transmet inlassablement au grand public ses connaissances sur le cosmos, des données scientifiques les plus rigoureuses aux anecdotes spatiales les plus dingues.

Révélée par son blog, avant d’être recrutée comme chroniqueuse sur France Inter dans l’émission La Tête au carré, la jeune femme s’est aussi proclamée community manager de l’Univers et a sorti un livre instructif et croustillant en fin d’année dernière, L’Espace sans gravité. Aussi multitâches que Thomas Pesquet, cette Champenoise d’origine, désormais installée à Lyon, vient de s’attaquer au format BD en publiant Mars horizon, dont elle a signé le scénario. Dans cette “vulgarifiction” mise en images par le dessinateur Erwann Surcouf, Florence Porcel imagine le quotidien du premier équipage humain à vivre sur la planète Mars. Invitée du Book Club organisé par Cheek Magazine le 18 avril dernier, Florence Porcel nous a raconté comment elle s’est embarquée dans cette nouvelle mission. 

 

 

En quoi le format BD t’a-t-il attirée?

En fait, je n’aurais jamais imaginé écrire une BD un jour. Les éditions Delcourt ont demandé au dessinateur Boulet de diriger une collection de vulgarisation scientifique, et c’est lui qui m’a appelée un jour pour me demander de participer. On ne dit pas non à Boulet quand on est fan comme je le suis! On s’est donc réunis avec lui et Marion Amirganian, la co-directrice de la collection, et ils m’ont demandé si j’avais un sujet de prédilection. Evidemment, j’ai répondu “Mars”.

Tu avais une idée de la façon dont on construit un scénario de BD?

Non, j’ai tout appris sur le tas, je n’y connaissais rien. Il a d’abord fallu définir le nombre de vignettes par page, car on ne raconte pas la même histoire selon qu’il y en a quatre ou dix. Et puis, il faut donner envie au lecteur de tourner la page, et donc construire son intrigue en fonction de ça. J’ai découvert toutes ces contraintes techniques au fur et à mesure. Heureusement qu’Erwann Surcouf était là pour me guider.

Les personnages sont fictifs, mais tout ce qui leur arrive et tout ce qui est décrit autour d’eux est de l’ordre du possible, du réalisable.

Comment avez-vous travaillé ensemble, était-il sensible au sujet dès le départ?

Il n’était pas vraiment sensible à Mars en particulier, mais il venait se sortir une BD de science-fiction, donc il avait déjà un peu la tête dans les étoiles. Cela dit, vu que Mars Horizon, c’est de la vulgarisation scientifique, on ne pouvait pas partir aussi loin dans le délire qu’il l’avait fait dans sa BD. Parfois, je devais donc veiller à ce que les lois de la physique soient respectées. Bref, j’ai été super chiante. (Rires.)

Si le souci de véracité dans Mars Horizon est primordial, la part de fiction est donc finalement assez réduite?

Les personnages sont fictifs, mais tout ce qui leur arrive et tout ce qui est décrit autour d’eux -le vaisseau, l’habitat etc.- est de l’ordre du possible, du réalisable. On n’est pas dans Seul sur Mars. (Rires.)

Parmi ces personnages fictifs, l’héroïne, Jeanne Clervois, te ressemble quand même grandement, non?

Oui, c’est le membre communicant de l’équipage, celle qui fait le lien avec le grand public sur Terre. C’est le personnage principal, et c’est la seule qui va rester sur Mars définitivement. Et oui, c’est clairement moi. Elle porte mon troisième prénom, et son nom de famille est un clin d’œil à l’astronaute Jean-François Clervoy, l’une de mes idoles.

Mars Horizon Florence Porcel planche

DR

En plus d’avoir tes traits physiques, porte-t-elle aussi tes traits de caractère? Elle dit notamment qu’elle se sent “humaine mais pas terrienne”, et qu’elle a toujours été destinée à vivre sur Mars…

Je ne suis jamais allée sur Mars, mais j’ai réellement candidaté à la mission Mars One, qui veut proposer un billet sans retour vers Mars. Cette société, montée par un ingénieur néerlandais, envisage d’envoyer des humains sur Mars pour s’y installer. On est plus de 200 000 à avoir candidaté à travers le monde, et j’ai été shortlistée dans les 660. Et puis, je me suis viandée lors de la dernière étape de sélection, qui portait sur des questions très techniques. Mais je suis restée en lice pendant deux ans quand même, ce qui m’a laissé le temps de réfléchir à tous les aspects de la vie sur Mars, et m’a notamment permis d’alimenter cette BD. J’avais beaucoup avancé dans mes réflexions philosophiques, éthiques, ce qu’une telle mission implique en termes de promiscuité, et cela a nourri tous les personnages.

L’équipage que tu as imaginé observe une stricte parité entre les hommes et les femmes, mais aussi une grande diversité. Cela faisait-il partie de ton cahier des charges personnel?

Absolument. La parité, déjà, ça me paraît être la base. Mais je pense aussi que si l’on devait envoyer un équipage sur Mars en 2080, il reflèterait l’ensemble de l’humanité. C’est compliqué d’être totalement exhaustif avec seulement six personnages, mais j’ai essayé de montrer autant de diversité que possible. Non seulement parce que ça me tenait à cœur, mais aussi par souci de véracité en imaginant les missions qui vont réellement exister.

On a déjà plein d’exemples de ce que les technologies développées pour la conquête spatiale nous ont apporté.

Le personnage de Jeanne explique dans la BD qu’en 2080, les technologies développées pour Mars ont changé la face du monde: gestion de l’eau optimisée, arrêt des énergies fossiles, plus de conflits sur Terre, etc… La conquête spatiale peut-elle améliorer la vie sur Terre?

Oui, bien sûr. Si la BD est un peu optimiste, on a déjà plein d’exemples de ce que les technologies développées pour la conquête spatiale nous ont apporté. Le software engineering, dont on se sert tous les jours dans nos ordinateurs, a par exemple été inventé pour la mission Apollo 11. C’est d’ailleurs une femme qui l’a mis au point. Les couvertures de survie, à la base, sont un matériau inventé pour protéger les satellites. Je pense aussi à la station spatiale internationale: ça fait quinze ans qu’elle tourne autour de la Terre en circuit fermé. Ils recyclent leur urine, par exemple. Toutes ces technologies sont appliquées sur Terre quand c’est nécessaire.

Tu as choisi de situer cette mission en 2080. C’est une date plausible pour installer les premiers hommes sur Mars?

La Nasa parle de 2030… J’aimerais y croire, mais je dois avouer que je suis sceptique. Ce n’est pas impossible, mais il faut les budgets derrière. Et là, avec Trump, c’est pas gagné. Et puis, même si la Nasa avait du budget, elle ne pourrait pas y arriver toute seule. Elle ne pourrait pas mettre 100 milliards sur la table. Il faut que tout le monde collabore ensemble, ce qui est déjà le cas d’ailleurs sur la station internationale. Tout le monde bosse ensemble, à l’exception des Chinois…

Pourquoi?

Ce sont les Américains qui ne veulent pas, mais je ne sais pas pourquoi. Du coup, les Chinois avancent de leur côté: ils ont créé leur propre station spatiale et ils prévoient d’envoyer des hommes sur la lune. Cette dernière les intéresse pour l’hélium 3, une variante de l’hélium qu’on ne trouve pas sur Terre, mais qui existe en grande quantité sur la lune -ils en ont trouvé 100 000 tonnes. Une fois qu’on saura comment fusionner des atomes, tout cela produira beaucoup d’énergie. Ce serait d’ailleurs la solution à nos problèmes d’énergie et de réchauffement climatique, pour schématiser. Car ça ne produit pas de déchets nucléaires et ça n’émet pas de CO2. Ces 100 000 tonnes pourraient fournir la totalité de la planète en énergie pendant 10 000 ans. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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© Chloé Vollmer-Lo  - Cheek Magazine
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