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Cinéma

Comment Mindy Kaling a rendu la rom com plus féministe et inclusive

Révélée dans The Office, l’actrice, productrice et scénariste s’apprête à dévoiler une version 2019 de la célèbre comédie romantique Quatre mariages et un enterrement, diffusée le 31 juillet sur Hulu. Et elle compte bien moderniser le casting et le propos.
© Jordin Althaus / Hulu
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Quiconque a un jour regardé la version américaine de The Office (et on espère vraiment que c’est votre cas) se souvient du personnage de Kelly Kapoor, jeune employée aussi énervante qu’attachante, désespérément amoureuse de son collègue Ryan et bouc émissaire des blagues racistes lourdes de Michael Scott/Steve Carell. Peut-être ignoriez-vous que la comédienne derrière Kelly, Mindy Kaling, en plus d’être une actrice hilarante, était aussi productrice, scénariste et réalisatrice sur le même show. Que ses différentes casquettes lui ont valu six nominations aux Emmy Awards. Et qu’elle s’est inspirée de sa propre personnalité excentrique, de ses propres tenues flamboyantes et de son propre amour inébranlable pour les comédies romantiques pour inventer Kelly.

 

Il faut dire que Mindy Kaling est une vraie fan de romcom, doublée d’une comedy nerd, du nom que l’on donne outre-Atlantique aux fans (souvent masculins) de stand up. Née Vera Mindy Chokalingam, elle grandit dans le Massachussetts d’un père architecte et d’une mère gynécologue. Elle adore ses parents mais sa vie sociale est inexistante, ce qui lui inspirera d’ailleurs le titre de son recueil d’essais autobiographiques devenu un best seller, Is Everyone Hanging Out Without Me? (“Est-ce que tout le monde traîne sans moi?”) “J’avais l’impression de rater quelque chose de l’expérience du lycée, écrit-elle. Je n’allais jamais à une fête avec de l’alcool. Personne ne m’a jamais proposé de fumer.” Quand elle est chez elle, elle préfère regarder l’intégrale de Seinfeld, de Frasier, des Monty Python, du Saturday Night Live, ou ses histoires d’amour préférées comme Princess Bride de Rob Reiner. “Je voyais les comédies romantiques comme un sous-genre de la science fiction, écrit-elle encore dans son autobiographie. Un monde créé de toutes pièces qui ne répondait pas aux mêmes règles que celui dans lequel je vivais.” Et dans lequel elle se reconnaît rarement.

“Kaling ancre la romcom (…) dans la réalité d’une femme d’origine indienne dans une grande ville.”

Il faut attendre qu’elle rentre à l’université de Darmouth pour qu’elle trouve enfin sa place. Comme beaucoup de stars du stand up, elle rejoint un groupe d’improvisation. Elle obtient son diplôme de dramaturge et se fait des amis par la même occasion. Son premier fait d’arme notable prend la forme absurde d’une pièce nommée Matt & Ben (2002). Cette comédie pour deux actrices prend pour point de départ l’amitié entre Matt Damon et Ben Affleck. Son humour burlesque et caustique lui permet de se faire repérer par Greg Daniels, qui planche à l’époque pour NBC sur l’adaptation américaine de la série britannique The Office. Ensemble, ils élaborent son contrat qui lui promet un rôle (celui de Kelly Kapoor) et une place dans une writer’s room entièrement blanche et masculine. Sa comédie Late Night (dont elle signe le scénario et qui sort le 21 août en France) s’inspire largement de cette expérience: elle raconte l’histoire d’une jeune Américaine d’origine indienne fan de stand up qui se retrouve la seule femme à participer à l’écriture d’un show en perte de vitesse. Même si, comme elle le précise dans le dossier de presse du film, ces années The Office l’ont formée et qu’elle y a rencontré ses meilleurs amis, elle a dû apprendre à s’imposer et à gagner en confiance en elle.

 

Après huit saisons sur The Office, Mindy Kaling écrit en 2012 sa propre série pour la Fox, The Mindy Project, qui raconte l’histoire d’une jeune gynécologue. Elle y explore sa thématique préférée: l’amour, tout en incarnant l’inverse d’une héroïne de comédie romantique. On la voit aussi bien en talons hauts et robes magnifiques qu’enfermée chez elle en pyjama en moumoute. Elle a de la repartie, elle n’attend pas que ses conquêtes soient le pilier de sa vie, elle parle de sexe et est souvent bien plus libre que ses homologues masculins. Elle est bordélique, souvent vulgaire si c’est pour faire en sorte que la blague fonctionne, elle adore les ragots de célébrités. Ses histoires d’amour sont compliquées et parfois elles s’arrêtent parce que son partenaire lui en demande trop ou qu’ils ne trouvent pas de terrain d’entente. Kaling ancre la romcom non pas dans ce monde de science fiction qu’elle évoque dans son livre, mais dans la réalité d’une femme d’origine indienne dans une grande ville, qui essaie de jongler entre sa carrière, ses ambitions, son indépendance et sa relation amoureuse. Et surtout: les histoires d’amour ne l’empêchent jamais de parler de racisme ou de sexisme au travail et dans le couple.

 

Même si on lui a reproché de n’avoir que des petits-amis blancs dans The Mindy Project, Mindy Kaling essaie aussi d’apporter plus de diversité à la télévision. “Avant, les gens pensaient qu’il suffisait d’avoir une seule personne racisée dans sa writer’s room pour prouver qu’on n’était pas raciste, explique-t-elle à Variety. Maintenant, les gens se rendent compte qu’il est bon d’avoir de la diversité, d’autres perspectives. Cela permet de faire plus d’argent en atteignant le plus de monde possible”. Lorsqu’elle a été approchée pour réaliser un remake de Quatre Mariages et un Enterrement pour la télévision, Kaling a émis une condition: que le point de vue soit différent. Pour elle, il n’y avait aucun intérêt à refaire le film à l’identique avec un casting composé de 100% d’acteurs et d’actrices blanc·he·s. Elle a donc choisi de raconter une histoire d’amour entre une femme afro-américaine et un homme britannique d’origine pakistanaise. “La seule raison de faire ce projet c’est d’apporter quelque chose de nouveau”, explique-t-elle à Variety. La série, portée par Nathalie Emmanuel (Missandei dans Game of Thrones), raconte l’histoire de quatre Américains qui se retrouvent à Londres pour un mariage. Avec bien sûr pendant leur séjour quatre mariages et un enterrement. Tout comme avec The Mindy Project, Kaling compte utiliser le canevas de la romcom et sa structure pour raconter la vie d’une bande de jeunes adultes. En espérant toucher au plus près une certaine réalité. Elle enchaînera avec une série pour Netflix sur l’adolescence et un nouveau livre sur son expérience de mère à 38 ans. Une histoire qu’elle veut aussi raconter loin des clichés.

Pauline Le Gall


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