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Théâtre

“Mon Olympe”, la pièce de théâtre qui donne envie d'être féministe

La pièce Mon Olympe, montée par une bande de vingtenaires, ambitionne de rendre le féminisme cool et accessible, et y arrive très bien. Pourquoi il ne faut pas la louper.
© Charlie Jouan
© Charlie Jouan

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Une bande de meufs badass

Le pitch de la pièce est très simple: il s’agit grosso modo d’une discussion entre cinq copines à la fac, à laquelle on a envie de participer au bout de deux minutes. Car ces cinq filles, incarnées par des comédiennes vingtenaires vraiment amies dans la vie, ressemblent énormément à nos propres potes, qu’on ait 21 ans ou une petite dizaine d’années de plus. Que répondre à un mec qui nous siffle dans la rue? Comment on assume d’avoir avorté? Pourquoi quand on dit qu’on est féministe, on passe toujours pour une relou? Les personnages de Mon Olympe nous rappellent que, quel que soit notre âge et notre milieu, on se pose toutes à peu près les mêmes questions. “J’ai eu l’idée d’écrire cette pièce parce que j’en avais marre d’être étiquetée comme la féministe de service qui devait toujours réexpliquer en soirée ce que ce mot veut dire, sourit Gabrielle Chalmont, 23 ans et co-auteure avec Marie-Pierre Boutin de Mon Olympe. Je voulais d’abord écrire une sorte de manifeste, et puis je me suis dit, faisons-en une pièce!” Intelligents et drôles, les dialogues sont servis par une mise en scène sobre et sont parfois même entrecoupés de scènes de danse, qui donnent envie d’aller clubber direct en sortant du Théâtre de l’Opprimé.

 

Des auteures millennials à suivre

L’autre bonne nouvelle apportée par Mon Olympe, c’est que les jeunes auteures ont du talent. On n’en a jamais douté chez Cheek, mais le duo d’auteures et metteures en scène Gabrielle Chalmont et Marie-Pierre Boutin ont de belles années d’écriture devant elles. Quant à leurs actrices, qui sont leurs copines IRL -elles se sont toutes connues à l’école de théâtre Claude Mathieu- elles servent le texte par leur énergie et ont d’ailleurs participé, dans un esprit collaboratif très millennials, à la construction des personnages grâce à leurs impros. Claire Bouanich, Sarah Coulaud, Louise Fafa, Maud Martel et Delphine Musch ont toutes mis beaucoup d’elles-mêmes dans l’interprétation. “Quand on s’est lancées dans ce projet, on a commencé par organiser des groupes de parole féministe comme le font les filles de la pièce, pour discuter entre nous car on en n’était pas toutes au même stade de la réflexion sur ce sujet. Petit à petit, notre pensée a évolué, et les personnages aussi. C’est pour ça qu’ils ressemblent beaucoup à leurs interprètes.” La réponse à cette lancinante question “C’est quoi être féministe?” est aussi générationnelle que mature. Normal, quand on sait que Gabrielle Chalmont est tombée dans la marmite du féminisme petite. “J’ai été élevée comme ça, pour moi être féministe, c’est une évidence que j’ai envie de partager avec les autres.” Mission accomplie.

 

Feminism is coming

Alors que notre média est en pleine campagne de crowdfunding  autour du thème “Feminism is coming”, on ne peut que se réjouir de voir que nos petites sœurs vingtenaires sont déjà au taquet sur le sujet. Mon Olympe est en cela rassurant qu’il est une parfaite réappropriation des questionnements féministes par de très jeunes femmes, qu’on associe encore trop souvent à des gamineries décérébrées. “Notre but, c’est d’hipsteriser le féminisme, de le rendre cool et accessible, car il l’est, confie Gabrielle Chalmont. Et au passage, on veut aussi ramener nos potes au théâtre, qui souffre également d’une image un peu old school.” Encore une fois, l’objectif est atteint, et on souhaite à Mon Olympe, montée grâce à une collecte Kiss Kiss Bank Bank et beaucoup d’énergie, de multiplier les représentations, à Paris et ailleurs. La troupe a décidé de ne pas en rester là et a créé une compagnie, qui ne montera que des pièces traitant d’enjeux de société. À l’image de sa génération, cette bande de filles a envie de porter un message, de s’engager dans une cause qui lui parle et de réfléchir à des moyens d’agir. La relève est assurée.

Myriam Levain

Theâtre de l’Opprimé, 78, rue du Charolais 75012 Paris

Du 16 au 19 novembre à 20h30

Le 20 novembre à 17h


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© Charlie Jouan - Cheek Magazine
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