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Avec son hijab, Mona Haydar rappe contre l’islamophobie

Enceinte, voilée, américano-syrienne et rappeuse. On a rencontré Mona Haydar dont le seul combat reste la liberté.
Mona Haydar, DR
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Mona Haydar est une jeune Américano-Syrienne de 28 ans, musulmane et voilée. Après leur mariage, ses parents sont partis de Damas, en Syrie, pour poser leurs valises dans le Michigan, éduquant leurs 8 enfants dans le respect de l’islam et de sa tradition.

Mona porte le hijab, fièrement, comme d’autres ont jadis brûlé leurs soutiens-gorge, mais fait face aux regards, aux incompréhensions voire aux malveillances. Si elle se définit comme activiste spirituelle et poète”, c’est en rappant qu’elle a réussi à faire entendre sa voix. Hijabi, “Mon hijab” en français, le premier titre de son EP à venir, la propulse directement au rang de meuf la plus badass du moment.

 

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Mona Haydar dit ne pas croire au YOLO mais plutôt à la puissance de l’Univers. Pas question de passer sur cette terre sans y laisser sa trace. Une trace qu’elle veut puissante et emplie d’amour. Même si c’est par un rap activiste, à la limite du dérangeant. Parce que c’est bien de cela dont il est question: flirter habilement avec les frontières du politiquement (in)correct. Avec ses “Mipsterz, à la fois musulmanes et hipsters, elle apparaît dans un clip à la Beyoncé, enceinte de huit mois mais sublime jusqu’à la pointe des cils, dans une semi-retenue forcément calculée.

 

“Le rap, c’est le langage de l’oppressé, celui de la justice, des gens qui se battent pour leurs droits et leurs croyances”

Avec un flow qui n’a rien à envier à celui de M.I.A. -normal, elle a grandi en écoutant Mos Def, A Tribe Called Quest ou encore Rakim-, Mona Haydar “continue de porter son voile”, comme elle le dit dans le refrain avec la ferme intention de le rendre “swag”. “Le rap s’est imposé à moi de manière naturelle, explique-t-elle, c’est ma culture et c’est le langage que je parle.” Quand on lui rappelle le sexisme qui règne parfois du milieu hip-hop, elle se marre: “L’art, c’est franchir des limites. Je m’en fous complètement d’avoir un corps de vixen dans mon clip: la chanson parle de la possibilité d’être qui on veut et de s’accepter en tant que tel.

Pas question d’en vouloir au hip-hop, donc, qui fait bel et bien partie intégrante de sa vie: “Je me fiche de savoir ce que le hip-hop a fait de mal car il m’a fait beaucoup de bien.” En tant que femme religieuse, elle se dit reconnaissante pour cet outil d’expression: “Le rap, c’est le langage de l’oppressé, celui de la justice, des gens qui se battent pour leurs droits et leurs croyances.

 

 

Pour Mona Haydar, l’oppression se traduit aussi par les questions incessantes qu’on lui pose au sujet de son voile. Dans l’intro de Hijabi, elle en énumère quelques-unes: “À quoi ressemblent tes cheveux? Je parie que tes cheveux sont jolis. Tu ne transpires pas? Ce n’est pas trop serré?” Une liste non exhaustive des questions curieuses auxquelles elle doit faire face et devant lesquelles elle semblerait devoir se justifier. Il n’en est rien, elle préfère prêcher sa bonne parole. Après les attentats de Paris et de San Bernardino, elle et son mari, Sebastian, avaient mis en place l’initiative Ask Muslim à Cambridge dans le Massachusetts pour contrer l’islamophobie. Un combat cher à ses yeux depuis “que le 11 septembre 2001 a changé l’Amérique.

 

Chaque femme devrait être libre de porter le voile si elle le désire

Dans l’Amérique de Donald Trump, le clip féministe de Mona Haydar fait l’effet d’une bombe. “Dans le monde entier, les femmes doivent faire face au patriarcat, c’est la raison pour laquelle cette chanson me semble importante”, explique la rappeuse féministe. Elle voit les femmes voilées comme faisant partie d’une grande famille, presque une “sororité”. Pour elle, le hijab est un symbole qui réunit, dans un monde où les hommes ont décidé que c’était le signe de leur oppression. “Moi, j’ai décidé de brandir mon hijab en signe de ma liberté. J’utilise un instrument du patriarcat pour combattre le patriarcat.

Donals Trump représente bien l’ennemi public numéro un des Américaines selon elle. “C’est marrant de se dire que tout le monde parle ce pays comme celui de la liberté quand on voit à quel point les droits des femmes s’affaiblissent”, critique Mona Haydar. On ne peut pas parler de liberté si la moitié de la population n’est pas libre.

Sarah Koskievic 

Cet article a été initialement publié sur le site des Inrocks.

Le single Hijabi de Mona Haydar est disponible sur Apple Music.

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