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Cinéma

Doria Tillier: “Je suis féministe, et si ça transparaît dans le film, tant mieux”

À l’occasion de la sortie en salles aujourd’hui du premier long-métrage de Nicolas Bedos, Monsieur & Madame Adelman, on a rencontré Doria Tillier, qui cosigne le scénario et porte avec talent l’un des rôles principaux, pour lui poser quelques questions. 
© Christophe Brachet / Les Films du Kiosque
© Christophe Brachet / Les Films du Kiosque

© Christophe Brachet / Les Films du Kiosque


S’il ne relatait pas quasiment un demi-siècle de la vie d’un couple, ce film aurait dû s’appeler Mme Adelman, tant Doria Tillier, 30 ans, ex-Miss météo de Canal+, emporte sans équivoque, avec ce premier rôle au cinéma, l’attention des spectateurs et spectatrices grâce à son jeu spontané et naturel. Dans Monsieur & Madame Adelman, premier long-métrage de Nicolas Bedos dont elle cosigne le scénario, l’actrice incarne Sarah Adelman, la narratrice du film, celle qui déroule la longue histoire de ce duo amoureux fantasque et surprenant, avec l’assurance d’une septuagénaire accomplie, face à un journaliste venu l’interviewer le jour de l’enterrement de son mari, Victor, un écrivain célèbre joué par Nicolas Bedos.

C’est ainsi que débute ce film à l’ambition totalement déraisonnable: raconter 45 ans d’une histoire d’amour. Et pour rajouter à la difficulté -et peut-être au trouble-, le couple à l’écran l’est également à la ville, même si ce dernier s’amuse à semer le doute sur le sujet -rappelez-vous le fantastique “je savais pas qu’on suçait les potes” de Doria Tillier en 2013, à l’époque prêtresse du temps sur la chaîne cryptée.

Dans la fiction, leur histoire d’amour commence dans les années 70: Sarah rencontre Victor et tombe follement amoureuse de lui alors que ce dernier la remarque à peine. Elle devient finalement sa muse, la femme de sa vie et de sa carrière. Passent les années, et avec elles viennent la gloire pour lui, ses coulisses pour elle, mais aussi les enfants, les infidélités, les disputes, les désillusions et les déceptions. Et si l’on croit aisément le réalisateur lorsqu’il répète à longueur d’interviews que rien n’aurait été possible sans Doria Tillier, on peut difficilement lui nier un talent certain pour ses dialogues qui sont incisifs, drôles et cyniques. Le film touche et surprend à la fois, et surtout à la fin. On a rencontré Doria Tillier au Memphis, la boîte de nuit de leur rencontre fictionnelle, et on lui a posé quelques questions: 

Dans la vie, l’un de mes moteurs les plus stimulants est le sentiment amoureux.

 

Pourquoi un film sur le couple? 

Quand on écrit des choses, on ne se dit pas forcément qu’on va faire un film sur le couple ou que c’est le sujet qu’on a envie de traiter, parfois ce sont des centres d’intérêt inconscients. Par exemple, à la météo de Canal, je faisais juste ce que j’avais envie de faire et il s’avérait que c’était sur tel thème. Je pense que le couple est effectivement, quand je prends du recul, un sujet qui m’interpelle beaucoup. Dans la vie, l’un de mes moteurs les plus stimulants est le sentiment amoureux, je ne me dépasse jamais autant que lorsque je suis amoureuse, ça me porte vraiment, plus que tout. D’ailleurs, les périodes les plus chiantes de ma vie, c’est celles où je ne suis pas amoureuse. Et puis, avec Nicolas, la genèse du film, même si on s’en est éloignés ensuite, ce sont les improvisations qu’on fait dans la vie pour s’amuser, et c’est vrai que souvent ce sont des couples que l’on joue.

Qu’est-ce qui t’a plu dans l’écriture du scénario?

Avec Nicolas, quand on parlait ensemble, plein d’idées jaillissaient, c’est ça qui m’a plu! C’est très agréable de passer du temps avec quelqu’un, de partager le plaisir d’inventer et de découvrir ensemble des situations. On était immergés dans cette histoire: quand on s’est mis à écrire concrètement, on pouvait passer l’après-midi, moi assise à une table devant l’ordinateur et lui tournant autour de moi, parlant, parlant, et puis le soir, on allait boire un verre et on délirait sur les scènes dont on avait parlé quelques heures avant, et parfois ça partait en impros. On les enregistrait et on retranscrivait le lendemain. 

Doria Tillier: “Je suis féministe, peut-être que ça transparaît dans le film et tant mieux”

© Christophe Brachet / Les Films du Kiosque

C’est ton premier grand rôle au cinéma, et tu n’as pas choisi le plus facile pour commencer, non? 

Non, mais j’ai choisi le plus passionnant. J’incarne la narratrice, le personnage-clé, mais parfois j’ai l’impression, paradoxalement, que c’est plus facile de faire des choses plus difficiles. J’aurais joué un rôle plus lisse, moins intéressant, je n’aurais pas su par quel bout le prendre et je n’aurais pas su non plus le préparer alors que là, je voyais tellement que c’était une montagne que je n’avais pas le choix, qu’il fallait que je prépare et que je réfléchisse à fond. La notion de plaisir est très importante pour moi et quand on est passionné par ce qu’on fait, on le fait bien, ou du moins du mieux qu’on peut. Et la peur aussi est un excellent moteur. Sous pression, je donne le meilleur de moi-même. 

Est-ce qu’être passée par Canal+ est la meilleure porte d’entrée pour devenir comédienne ou, au contraire, cette image te colle à la peau aujourd’hui?

Je ne sais pas si ça me colle à la peau mais si c’est le cas, je ne m’en plains pas parce que je le revendique complètement. J’ai adoré faire ça, c’était un bonheur, un plaisir et si ça me colle à la peau, tant mieux! Je n’ai pas du tout honte, au contraire! J’avais conscience que c’était un tremplin pour le cinéma mais je ne l’ai pas fait pour ça, je l’ai vraiment fait parce que le job me plaisait énormément. Et je pense que ça m’a ouvert des portes, et ce rôle, c’est le prolongement assez logique de ce que j’ai fait à Canal+, c’était déjà un boulot de comédienne et là, c’est la même chose mais comédienne un peu plus approfondie parce que ce ne sont plus des sketches de 2 minutes mais un film de 2 heures. 

 

Teaser de Monsieur & Madame Adelman

Les transformations des personnages sont assez étonnantes, étaient-elles difficiles à supporter, physiquement et psychologiquement?

Ce qui était un peu lourd à supporter, c’étaient les heures de maquillage car j’en avais 7 sur la dernière étape, donc j’arrivais à 3 heures du matin pour commencer le tournage à 10 heures. En revanche, les prothèses, une fois posées, ne sont pas si désagréables, on les sent, ça empêche de faire un immense sourire mais c’est tout. Ça m’a énormément aidée, le maquillage est comme un costume et voir un reflet de soi qui ressemble au personnage, ça aide à rentrer dans sa peau. On avait décidé que je vieillissais bien, je suis une septuagénaire plutôt pas mal dans le film donc je voyais dans le miroir une femme classe, qui m’impressionnait un peu et je me disais “mais en fait, c’est moi!”. Ça m’a aidée à avoir cette autorité, cette assurance du personnage. 

Doria Tillier: “Je suis féministe, peut-être que ça transparaît dans le film et tant mieux”

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Sarah Adelman est-elle une héroïne féministe ou incarne-t-elle au contraire la figure de la femme sacrificielle?  

Franchement, je me pose la question aussi! Je ne dirais pas que c’est une héroïne féministe, c’est une féministe mais pas une féministe qui lève le poing, c’est surtout une indépendante, elle trace sa route, elle a du recul sur les choses et c’est avant tout une auteure qui n’a pas besoin de la reconnaissance des autres. Peut-être que, dans le fond, notre intention était de faire un film féministe mais on ne se l’est pas dit en amont, comme un objectif à atteindre. Moi, je suis féministe, et si ça transparaît dans le film, tant mieux.

Propos recueillis par Julia Tissier 


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