culture

Chronique / “Objectif Scénario”

Épisode 7: Les regards extérieurs

Acceptée à L’Atelier scénario de la Fémis, Deborah Hassoun a un an pour écrire son scénario de long-métrage. Atteindra-t-elle son objectif? Chaque mois, elle nous raconte sa progression. 

L’un des énormes avantages de l’atelier scénario de la Fémis, c’est l’obligation d’avancer. Il n’est jamais inutile d’avoir des deadlines, tous ceux qui bossent devant un ordi sans patron dans le bureau d’à côté, vous diront que l’autodiscipline est loin d’être une qualité innée. Alors que le salarié lambda n’entretient de rapport dépendant affectif malsain qu’avec ses parents, les scénaristes en maintiennent également avec leurs ordinateurs. Le célèbre adage dit “Notre pire ennemi c’est nous-même”. Dans mon cas, ça se vérifie quand je mate ma huitième vidéo d’Urban Dance de la journée. Mon pire ennemi c’est clairement ma volonté pourrie, il m’est biologiquement impossible d’écrire de la bonne fiction avec une connexion Internet efficace.

Coups de fil de coaching, dejs de lamentation et textos de congratulation à chaque rendu rythment notre année.

Du synopsis sur une page interligne double pour intégrer l’atelier jusqu’à la V2 dialoguée rendue la semaine dernière, c’est dur, c’est long mais on ne peut pas dire qu’on manque de soutien. Une solidarité motivante s’est créée avec mes six camarades de souffrance: coups de fil de coaching, dejs de lamentation et textos de congratulation à chaque rendu rythment notre année. Au grand concours du plus angoissé, nous nous battons pour le haut du podium. Unis comme les sept nains, notre directrice d’atelier joue le rôle de Blanche-Neige et utilise son balai pour faire le ménage dans nos cerveaux.

De temps en temps, le bordel est tel qu’elle appelle du renfort. Il s’agit d’ailleurs de l’autre atout indéniable de cette formation: les intervenants. Nos lecteurs inconnus, des soldats du scénario qui connaissent par cœur les tranchées que nous traversons. Ils nous rencontrent une fois le texte analysé, sans savoir que dans les versions précédentes, mon héroïne était enceinte ou que dans l’acte III débarquait toute une smala que j’ai tuée dramaturgiquement. Ils ne s’attendent pas à un festival de blagues parce qu’ils m’ont vue mettre l’ambiance en soirée et se contentent donc de la dose de comédie que je leur sers. Car le risque, quand ta défense c’est l’humour, c’est de créer la déception en écrivant un drame.

Un des intervenants a vu, entre les lignes de mon film, un polar qui aurait pour héroïne la pire enquêtrice du monde…

Après le scénariste césarisé et les comédiens qui ont fait vivre nos mots, j’attends avec impatience l’intervention du réalisateur sur mon étrange envie de filmer un huis-clos dans une cuisine à l’hygiène douteuse. Intervention… Un mot qui fait peur et provoque chez moi une connexion avec une vieille série des années 80 au doux nom de Tribunal. La musique sentait bon la culpabilité et à la barre se succédaient les témoignages à charge. J’ai aussi une pensée pour les interventions pratiquées dans How I Met Your Mother: les héros se réunissent pour sauver l’un d’entre eux de son addiction du moment. Du faux accent anglais à l’excès de bronzage en passant par les tours de magie, les vidéos d’Urban Dance auraient eu leur place dans la liste.

Un des intervenants a vu, entre les lignes de mon film, un polar qui aurait pour héroïne la pire enquêtrice du monde… “Pas du tout!”, me suis-je exclamée, ma référence à moi c’est Depuis qu’Otar est parti. Comme il a insisté, j’ai baissé la tête et levé les yeux au ciel -sûrement pas assez discrètement. Quelques mois plus tard, je suis forcée de constater que, dotée de sa maladresse insolente, mon héroïne déterre, la loupe à la main, un secret de famille. S’ils ont tous le don de prédire l’avenir, je flippe d’entendre l’avis du dernier intervenant de l’année à nous lire: la productrice.


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