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Interview “BBB” / Océanerosemarie

Océanerosemarie: “L'humour sert à se moquer de ceux qui ont le pouvoir”

Après La Lesbienne invisible, Océanerosemarie présente Chatons violents, qu’elle joue à la Comédie des Boulevards à Paris et emmènera bientôt en province. Rencontre. 
© Capucine Bailly pour Cheek Magazine
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Depuis décembre 2014, Océanerosemarie fait carton plein avec ses Chatons violents, qu’elle joue à la Comédie des Boulevards à Paris et trimballera bientôt en province. Après avoir fait son coming out scénique avec La Lesbienne invisible, l’humoriste a mis sur pieds un one-woman-show qui caresse à rebrousse-poils. En abordant “une notion dont on parle très peu”, celle du “privilège blanc”, Océanerosemarie questionne notre capacité à regarder en face nos paradoxes. Ceux d’une population occidentale, urbaine et riche, à grande majorité blanche, si convaincue de se situer “du bon côté de la barrière” qu’elle en est incapable de se remettre en cause. Une population qui regroupe plusieurs générations, de “Touche pas à mon pote” à “Je suis Charlie”, dans laquelle elle s’inclut et qu’elle désigne sous le nom de BBB, pour “bons blancs bobos”. Dans un café en bordure des Buttes-Chaumont, le jour de ses 38 ans, Océanerosemarie a répondu à notre interview “BBB”. 

Boon, Bedos ou Bouderbala?

Celui qui me dérange le moins, c’est peut-être Dany Boon. Il est populaire, il ne pète pas plus haut que son cul. J’aime bien Bienvenue chez les ch’tis, je trouve que c’est un film assez étrange et finalement assez dépressif. Nicolas Bedos, il me saoule, même s’il m’a semblé adorable quand je l’ai rencontré, je n’aime pas son personnage de connard, il est totalement dans ce truc de BBB. J’ai été très en colère contre sa chronique dans laquelle il disait “je suis un athée intégriste”. C’est pas une blague en fait, d’être un athée intégriste. Ces derniers existent et ils tuent des gens. Quelques jours après sa chronique, d’ailleurs, il y a eu l’assassinat de Chapel Hill.

“La plupart des Français sont romophobes.”

Bouderbala je l’aime bien, mais sous prétexte de venir des banlieues, il véhicule aussi des clichés. Et puis il passe 20 minutes sur les Roms… Alors ok, c’est du huitième degré, mais n’oublions pas que la plupart des Français sont romophobes. L’humour au départ, ça sert à se moquer de ceux qui ont le pouvoir, pas de ceux qui s’en prennent déjà plein la gueule.

Bagnolet, Biarritz ou Boulogne-sur-mer?

J’ai un petit faible pour Bagnolet… Mais côté Montreuil! (Rires.) Il y a un mépris de la part des Parisiens envers la province, pour qui c’est un peu Rendez-vous en terre inconnue. On visualise le Nord, mais aussi l’Est, comme des zones totalement sinistrées, où tout le monde est consanguin, alcoolique, et où les filles tombent enceintes à 14 ans. Dans mon spectacle, j’avais envie d’imaginer ce personnage de Parisienne complètement phobique du Nord-Pas-de-Calais. J’avais une volonté de trouver un bouc émissaire qui ne soit pas un groupe de gens habituel… Même si, je l’avoue, taper sur le Nord-Pas-de-Calais, c’est totalement cliché aussi. (Rires.)

Badinter, Butler ou Beauvoir?

Là c’est facile, c’est Butler tout de suite. J’avais une très bonne image de Badinter, parce qu’elle a dit et fait plein de choses pour les femmes, y compris récemment sur la GPA. Par contre, à mon sens, elle a pété un câble sur l’islam. Son obsession de laïcité est totalement religieuse, c’est pour ça que je l’évoque dans mon spectacle. Quand elle explique qu’elle veut refuser aux femmes voilées l’accès à l’université car le voile la dérange en tant que féministe, je ne comprends pas du tout. Moi, je suis pour un féminisme inclusif, si l’on commence à imposer des critères, on ne va pas s’en sortir!

“Je me suis demandé ce que cet engouement pour les chats racontait de notre société.”

Simone de Beauvoir est évidemment fondatrice, mais on est plus aujourd’hui à l’ère de Judith Butler. Elle a démonté les stéréotypes de genre et expliqué qu’être femme ou homme, c’était une construction sexiste. Je résume en très gros, hein, parce qu’elle est très difficile à lire et qu’elle parle de beaucoup d’autres choses.

Birman, Bleu russe ou Bengale? (Ndlr: trois races de chats) 

Birman, évidemment! Je ne te cache pas que je fantasmais à mort sur un Bengale, mais ma copine n’en voulait pas, car ils sont hyper physiques et assez sauvages. Au départ, je n’en avais rien à faire des animaux et je me suis fait laver le cerveau par ma meuf. Je me suis demandé ce que cet engouement pour les chats racontait de notre société. C’est comme si c’était un truc innocent, doux et mignon qui permet aux gens de décrocher de la violence de ce monde. Chatons violents, c’est un titre construit comme un oxymore, qui va bien avec la notion de BBB: ces derniers se vivent et se considèrent comme des chatons, mais en fait ils sont hyper violents sans s’en rendre compte. 

Oceane chats © Barrère et Simon

© Barrère et Simon

Bifle, baffe ou bisou?

J’ai envie de dire, les trois! La violence, c’est le point de départ de mon spectacle. La scène d’engueulade du début a beau avoir des airs de vaudeville, c’est violent. Ce sont deux meufs qui se hurlent dessus pour des conneries. Ça parle de la violence du couple, qui est le seul endroit où tu parles aussi mal à quelqu’un. On sait aussi que 80% des viols ont lieu au sein de la famille, que l’intime est l’endroit de concentration de la violence.

“Il faut se débarrasser de ce racisme structurel qui existe à gauche et dont on ne parle pas beaucoup.”

Et puis, j’évoque aussi beaucoup la violence dans la deuxième partie du spectacle, avec des personnages de BBB qui vivent à Montreuil. Tout comme je parlais de “l’homophobie bienveillante” dans La Lesbienne invisible, je voulais parler ici du “racisme bienveillant”, celui qui ne s’exprime pas par des insultes, mais par des rapports de pouvoir. Même s’il faut lutter contre la violence avérée des extrémismes, il faut aussi se débarrasser de ce racisme structurel qui existe à gauche et dont on ne parle pas beaucoup.

Boutin, Borloo ou Bachelot?

Ah bah Boutin, elle a quand même animé toute mon année 2014! (Rires.) Entre la fois où elle est arrivée avec son voile, la fois où elle est tombée dans les pommes et celle où elle a cité Le Gorafi, franchement, elle m’a fait rêver! Elle est tellement ouf, et en même temps elle semble tellement fragile, tu as l’impression qu’elle peut se mettre à chialer à tout moment. Bref, elle ne me paraît pas très menaçante.

“J’aime bien Beyoncé, et je trouve très intéressant le débat autour de son féminisme.”

Bataille, Bourdieu ou Barthes?

Les trois sont des références. Je viens d’une famille d’intellos, ma sœur est chercheur en histoire contemporaine et prof, ma mère a écrit 47 publications sur des questions de ressources humaines. Le truc qui te met à l’aise, quoi! (Rires.) Du coup, je me suis toujours vécu comme la meuf un peu teubé qui fait des blagues. En France, on valorise tout le temps les universitaires, mais presque pas les gens de terrain, ou les gens politisés. Je pense que c’est une énorme erreur et je suis plutôt amie avec ces derniers, comme Rokhaya Diallo que j’aime beaucoup. Elle est pragmatique, elle parle de racisme de façon très simple et à mon avis souvent très juste, elle est dans une démarche d’égalité et de paix. J’aime aussi beaucoup Morgane Merteuil du Strass, qui se retrouve toujours injustement attaquée. L’une et l’autre créent de la théorie d’après leur expérience.

Beyoncé, Bowie ou Bach?

J’aime bien Beyoncé, et je trouve très intéressant le débat autour de son féminisme, et autour de toutes ces nanas qui se réapproprient leur corps comme Miley Cyrus ou Nicki Minaj. Je suis très “empowerment”, donc j’ai plutôt tendance à dire qu’elle sont féministes. Même si ce féminisme s’inscrit dans une économie de marché et qu’il n’est donc pas idéal. Mais tout le discours hyper moral autour de ça me fait vraiment chier.

“Les Français doivent apprendre à dire “noir” sans rougir.”

Moi, le clip de Nicki Minaj, Anaconda, je kiffe. Elle prend tellement le pouvoir, elle a un cul dont la taille n’est pas du tout normée et elle déconne là-dessus, elle est vraiment dans le côté “c’est moi qui te baise”. Mais sinon j’aime beaucoup Bach aussi. (Rires.) J’ai grandi avec sa musique.

Black, blanc ou beur?

Dans ces termes-là, aucun des trois! Enfin, à part pour “blanc”. Je pense que les Français doivent apprendre à dire “noir” sans rougir. Quant au terme beur, il me semble hyper péjoratif et je pense que plus personne ne l’utilise. “Blanc”, les gens ont aussi du mal à le dire, comme si ce n’était pas un groupe en soi. Parfois, il faut pourtant savoir le préciser: une féministe blanche et une afro-féministe ce n’est pas la même chose par exemple, elles n’ont pas du tout la même histoire. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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