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On a psychanalysé le duo Cinéma

Lui est le fils de ses parents, elle est la fille d’Elli Medeiros et Denis Quilliard, alias Elli & Jacno. Alexandre Chatelard et Calypso Valois, sous le nom de code Cinéma, viennent de sortir Fille sans soucis, beau Ep de pop synthétique qui évoque la musique de leurs aïeux. Nous les avons psychanalysés. 
Alexandre Chatelard et Calypso Valois alias Cinéma, DR
Alexandre Chatelard et Calypso Valois alias Cinéma, DR

Alexandre Chatelard et Calypso Valois alias Cinéma, DR


On connaissait déjà Alexandre Chatelard de loin: quelques maxis hautement fréquentables de pop en VF, un goût immodéré pour les nappes de synthé et un dandysme un peu old school, ce garçon avait toujours trouvé grâce à nos oreilles. De Calypso Valois en revanche, on savait peu de choses.

Tout juste qu’elle était la fille d’Elli Medeiros et de feu Denis Quilliard (mort d’un cancer en 2009), qui officiaient sous le nom des Stinky Toys à la fin des années 70 -groupe parisien ayant joué à Londres dans le premier festival punk international aux côtés des Clash et des Sex Pistols-, avant de se transformer en Elli & Jacno au début des années 80. Et de donner naissance, sous cet alias, à quelques-uns des plus beaux disques de pop française de l’époque, dont la bande originale des Nuits de la pleine lune d’Éric Rohmer.

Quelque peu oubliés du grand public mais admirés par tout un pan de la jeune garde pop française, Elli & Jacno possèdent des tas de rejetons spirituels parmi les groupes actuels. Le duo Cinéma revendique-t-il cette filiation? C’est ce que nous avons cherché à savoir. 

Comment vous êtes-vous rencontrés? 

Calypso Valois: Par hasard, à un dîner chez des amis il y a quelques années. On a parlé, on a dû dire pas mal de conneries et on s’est découvert beaucoup de goûts en commun. 

Alexandre Chatelard: Mais l’idée de faire de la musique ensemble n’est arrivée que plus tard. Je trouvais qu’elle avait une personnalité intéressante et j’ai eu envie de tenter quelque chose avec elle, pour le fun. On a commencé par faire des titres pour déconner, comme des blagues mises en musique. Puis, de fil en aiguille, on s’y est mis plus sérieusement, on a fait écouter à des gens et les retours positifs nous ont encouragés à continuer. 

Vous figurez tous les deux -mais séparément- sur la compilation hommage à Jacno sortie en 2011. Pour quelles raisons avez-vous participé à ce projet?

Alexandre: Pour ma part, parce que j’avais un attachement profond au personnage de Jacno. Je connaissais bien ses disques et lui un petit peu, c’était donc tout naturel pour moi de participer. C’était une manière d’entrer en communion avec sa musique, dont je n’étais jusqu’alors que simple auditeur. 

Calypso: Moi au départ, je ne voulais pas participer -d’ailleurs, ma présence sur ce disque est plus symbolique qu’autre chose, c’est à prendre comme un clin d’œil (ndlr: elle y chante en duo avec Etienne Daho sur une reprise d’Amoureux solitaires, sa voix n’est pas au premier plan). C’était trop tôt pour moi, je n’étais pas du tout dans cet état d’esprit. Mais Etienne Daho a insisté pour que je fasse au moins des chœurs. Il m’a dit de réfléchir à ce que mon père aurait pensé (ndlr: ils étaient amis) et je me suis dit qu’il aurait trouvé ça cool.  

“On imagine bien que les gens vont nous attendre au tournant.”

Peut-on considérer le projet Cinéma comme la continuité de cet hommage?

Alexandre: Peut-être qu’on le conçoit comme ça avec un regard extérieur, mais ce n’est pas du tout l’impulsion de départ. 

Calypso: D’ailleurs, Cinéma existait déjà avant tout ça, sous sa forme embryonnaire. 

 

Vous avez quand même conscience que l’ADN de Cinéma semble clairement hérité d’Elli & Jacno?

Alexandre: Pas sur tous les titres. Effectivement, Chagrin d’amour est presque un clin d’œil conscient, mais c’est tout. On a regroupé sur cet Ep des chansons pour leur cohérence, mais nous en avons d’autres complètement différentes qui figureront sur l’album. 

Tout un pan de la jeune génération de musiciens français se réapproprie la musique de ses aînés, d’Elli & Jacno à Taxi Girl. Vous sentez-vous plus légitimes que les autres dans cet exercice?

Calypso: Pas du tout. Au contraire, on imagine bien que les gens vont nous attendre au tournant, pointer du doigt notre filiation. Mais nous, on fait juste ce qui nous plaît, on ne va pas faire autre chose sous prétexte de se démarquer. 

Alexandre: De toute façon, la légitimité est donnée par le public. Ce n’est pas nous qui avons la possibilité de déterminer ça. Et puis, encore une fois, cet Ep n’est qu’une de nos nombreuses facettes. Il a fallu choisir une direction, éviter la dispersion. 

“Quand la musique est trop onaniste, ce n’est pas très intéressant.”

Calypso, tu étais plutôt comédienne au départ. Y a-t-il un côté psychanalytique pour toi, dans le fait de te lancer dans la musique comme tes parents?

Calypso: Je viens du théâtre à la base, mais j’ai toujours aimé la musique. Plus jeune, je faisais du piano et je chantais dans une chorale. Mais c’est vrai que pendant longtemps, je ne voulais rien avoir à faire avec la musique, parce que je refusais de faire comme mes parents. En rencontrant Alexandre, ça a dédramatisé le truc puisqu’on faisait ça pour s’amuser et presque par hasard. Mais c’est vrai qu’à la base, je m’interdisais d’aller vers ça, j’étais un peu bloquée. 

Et toi Alexandre, faire de la musique t’évite de passer du temps sur le divan?

Alexandre: Complètement. On ne se le dit pas en le faisant mais a posteriori, le fait d’organiser sa pensée sous forme musicale, avec la rigueur que ça demande, rend tout très structuré. Encore plus, d’ailleurs, que quand on écrit sur une feuille. Car la concision qu’implique la formule pop -couplet/refrain/solo- oblige à aller à l’essentiel, mais aussi à aller vers les gens et à ne pas être trop dans l’intériorité. Quand c’est trop onaniste, ce n’est pas très intéressant. 

Sur le disque, il y a un morceau baptisé Papamaman. D’où vient-il?

Calypso: C’est le tout premier titre qu’on ait écrit. 

Alexandre: Au départ, c’était juste un interlude, il était très court. C’est Étienne Daho qui nous a dit de le doubler, car il l’adorait, il l’avait tout le temps dans la tête. Du coup on l’a rallongé, on en a fait un vrai morceau.

“Je ne nous trouve pas spécialement passéistes.”

Vos parents écoutent-ils votre musique?

Calypso: Mon père n’a jamais rien entendu de ma musique et je le regrette un peu. Mais c’est comme ça, c’est une question de timing. Quant à ma mère, je pense qu’elle l’écoute. Elle aime beaucoup nos vidéos en tout cas, ça, elle me l’a dit.

Alexandre: Ma mère oui, tous les jours. Pourtant à la base, elle aime bien la musique comme tout un chacun, mais sans plus. Elle écoute surtout des artistes des années 70 et 80 comme Kraftwerk, Deep Purple ou Kimera, des groupes de son époque en fait.  

Selon vous, en quoi vos enfants trouveront que votre musique sonne comme celle de votre époque?

Alexandre: C’est complexe, car on n’a pas de recul. Mais je dirais que malgré nous, on synthétise pas mal d’angoisses contemporaines, liées au fait qu’on est un peu à cheval sur deux époques. L’une “traditionnelle” et l’autre plus ouverte et libre. On est à la croisée des chemins, notamment au niveau du couple -car en fait Cinéma parle beaucoup de ça. Et je pense que nos enfants pourront ressentir la difficulté qu’on peut avoir à s’engager à notre époque. S’impliquer dans une direction ou une autre implique un renoncement pour lequel on est souvent pas prêt. 

Calypso: Au niveau des sons aussi, c’est difficile d’avoir du recul. On nous dit souvent que notre musique sonne années 80, mais pas pour moi. Quand j’écoute ce qui se fait actuellement, je ne nous trouve pas spécialement passéistes. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski

Cinéma, Fille sans soucis (ACV), sortie le 5 novembre 2013. 


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