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Bande dessinée / En partenariat avec le CFPJ

Pénélope Bagieu: “Si tu adores ma BD, tu es féministe!”

À l’occasion de la parution du tome 2 de Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, on a discuté féminisme et BD avec la dessinatrice Pénélope Bagieu. Interview.
© Manuel Braun
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Le premier tome ne lui avait pas suffi: la dessinatrice Pénélope Bagieu, 35 ans, revient avec un second volume de Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent (éd. Gallimard). Quinze femmes aux ambitions héroïques naissent sous ses traits fins et gracieux. La plupart d’entre elles sont contemporaines et pourtant méconnues. Parmi elles, Phulan Devi, reine des bandits, Nelly Bly, première journaliste d’investigation, Mae Jemison, première femme noire astronaute, ou encore Katia Krafft, volcanologue. Toutes ces femmes se sont battues pour gagner leurs combats et réaliser leurs rêves. “Ces femmes, qui partent de nulle part, défient les lois de la nature, commente Pénélope Bagieu. J’ai choisi ces 30 portraits de façon subjective. J’ai bassiné mon entourage pendant des heures avec les vies de ces femmes. Quand je parle d’elles, j’ai les yeux qui pétillent. Elles me font vibrer. Je suis sincère et admirative.”

Dès qu’elle a l’âge de dessiner, à 3 ans, les parents de Pénélope Bagieu lui collent un crayon dans la main pour “avoir la paix”. Elle n’a plus jamais arrêté depuis. Elle se dit très bavarde et analyse: “Le dessin me permet de beaucoup moins parler”. Après un bac ES obtenu dans la douleur, elle décroche un diplôme de l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris et une formation de cinéma d’animation. Pénélope Bagieu commence alors à travailler dans la pub et dans la presse comme illustratrice. Elle lance son blog, qui lui servira de défouloir, Ma vie est tout à fait fascinante. “J’avais besoin de dessiner sans contrainte.” Elle y raconte ses anecdotes de la vie quotidienne et ses voyages, de 2007 à 2014, en utilisant toujours une touche d’humour. “Sur un malentendu”, comme elle dit avec humour, un magazine féminin lui commande le personnage de Joséphine. La jeune femme lui consacrera trois tomes aux éditions Delcourt. Pénélope Bagieu arrête alors la pub et vit de “l’aventure merveilleuse de la bande dessinée”.

“ Les femmes extraordinaires sont faciles à trouver, elles sont partout, il suffit de les choisir.”

En 2013, elle est nommée Chevalier des arts et des lettres lors du festival d’Angoulême par la ministre de la Culture. Deux ans plus tard, elle s’installe à New York où elle termine sa BD au crayon noir California Dreamin’. L’ouvrage retrace la vie d’Ellen Cohen, chanteuse américaine, plus connue sous le nom de Cass Eliott. Un travail de longue haleine, qui sera d’ailleurs sélectionné pour le prix Artémésia 2016. Mais la dessinatrice ne souhaite pas poser ses crayons. “Il y avait encore beaucoup d’autres femmes dont j’avais envie de parler.” C’est chose faite avec les deux tomes de Culottées, qui mettent les femmes à l’honneur tout en délivrant un message féministe. Interview.

Comment est né le projet des Culottées?

J’ai d’abord proposé au journal Le Monde d’en faire un blog ainsi qu’à ma maison d’édition. Pour produire une bande dessinée qualitative, et si je voulais être sûre d’aller au bout de mon projet, il fallait m’imposer une contrainte supplémentaire de régularité. Immédiatement, ils ont été enthousiastes et très curieux. “Ce sera tout?”, me disaient-ils. Le simple fait que ces 30 portraits de femmes n’étaient pas “suffisants” m’a confortée dans l’idée qu’il y avait un réel travail à faire pour raconter des destins de femmes extraordinaires. Elles sont faciles à trouver, elles sont partout, il suffit de les choisir. Mais on ne les identifie pas comme héroïques, c’est aux auteurs de coller cette étiquette. On pourrait faire dix tomes des Culottées -mais il n’y en aura pas de troisième.

Le jour où tu as compris que tu étais féministe?

Le jour où j’ai réussi à être fière de ce mot en l’assumant et le revendiquant. Ce mot est considéré comme diabolique. On l’associe à l’hystérie, l’anti-mecs. Être féministe, ce n’est pas être contre les hommes, c’est simplement vouloir l’égalité entre hommes et femmes. Dire qu’on est féministe n’est pas une honte. C’est un travail de pédagogie. Les femmes sont très fortes. Il faut que les filles qui grandissent soient fières de dire “Je suis féministe”. Et si tu adores ma BD, tu es féministe.

Penses-tu que les femmes sont plus culottées que les hommes?

Les femmes sont obligées d’être plus culottées que les hommes car il y a un véritable problème d’invisibilité et de représentativité qui ne choque personne. Et sans modèles féminins, on peut reproduire ce schéma d’invisibilité à l’infini. À adversité égale, une femme doit beaucoup plus travailler. Elle doit vaincre les présupposés de la société, les parents, les maris…

“La nouvelle génération d’auteures est plus engagée et plus décomplexée.”

Comment améliorer la visibilité des femmes dans la BD?

Le problème est qu’on n’en voit pas beaucoup et que l’on en conclut qu’il n’y en a pas. Souvent dans les bandes dessinées, les héroïnes sont castratrices, méchantes, folles ou pas intégrées. Mais à chaque génération, ça avance. Les nouvelles auteures sont très jeunes et le monde de la BD se féminise en avançant dans le temps. Petit à petit, la nouvelle génération raconte leur féminin neutre qui se dilue dans le masculin neutre; si un lecteur ne se focalise pas sur le sexe des personnages, c’est qu’on a réussi. Dans dix ans, j’espère que ce manque de représentation n’existera plus.

Est-ce que la nouvelle génération d’auteures est plus engagée sur le sujet?

Oui, la nouvelle génération est plus engagée et plus décomplexée. Je suis admirative et émue lorsque je vois la génération de filles qui ont entre 20 et 25 ans qui tiennent des fanzines et des blogs. Aujourd’hui, tu peux rêver en grand, alors que moi j’ai été engoncée dans le sexisme. J’avais honte de parler de sujets de femmes. Maintenant, je vois des filles de 12 ans qui connaissent mon livre par cœur. Les réseaux sociaux sont probablement un déclencheur de cette parole assumée. On se mobilise plus vite pour dénoncer.

C’est comment de vivre aux États-Unis sous Donald Trump?

Nous avons un taré au pouvoir. Cependant, c’est super de voir la résistance qui s’installe. Les Américains et les médias mettent des battons dans les roues à Donald Trump. Il faut que les Français regardent car c’est ce qui nous attend en France si Fillon ou Le Pen passent. Il va falloir rassembler. Notre identité nationale est d’être un pays d’accueil.

T’es-tu impliquée dans la Women’s March?

Bien sûr, je suis allée marcher dans les rues de New York, qui ressemblaient à des marées humaines. Au lendemain de l’investiture de Trump, ça a été rassurant de voir que les Américains ne sont pas tous de gros racistes et que beaucoup n’ont pas voté pour lui. Lorsqu’un artiste ou une personnalité connue est médiatisé, il faut qu’il utilise son temps de parole à chaque occasion pour soutenir des causes et rabâcher les mêmes choses. En vieillissant, je suis de plus en plus énervée.

Propos recueillis par Judith Bouchoucha


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