culture

Rappeuses et slut-shaming, le stigmate qui a la dent dure

Nicki Minaj, Cardi B, Liza Monet ou Shay, ces rappeuses “hardcore” se voient régulièrement slut-shamées en raison de leur image hypersexualisée et de leurs textes crus. Pourquoi ces artistes se retrouvent-elles encore confrontées à ces préjugés sexistes?
Nicki Minaj, capture d'écran du clip de Good Form
Nicki Minaj, capture d'écran du clip de Good Form

Nicki Minaj, capture d'écran du clip de Good Form


Morue”, “salope”, “depuis quand on félicite une pute d’être une pute?”, voilà l’accueil réservé au titre de Liza Monet My Best Plan à sa sortie en 2012. Devenu viral malgré un bad buzz colossal, le morceau, qui relate le meilleur plan cul de l’artiste, atteint 6 millions de vues en quelques semaines avant d’être supprimé par l’artiste en raison des réactions négatives. Sur les réseaux sociaux ou dans la presse, c’est l’unanimité: la rappeuse, jugée pour ses tenues provocantes et son passé d’actrice porno, est fustigée pour sa musique “nulle” ou ses textes crus et provocants qui “incitent à la prostitution”. 

 

Dénigrement et placardisation

De retour il y a quelques mois avec le projet Alexandra et le single Hi B**ch, l’artiste n’a rien perdu de sa ferveur. Hélas, la MC parisienne est loin d’être la seule rappeuse hardcore à subir les foudres du slut-shaming. Ces rappeuses aux paroles explicites qui retournent le stigmate en objectivant les hommes se voient systématiquement renvoyées à leur supposée incompétence ou carrément placardisées. Ainsi, la Belge Shay, propulsée par Booba, se fait planter par son label 92i en 2017, alors qu’elle est suspectée d’avoir eu des rapports sexuels tarifés avec le footballeur franco-ghanéen André Ayew. Pourtant, cette allégation ne remet pas en cause le talent de l’artiste, qui met tout le monde d’accord. Malgré un premier album disque d’or, une partie de sa fan base, fidèle à B2o, et des médias, lui tournent le dos. Aujourd’hui, de retour avec deux clips et la promesse d’un album en 2019, la MC démontre qu’elle a toute sa place sur la scène rap. Cependant, son physique et son attitude “sulfureuse” mobilisent encore toute l’attention au détriment de sa musique. Dans les médias, on peut ainsi lire qu’elle est “divine en petite tenue”, qu’elle “fait monter la température sur Instagram” ou encore que “la belle Belge” est “plus séductrice que jamais”.

 

 

Du sexisme primaire

Même si les États-Unis ont déjà eu leur lot de rappeuses hardcore (de Lil’ Kim à Trina en passant par Foxy Brown), les MCs américaines Cardi B  et Nicki Minaj sont confrontées au même sexisme primaire. Les deux artistes se sont pourtant érigées au rang de superstars et d’icônes de la culture populaire. Cardi B est notamment la deuxième rappeuse après Lauryn Hill à se hisser en tête du Billboard Hot 100 (avec le morceau Bodak Yellow). On ne manque pas néanmoins de lui rappeler son passé se strip-teaseuse (dont elle s’amuse d’ailleurs dans le morceau Drip), de commenter la taille de ses fesses ou de ses seins et sa grossesse. Première rappeuse à dépasser les 100 millions de ventes, à être classée aux États-Unis dans le Hot 100 Billboard avec sept chansons, et à avoir joué au Stade de France, rien ne suffit pour mettre fin au slut-shaming dont est victime Nicki Minaj.

 

 

Toutefois, ces rappeuses décriées pour leur instrumentalisation du corps des femmes ne mettent pas leur sexualité en scène pour rien. En revendiquant un désir égal à celui des hommes, avec une hyper-virilité presque prédatrice, elles transgressent les frontières du genre.

 

Un traitement différent pour les rappeurs

Paradoxalement, les hommes dans le rap ne subissent pas le même traitement. De 2Pac à Booba en passant par The Game, Gucci Mane ou T.I. (pour faire court), personne ne semble s’offusquer de ces artistes dénudés dans la moitié de leurs clips, qui font de leurs abdos leur fonds de commerce et s’hypersexualisent. Au contraire. Ils séduisent à la fois un public qui en font des objets de fantasme et un autre qui s’identifient à eux. “Si un homme avait fait le même clip qu’Anaconda avec des filles sexy, tout le monde s’en foutrait…”, déclare Nicki Minaj à V Magazine.

Loin d’être l’apanage du rap, cette tendance à stigmatiser, culpabiliser ou disqualifier une femme dont le comportement ou l’apparence serait jugée provocante ou sexuellement anormale se retrouve à tous les niveaux de la société. Ces rappeuses non-blanches qui viennent bousculer les codes dominants démontrent que la société n’a toujours pas accepté l’idée qu’il existe bien des féminismes et non un féminisme, qui éclipserait tous les autres, parce que plus juste ou meilleur.

Éloïse Bouton


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