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Cinéma

Pourquoi il faut en finir avec le Mélanie Laurent bashing

Mélanie Laurent était récemment au centre d’un montage vidéo qui la montrait sous un jour grotesque. Alors que Respire, son deuxième long-métrage, sort en salles ce mercredi 12 novembre, on vous explique pourquoi le Mélanie Laurent bashing doit prendre fin. 
© Jérôme Plon et Alice Dardun
© Jérôme Plon et Alice Dardun

© Jérôme Plon et Alice Dardun


“Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures”: voilà la maxime qu’on aimerait voir appliquée à Mélanie Laurent. Car, depuis quelques années, l’actrice/réalisatrice/chanteuse est devenue la victime expiatoire par excellence, le défouloir du Web, la Benjamin Malaussène du cinéma français. Grâce à la magie un rien perverse d’Internet, d’anciennes vidéos d’elle refont régulièrement surface, qui visent à la ridiculiser encore et toujours, pour des propos qu’elle a tenus dans un temps révolu, des attitudes qu’elle a adoptées à un instant T. La dernière en date, le fameux montage vidéo posté sur le Tumblr Melanie Is Curious of Everything quelques jours avant la sortie de son second film, Respire, sonnera-t-il enfin le glas du Mélanie Laurent bashing? C’est ce qu’on espère, et on vous dit pourquoi. 

 

Parce qu’elle a fait son mea culpa

Qu’elle ait pu agacer, elle l’admet. À la question “Sensible aux critiques, aux moqueries?”, Mélanie Laurent répond sans détour dans cette interview accordée à Télérama au Festival de Cannes: “J’en ai souffert à un moment, mais je l’ai tellement cherché que je ne pouvais pas en vouloir aux gens.” Dans le numéro de Grazia du 7 novembre, dont elle fait la couverture, elle réitère: “Quand on est surmédiatisé, on ne peut pas en vouloir aux gens d’être énervés.” “C’est à soi de gérer la rareté”, explique-t-elle à la fin de l’interview. Et, histoire de vraiment enfoncer le clou, elle confie ce mois-ci à un journaliste de TGV Magazine: “En six mois, on m’a vue partout. Je disais aux gens que je pouvais faire l’actrice, la chanteuse, la réalisatrice, et même la maîtresse de cérémonie à Cannes. (…) Quel mauvais timing! Surtout qu’il y avait des choses très bancales dans le lot.” À moins de se flageller le dos avec un cactus pour implorer votre pardon, on voit mal ce qu’elle pourrait faire de plus.

 

Parce qu’elle n’est pas celle que l’on imagine

Après des années de vindicte qu’elle a dû affronter seule, des voix s’élèvent enfin aux côtés de Mélanie Laurent. Des personnalités volent à son secours pour expliquer noir sur blanc qu’elle est loin d’être le monstre d’autosuffisance qu’on voudrait qu’elle soit. Dans L’Express, le producteur Jacques Royer prend la défense de sa collaboratrice et amie: “Contrairement à beaucoup d’autres artistes, elle ne passe pas son temps à casser les pieds de tout le monde avec ses histoires personnelles et encore moins à se vanter”, avance-t-il, entre autres, dans son plaidoyer. Les actrices de Respire, dans Grazia, évoquent quant à elles une réalisatrice qui donne “confiance” (Lou de Laâge), ou qui “sait diriger ses acteurs avec beaucoup d’empathie et sans jamais mettre la pression” (Joséphine Japy). Certes, une actrice en promo est à peu près aussi honnête qu’un vendeur de Sport-Elec un jour de liquidation totale, mais à un montage vidéo aussi, on peut faire dire n’importe quoi.

Mettre sa notoriété au profit de grandes causes a beau être monnaie courante chez les stars de cinéma, Mélanie Laurent ne fait pas qu’apposer son nom sur des campagnes pleines de bons sentiments.

 

Parce qu’elle s’engage pour de bonnes causes, et ce n’est pas de la pose

En 2012, bien avant la fameuse BD de Pénélope Bagieu sur le même sujet, Mélanie Laurent prêtait sa voix au documentaire The End of The Line, qui dénonçait la pêche intensive et pointait du doigt l’épuisement des ressources océaniques. Jusqu’en 2013, elle a mené campagne en France dans le cadre de l’opération Fish Fight, afin de faire passer une loi interdisant les rejets de poissons en mer et la surpêche. En mai 2014, elle appelait aux dons sur Kiss Kiss Bank Bank pour financer la production de Demain, un road movie écolo qu’elle coréalise avec l’ancien directeur d’ONG Cyril Dion (sortie prévue en décembre 2015). Montant des recettes à ce jour: plus de 400 000 euros. Mettre sa notoriété au profit de grandes causes a beau être monnaie courante chez les stars de cinéma, Mélanie Laurent ne fait pas qu’apposer son nom sur des campagnes pleines de bons sentiments. Elle met aussi au service de ces projets ce qu’elle détient de plus précieux: son temps. Combien d’entre nous, avec des plannings parfois moins serrés, peuvent en dire autant?

 

Parce qu’on devrait plutôt s’en faire un modèle

Pour quelques minutes, oubliez Mélanie Laurent, son visage et ses mimiques. Pensez juste objectivement à ce qu’elle est sur le papier: une jeune femme qui ne se satisfait pas de son statut d’actrice et prend sans cesse des risques, quitte à se ramasser devant la planète entière et à subir de violentes critiques. Une fille spontanée qui répond sans trop se méfier en interview et qui, parfois, part en vrille, plutôt que de se censurer. Une meuf comme vous et moi qui se retrouve à jouer sous la direction de Quentin Tarantino et Angelina Jolie (dans By The Sea, prochainement au cinéma), et qui hallucine forcément de ce qui lui arrive. Une trentenaire qui répond honnêtement, si on lui pose la question, que oui, sa vie est géniale -franchement, préférerait-on qu’elle dise le contraire? Une jeune maman qui, malgré son adoration pour son fils Léo, n’a pas pour autant mis de côté sa carrière. Le Mélanie bashing, c’est un mélange de délit de sale gueule assez primaire et, comme l’explique très justement Slate, “une nouvelle manifestation du sexisme que l’on fait subir aux actrices”. On abonde: cette femme qui vit ses rêves et donne corps à ses ambitions devrait servir de modèle, pas de défouloir.

Avec Respire, elle a réussi en six semaines de tournage à réaliser un film tout en tension, aussi visuellement léché que suffocant.  

Parce qu’elle a du talent

Gérard Depardieu a beau l’avoir adoubée, un César lui avoir été décerné, ses détracteurs resservaient jusqu’ici toujours le même argument: “Son jeu d’actrice me donne de l’urticaire” (ou sa variante: “Son album me donne de l’acné purulente”). À propos de Mélanie Laurent, propulsée actrice par le bon vieux Gégé précité alors qu’elle accompagnait une amie sur un plateau de tournage, la question de la légitimité a toujours été omniprésente. Est-ce pour cela qu’elle avait tant à cœur de passer à la réalisation? En tout cas, grand bien lui en a pris: si son premier film, Les Adoptés (2010), faisait office de belle promesse, son deuxième long-métrage est une franche réussite. Avec Respire, elle a réussi en six semaines de tournage à réaliser un film tout en tension, aussi visuellement léché que suffocant. Dans ce thriller psychologique qui tient en haleine du générique de début à celui de fin, elle se paie même le luxe de révéler non pas une, mais deux actrices à la fois, preuve qu’elle sait parfaitement poser un regard magnifiant sur d’autres jeunes femmes qu’elle. Les standing-ovations que lui réserve le public à chaque avant-première -dont celle de la Semaine de la critique à Cannes-, et le succès que devrait rencontrer son film en salles, sont sans doute la meilleure réponse aux attaques répétées qu’elle a subi ces dernières années.

 

Faustine Kopiejwski


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