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Robin Cameron: une artiste à surveiller de près

À l’occasion du vernissage d’Une Seconde vie, sa première exposition parisienne, cette jeune artiste basée à New York s’est entretenue avec notre contributrice Safia Bahmed-Schwartz. Où il est question d’art, de féminité et de renaissance.
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À 32 ans, Robin Cameron est en train de se faire un nom dans l’art contemporain. Cette Canadienne basée à New York, dont une poignée de livres sont conservés au Museum of Modern Art (MoMA), a été qualifiée par le très pointu GalleristNY comme une artiste “à surveiller absolument” (“definitely one to watch” en VO). En vraie slasheuse des beaux-arts, elle passe avec aisance d’un médium à l’autre et s’illustre autant dans la photographie, le dessin, l’édition de livres que la sculpture. C’est sous cette dernière casquette qu’elle expose pour la première fois à Paris ses céramiques, qui évoquent la résilience et la reconstruction. 

C’est quoi l’art pour toi?

Certainement la meilleure façon d’exprimer ses sentiments, mais au travers de signes et de façon sincère! Je crée parce que j’ai envie de le faire et non parce qu’on aimerait que je le fasse. Il est toujours question de mes intentions.

Quelles sont tes intentions?

J’aime investir plusieurs médiums différents, car je m’ennuie très vite. C’est trop facile de ne faire qu’une seule chose. Et puis, ça me permet de réfléchir plus. Malgré les formes changeantes, mes intentions sont toujours les mêmes: communiquer avec quelqu’un d’autre, me faire comprendre. ll est aussi important pour moi que la forme soit belle, qu’elle séduise l’œil, pour qu’on s’intéresse ensuite au message qu’il y a derrière.

Quelles sont les idées que tes œuvres véhiculent?

Pour mes céramiques par exemple, je voulais parler des valeurs productives. Quand quelque chose est abîmé ou cassé, on l’abandonne. Je voulais transformer ces rebuts abandonnés en quelque chose de positif. J’ai utilisé des déchets trouvés dans l’atelier de céramique dans lequel je travaillais et de ces résidus et débris, j’ai fait de nouveaux objets.

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© Safia Bahmed-Schwartz

Pourquoi les as-tu transformés en parties de corps?

J’ai choisi des parties de l’anatomie plus ou moins reconnaissables au premier coup d’œil, certaines allant jusqu’à des formes aux apparences abstraites. La plupart des pièces sont basées sur des blessures, celles de mon entourages ou les miennes.

Qu’est-ce que ton entourage, justement, et notamment tes parents, pensent du fait que tu sois artiste?

Au début, ils pensaient que c’était une très mauvaise idée, parce que la vie d’artiste est dure. Depuis que j’ai  fini mes études et qu’ils ont vu que j’étais heureuse, ils sont très fiers. Ça leur a pris du temps, c’est comme si je leur avais dit que je voulais devenir nonne, que je voulais entrer dans la religion. Parce qu’il faut vraiment être dévoué et investi pour devenir artiste.

Dans l’art, comme partout, on a tendance à nous mettre dans une case qui correspond à notre condition sociale. Est-ce que le fait d’être une femme influence ton travail?

Oui. On ne peut pas échapper à sa condition. Je vois le monde aux travers de mes yeux de femme, avec une touche et une douceur particulières, que les hommes peuvent avoir, certes, mais d’une façon différente.

Tu viens de New York, pourquoi avoir choisi un titre d’exposition en français (ndlr: Une Seconde vie)?

C’est un hommage à Henri Matisse qui, dans la seconde partie de sa vie, a été atteint d’un cancer. Il ne pouvait plus peindre, a fait toutes ses séries de collages avec des morceaux de papier qu’il passait des heures à regarder et à déplacer. Il n’a jamais été aussi productif que pendant la période où il a été malade. Quand j’ai découvert son travail, j’ai trouvé ça tellement beau que j’ai eu l’impression d’entamer une seconde vie, d’où le titre de l’expo.

Propos recueillis par Safia Bahmed-Schwartz (www.safiabahmed-schwartz.fr)

Robin Cameron, Une Seconde vie, à la galerie Lefebvre & Fils (Paris 7e) du 23 octobre au 31 janvier 2014. 


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