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Pourquoi Rosie the Riveter est toujours une icône du féminisme

Rosie the Riveter, symbole des femmes qui ont travaillé pendant la Seconde Guerre mondiale, continue à inspirer les féministes du monde entier. Retour sur l’histoire d’une icône indémodable à l’occasion de la sortie de la BD de Shreyas R. Krishnan, Devenir Rosie. Rosie la Riveteuse et la performativité du genre.  
© Shreyas R. Krishnan / Cambourakis
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Vous connaissez forcément la Rosie the Riveter de J. Howard Miller, cette femme à l’air décidé, coiffée d’un fichu rouge à pois blancs. Elle fléchit son avant-bras et en haut de l’affiche qui l’a rendue célèbre, on peut lire “We Can Do It!” Devenue un symbole féministe, elle a donné lieu à des centaines de réinterprétations. Pénélope Bagieu l’a dessinée en 2011 pour un numéro de Télérama consacré au féminisme. En 2014, Beyoncé a repris sa pose sur son compte Instagram. La même année, l’artiste de Street art Anat Ronen a peint la militante Malala Yousafzai montrant son biceps droit. Même les supporters de la républicaine Sarah Palin, loin d’être la plus féministe d’entre toutes, ont brandi dans la rue en 2008 des affiches où son visage remplaçait celui de Rosie.

Rosie The Riveter est le nom générique donné aux femmes qui travaillaient durant la Seconde Guerre mondiale, explique Bailey Sisoy Isgro, qui a écrit avec Nicole Lapointe un livre pour enfant sur ce personnage historique. Rosie est le symbole de l’importance des femmes dans le monde du travail, de leur persévérance et de leur place dans l’effort de guerre.” Rosie fait d’abord son apparition en 1942 dans une chanson de Redd Evans et John Jacob Loeb, qui raconte son quotidien sur la ligne d’assemblage, puis sur la couverture du Saturday Evening Post, dessinée par Norman Rockwell. Elle est ensuite l’icône du poster “We Can Do It!”, dessiné par J. Howard Miller et utilisé en interne pour encourager les ouvrières de la Westinghouse Electric and Manufacturing Company.

 

La chanson de Redd Evans et John Jacob Loeb

Comment la représentation d’un moment très précis de l’histoire américaine a-t-elle pu devenir un symbole féministe universel? “L’image de Rosie a une résonance particulière aujourd’hui, explique Maureen Honey, auteure de Creating Rosie the Riveter: Class, Gender and Propaganda During World War II. Elle est en phase avec les mouvements qui visent à donner plus de place aux femmes. Son regard est déterminé, elle lève le poing pour montrer sa force, elle se montre capable de défier les obstacles qui se dresseraient sur son chemin. Ses vêtements, de la même couleur que le drapeau américain, indiquent que tout le pays est derrière elle.” Pour la professeure de l’université du Nebraska, le contexte historique dans lequel évolue Rosie est tout aussi facile à adapter à notre époque. “À l’époque, la phrase ‘We Can Do It!’ évoquait la victoire contre le fascisme et l’impérialisme qui menaçaient la société occidentale. Aujourd’hui, elle fait référence aux femmes qui veulent se débarrasser des discriminations, des violences et du patriarcat. Les deux sont compatibles puisque les fascistes pensaient que la place d’une femme était à la maison.

L’illustratrice Shreyas R. Krishnan fait partie de cette génération de jeunes féministes qui se sont passionnées pour Rosie. Pendant ses études au Maryland Institute College of Art, elle a écrit l’essai qui lui a servi de base pour sa bande dessinée Devenir Rosie. Rosie la Riveteuse et la performativité du genre (éditions Cambourakis). Elle y a mêlé ses cours sur l’image et ses lectures des travaux de Judith Butler et a étudié la manière dont le personnage de Rosie a jonglé avec le féminin et le masculin, de manière à plaire au plus grand nombre. “Rosie est toujours montrée comme un personnage féminin, bien habillé, avec un uniforme et un bandana, analyse-t-elle. Mais elle a tout de même un côté masculin et elle sait faire tourner les machines. Elle a la dose de masculinité que les femmes sont autorisées à avoir pour qu’elles n’aient pas l’air de menacer l’ordre social.” Dans son livre, elle compare Rosie à des icônes comme Wonder Woman, “dont la masculinité affichée ne représente une menace que pour les méchants de [ses] histoires.

Rosie était une femme blanche, qui ciblait une certaine section de la population. Cela ne tient pas compte du fait qu’il y avait beaucoup de femmes de couleur dans le monde du travail.

Ces dernières années pourtant, Rosie est aussi devenu un symbole controversé. Lorsque Beyoncé a repris sa pose, on a vu fleurir dans tous les grands médias anglo-saxons des articles listant les aspects problématiques de son imagerie. “Ce qui pose problème c’est que Rosie, à l’époque, n’était là que pour faire des ‘jobs d’hommes’ de manière temporaire”, explique Maureen Honey. “Son rêve d’après-guerre devait rester d’avoir des enfants et un foyer.

Au-delà de ces injonctions patriarcales, l’image figée d’une femme blanche conventionnelle pose problème. “Rosie était une femme blanche, qui ciblait une certaine section de la population, explique Shreyas R. Krishnan. Cela ne tient pas compte du fait qu’il y avait beaucoup de femmes de couleur dans le monde du travail.” Une opinion partagée par Bailey Sisoy Isgro. Son livre Rosie, a Detroit Herstory Book (Ndlr: projet lancé sur Kickstarter) vise à diversifier l’image de cette icône en montrant des femmes de toutes origines et de toutes les corpulences. “C’est très important pour nous que l’on ne montre pas seulement cette femme blanche avec des cheveux bruns, des yeux bleus et un bandana rouge. Il faut qu’elle représente toutes les femmes qui ont travaillé à l’époque.

Pour Shreyas R. Krishnan, si l’image de Rosie fonctionne, c’est au-delà de tous ces clivages. À la fin de sa bande-dessinée, elle montre d’ailleurs que son geste suffit désormais à évoquer un acte de résistance, d’“empowerment”. Elle existe en dehors de la propagande de guerre. “Pour moi, le poster de Miller est comme une page blanche, conclut-elle, tout le monde peut y mettre sa propre intention.” De la même manière, le célèbre “We Can Do It” peut prendre tous les sens. “Pour moi, Rosie restera un symbole féministe pour des siècles”, tranche Bailey Sisoy Isgro. Capable de s’adapter à tous les combats, à tous les pays et à tous les contextes.

Pauline Le Gall

Devenir Rosie: Rosie la Riveteuse et la performativité du genrede Shreyas R. Krishnan, traduit de l’anglais par Amandine Schneider-Depouhon. Éditions Cambourakis. Parution le 16 août.

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