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Stand-up

Roukiata Ouedraogo: du Burkina Faso à la France, l'humoriste qui fait rire et réfléchir

Dans son spectacle Je demande la route, cette comédienne et humoriste de 37 ans conte avec finesse et autodérision son parcours initiatique entre le Burkina Faso et la France. Elle se joue des différences culturelles entre les deux pays et aborde sans détour son excision.  
© Pascal Ito
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Voilà près de trois quarts d’heure que Roukiata Ouedraogo habite la scène du théâtre du Lucernaire, vêtue d’une petite robe jaune en wax et de bottines noires à plateforme. Trois quarts d’heure que le public rit aux éclats puis retient son souffle, à mesure que la comédienne d’origine burkinabè relate son histoire. Quand soudain, on toque à la porte. “Rouki” ouvre, se retrouve nez-à-nez avec son clitoris. S’ensuit un dialogue à coeur ouvert avec ce petit bout de chair, cette part de son intimité perdue à l’âge de 3 ans: “Là, il me dit que lui aussi, ça lui a fait du mal d’être arraché à moi, qu’il a erré toutes ces années sur la route en se demandant ce qu’était un clitoris sans fille. Moi aussi, je me suis posé ces questions. Qu’est ce qu’une fille sans clitoris?” Son cri de colère nous scotche à notre siège, avant d’être désamorcé par une pirouette. Même procédé au moment d’évoquer le décès de son père et de son frère ou les rêves brisés à son arrivée en France. Je demande la route, quatrième spectacle de Roukiata Ouedraogo, s’écoute comme un conte moderne, où l’intime et l’universel s’entremêlent pour nous offrir une parenthèse d’humanité.

 

 

Quand on fait quelque chose, il faut accepter de donner de soi, confie Roukiata Ouedraogo quelques jours plus tard, attablée à l’étage du théâtre du Lucernaire où elle se produit trois soirs par semaine. Je veux que le public reparte plus riche qu’il n’est arrivé.” En guise de matière, la comédienne de 37 ans pioche allègrement dans son passé. Née à Fada N’Gourma, dans l’est du Burkina Faso, la jeune fille grandit dans les faubourgs de Ouagadougou. En 2000, elle s’envole pour la France, où vivent déjà un frère et une sœur. À l’époque, elle rêve de stylisme avant qu’une conseillère d’orientation ne l’en dissuade, une déconvenue tournée en dérision dans son spectacle. Roukiata Ouedraogo enchaîne alors les petits boulots, passe son BAFA, devient maquilleuse et pose comme modèle, notamment pour Nivea. Loin d’imaginer une carrière de comédienne, la néo-Parisienne trompe la solitude en écrivant des poèmes.

Un jour, un spectateur m’a dit que mon show était d’utilité publiqueje ne l’aurais jamais imaginé!

En 2007, lassée d’entendre les gens pouffer de rire à l’écoute de son accent, la voilà inscrite à un stage de théâtre. C’est le coup de foudre. Elle entre en deuxième année au Cours Florent et se plonge avec délectation dans les classiques (Feydeau, Shakespeare, Racine…). Un an plus tard, sa première création est une comédie dramatique inspirée du mythe de la princesse burkinabè Yennenga, une lointaine ancêtre. “Écrire sur cette femme m’a fait tenir, ça m’a permis d’être proche de mes racines”, se remémore cette admiratrice d’Odile Sankara, figure du théâtre au Burkina Faso. En collaboration avec son mari, metteur en scène et co-auteur Stéphane Eliard, Roukiata Ouedraogo amorce un virage vers le stand-up. L’humour pour panser les plaies de l’exil. En 2012, elle relate d’abord sa migration avec “nostalgie” dans Ouagadougou Pressé, son premier seule-en-scène. Le second, Roukiata tombe le masque, s’attaque aux travers de notre société. Ceux que l’on n’arrive plus à regarder en face: les petits vieux isolés, les voisins auxquels on ne dit pas bonjour… Repérée par France Inter, l’humoriste devient chroniqueuse chez Charline Vanhoenacker à partir d’avril 2017. Sa voix singulière de “petite fille retient l’attention du producteur Pascal Guillaume: “Elle est sincère et généreuse sur scène, décrit le directeur de la société de production Ki M’aime me suive, où sont signés Pierre Palmade, Muriel Robin ou Michèle Laroque. Elle nous touche parfois sans le vouloir.

Avec ce nouveau producteur, son texte se déleste de certains sketchs superflus. Sa mise en scène s’affine sur les conseils du comédien marseillais Ali Bougheraba, Molière du spectacle musical 2017. Je demande la route se veut un “spectacle conscient” -on dirait militant, même si la comédienne s’en défend. “Un jour, un spectateur m’a dit que mon show était d’utilité publique, raconte Roukiata Ouedraogo dans un éclat de rire, je ne l’aurais jamais imaginé!” Le titre de son spectacle, Je demande la route, fait référence à une formule de politesse du Burkina Faso. Au moment de prendre congé, on se dit que sa route est désormais bien tracée.

Elise Koutnouyan

Je demande la route, de Roukiata Ouedraogo, au théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris. Du jeudi au samedi à 21h30. Jusqu’au 2 juin 2018.


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