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Musique

D'Edith Piaf à PNL, Safia Bahmed-Schwartz triture la chanson française

Dans un Ep fièrement iconoclaste qui mélange Edith Piaf au hip hop le plus contemporain, l’artiste protéiforme Safia Bahmed-Schwartz brûle les codes de la chanson française. 
© Manuel Obadia Wills
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Des interviews pour Cheek Magazine, des dessins branchés cul, des montages photo, des tatouages, du rap… L’artiste Safia Bahmed-Schwartz utilise tous les médias à sa disposition pour raconter sa génération. Ce mardi, elle sort Best-Of , un Ep aux allures de medley iconoclaste, qui regroupe des reprises de classiques de la chanson française en mode rap autotuné et neurasthénique. On a parlé avec elle. 

En ouverture de ton Ep, tu fais intervenir Simone Weil, Lil’ Kim et Maria Callas: si elles se retrouvaient toutes les trois autour d’un verre en 2017, de quoi parleraient-elles? 

Malheureusement, je pense qu’elle parleraient des préoccupations qu’elles avaient déjà il y a dix, vingt, trente ans, genre l’avortement, les violences policières, l’égalité hommes-femmes, surtout par rapport au biff. De la situation des “minorités” -je déteste ce mot, rien n’est mineur à part une note de musique ou un mec qui bosse dans une mine. Certainement aussi de Trump, du merch’ de Kim Kardashian et peut-être de moi.

“Aujourd’hui, un  évènement people a la même valeur que n’importe quel autre événement   politique, social, économique, commercial..”

Dans ton titre Kafka, tu frottes Edith Piaf au désespoir autotuné de PNL: d’après toi, le duo des Tarterêts peut-il marquer l’histoire de la chanson française au même titre que la chanteuse de La Vie en rose

Edith Piaf c’est leur grande tante, du côté de leur père, tu ne savais pas? “QLF”, comme ils disent. Plus sérieusement, il y a un élément à prendre en compte, qui change diamétralement la donne: on ne consomme plus la musique de la même façon qu’à l’époque d’Edith Piaf. Les albums, tracks, collaborations, clips, sortent aujourd’hui tous les jours et par milliers. Néanmoins, même si certains ont déjà oublié PNL, parce qu’ils n’ont pas une actualité récente -à part leur clip-court métrage sorti vendredi dernier-, je pense qu’ils peuvent marquer leur temps. Parce qu’ils ont ce désarroi, cette résilience et cette once de folie qu’Edith Piaf avait déjà à l’époque et qui parle au plus grand nombre. Je suis quasiment sûre qu’on peut comparer la façon dont Edith Piaf utilisait sa voix -qui était très à la mode à l’époque-, à l’autotune de PNL. Ce sont juste les méthodes qui changent. Tous les artistes se servent des méthodes à la mode pour s’exprimer, quelques uns resteront. Je leur souhaite d’avoir le même destin, Corbeil-Essonnes représente!

Dans l’un de tes morceaux, tu fais référence à l’agression parisienne de Kim Kardashian. Les people, c’est de la poésie?

La French Connection, avant d’aller faire un braquage, écoutait toujours La Bohème. Les mots qui donnent de la force, du courage, c’est ça, la vraie poésie. J’ai aussi effectivement une réflexion sur les people, car aujourd’hui, un  évènement people a la même valeur que n’importe quel autre événement politique, social, économique, commercial.

Tu reprends L’Envie, un morceau écrit par Jean-Jacques Goldman pour Johnny Hallyday, tout en le confrontant à notre société de surconsommation et aux réseaux sociaux. As-tu sélectionné tes reprises pour leur intemporalité?

Il y a des morceaux très chers à mon coeur, d’autres que j’ai choisis pour ce qu’ils représentent. Et effectivement, L’Envie de Jonnhy Hallyday, écrite par Goldman en 1986, mon année de naissance, a quelque chose de très actuel et presque universel. Mon choix s’est porté sur l’universalité des textes de ces chansons. Pour celle-ci, j’y ai ajouté la notion de réseau social, qui est omniprésente dans nos vies, qui a changé nos rapports aux autres, nos rapports amoureux, à  l’information. Pour Maelström, je reprends Le Tourbillon de la vie, que j’ai clippé et qui est le premier extrait de l’EP. C’est hyper universel ce morceau qui parle de rencontres, d’amour… 

“Je t’assure que Jul, on s’en souviendra pas.”

Beaucoup de chanteuses et chanteurs se sentent écrasés par l’héritage de la musique française. Comment se débarrasser de ce complexe typiquement français?

Je pense que ça ne s’applique pas seulement à la chanson, mais à de nombreux domaines, comme l’écriture. Le sacré de la littérature française écrase aussi les élans des jeunes écrivains. Idem au cinéma et dans l’art en général. Quand on les connaît bien, on peut s’en détacher, sinon on ne se sent pas légitime.

En vrai, a-t-on fait aussi bien en France ces dernières années que par le passé?

C’est toujours la même chose, c’est cyclique, la merde qui a été faite dans le passé on ne s’en souvient pas, ce qui a été retenu, c’est ce qui a déplacé les codes et cassé des murs. Je t’assure que Jul, on s’en souviendra pas. Enfin j’espère, même si sa démarche est honorable, dans la persévérance, la simplicité.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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