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Cinéma

La saga Star Wars est-elle féministe?

Au panthéon des icônes féministes de fiction, Leia, héroïne de la première trilogie Star Wars, figure en bonne position. Difficile d’en dire autant d’Amidala, qui lui a succédé au début des années 2000. En bon produit de la pop culture, la saga, dont le 7ème épisode sort en salles mercredi, est le reflet de son -ou plutôt de ses- époque(s). Celui aussi des avancées et des reflux du féminisme.
Daisy Ridley alias Rey et John Boyega alias Finn, dans Star Wars, le réveil de la force © Lucasfilm Ltd.
Daisy Ridley alias Rey et John Boyega alias Finn, dans Star Wars, le réveil de la force © Lucasfilm Ltd.

Daisy Ridley alias Rey et John Boyega alias Finn, dans Star Wars, le réveil de la force © Lucasfilm Ltd.


La place des femmes dans l’épopée cinématographique Star Wars tient en deux contradictions. La première: son héroïne historique, la princesse Leia Organa, a éveillé au féminisme plusieurs générations de filles. Pourtant, soumise au test de Bechdel (Ndlr: test évaluant l’épaisseur et les interactions entre les personnages féminins dans un film), la saga échoue assez lamentablement.

Certes, parmi une pléiade d’hommes, la première trilogie compte plusieurs personnages féminins identifiables. Trois exactement: l’héroïne Leia, une seconde femme leader de la rébellion, Mon Mothma, ainsi que la tante d’un des héros, Beru. Mais les deux dernières ne font que des apparitions éclair et les trois ne parlent pas entre elles. Avec un point sur trois possibles selon les critères d’Alison Bechdel, on est loin du compte.

À première vue, la seconde trilogie est en nette amélioration: les femmes -politiciennes, guerrières, jedi ou servantes- sont plus présentes à l’écran. Mais la plupart n’ont pas droit à un nom, encore moins à des lignes de dialogue. Seul le premier épisode réussit le test, grâce aux échanges entre l’héroïne, la reine Padmé Amidala, ses conseillères et servantes et la mère du héro, Shmi Skywalker. En progrès mais peut mieux faire, donc.

 

Une trilogie originelle bien plus féministe que la suivante

L’univers fictif de Star Wars ressemble décidément bien au nôtre… Dans les États-Unis des années 70-80, où naît la saga, les femmes commencent tout juste à entrouvrir les portes des carrières politiques et militaires. Elles sont donc rares dans la première trilogie, qui est avant tout une métaphore politique autour du totalitarisme et de la guerre civile. À la sortie de la seconde, entre 1999 et 2005, les femmes au pouvoir ou dans l’armée font de moins en moins figure d’exception. Dans les films, elles peuvent désormais diriger une planète, Naboo. Pas si mal alors qu’en 2015, Hillary Clinton est la première femme en position de devenir présidente des États-Unis!

Leia est directement inspirée de la figure féministe de la fin des années 70.

Pourtant, seconde contradiction, la trilogie originelle est bien plus féministe que la suivante. Elle est écrite, réalisée et diffusée dans le sillage de la seconde vague du féminisme, qui prônait le droit des femmes à disposer librement de leur corps et de leur sexualité. Son héroïne, Leia, est directement inspirée de la figure féministe de la fin des années 70: sûre d’elle et de ses capacités, ambitieuse, indépendante, capable de se défendre seule, à l’aise dans des univers masculins, maîtrisant sa vie sentimentale et sa sexualité (avec Han Solo, qui deviendra son mari, c’est elle qui mène la danse).

Ce sont son rôle de leader politique et militaire de la rébellion et son caractère bien trempé qui la définissent, pas ses relations personnelles avec les hommes qui l’entourent, et suivent bien souvent ses ordres. Leia est belle mais pas inutilement coquette, guerre oblige, et les scénaristes ont eu la “décence” d’attribuer son apparition en bikini doré (une femme dévêtue est toujours gage d’audience…) à une lubie du monstre esclavagiste qui la retient un temps prisonnière.

 

 

Amidala, une héroïne pas franchement féministe

L’héroïne de la seconde trilogie, Amidala, imaginée dans les années 90 -alors que le féminisme semble souvent réduit au “girl power” des Spice Girls-, est tout le contraire. Pourtant, elle avait bien commencé: reine à 15 ans, plutôt habile au maniement des armes, elle avait du potentiel. Mais on la voit lentement se transformer en archétype de la “damoiselle en détresse”. Elle a bien une mission politique à accomplir, mais le moins qu’on puisse dire est qu’on ne la voit pas beaucoup en action. Littéralement retranchée dans une tour d’ivoire dans le troisième épisode, elle n’est plus définie que par les menaces qui pèsent sur elle et son histoire d’amour impossible avec le héros, Anakin Skywalker, dont le job est d’assurer sa protection.

Plus que par ses actes, Amidala rythme la trilogie par ses changements de tenues et de coiffures spectaculaires.

Paroxysme de sa condition de “faible femme”, elle finira par mourir en couches (désolée pour le spoiler mais, si vous n’avez pas vu les films aujourd’hui, vous n’avez aucune excuse). Plus que par ses actes, Amidala rythme la trilogie par ses changements de tenues et de coiffures spectaculaires (et pas toujours des plus pratiques et confortables), notamment ce top qu’une bête féroce coupe “par inadvertance” lors d’un combat, permettant aux spectateurs d’admirer le ventre de son interprète, Natalie Portman (vers 2 min 50 ci-dessous).

 

 

Leia est une femme qui bouscule les codes du patriarcat, mais elle est bien seule. Amidala, elle, a conquis un rôle politique important, mais sacrifie finalement sa vie publique à sa vie privée. Entre la fin des années 70 et le milieu des années 2000, la condition des femmes a progressé mais la conscience féministe, elle, s’est diluée. Dix ans plus tard, alors qu’on n’avait pas autant parlé de féminisme depuis bien longtemps, espérons que l’épisode 7 et sa nouvelle héroïne Rey parviendront à réconcilier guerre des étoiles et émancipation des femmes.

Raphaëlle Peltier


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Daisy Ridley alias Rey et John Boyega alias Finn, dans Star Wars, le réveil de la force © Lucasfilm Ltd.  - Cheek Magazine
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