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Littérature

Samantha Bailly, la romancière en lutte pour défendre les auteur·rice·s

Autrice, scénariste et youtubeuse, Samantha Bailly est récemment devenue présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et vice-présidente du Conseil Permanent des Écrivains. Du haut de ses 29 ans, elle bouscule le très masculin monde de l’édition à coup de hashtags et d’agitprop.
© Jade Sequeval
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Samantha Bailly est de celles qui ne perdent pas de temps: elle est encore au lycée lorsqu’elle écrit son premier roman, La Langue du silence, publié quelques années plus tard, en 2009. À l’époque, Samantha a 19 ans et elle est en L2 de Lettres Modernes.

Aujourd’hui, l’autrice a signé une trentaine d’ouvrages. Des romans de fantasy, des contes, des nouvelles et des romans contemporains mais aussi des scénarios de mangas, de films et de jeux vidéo. L’un de ses grands projets: une fresque littéraire sur les millennials et leur rapport au réel, entamée avec Les Stagiaires, paru en 2014 et suivi d’À durée déterminée et Indéterminés, en 2017 et 2018.

 

Auteur·rice, un métier atypique

Mais avant d’en arriver là, Samantha Bailly a dû batailler, et surtout se former toute seule. Pour devenir auteur, il n’y a pas de chemin tracé: “On le devient par expérience: on écrit, et puis on publie, et alors notre création devient aussi un objet économique. C’est un métier qui s’apprend par improvisation”, constate la romancière.

Dans l’édition, le rapport de force entre auteur et éditeur est clairement biaisé: la plupart des écrivains signent leur premier contrat sans la moindre préparation. Difficile de négocier face aux poids lourds du secteur, analyse Samantha Bailly: “L’édition s’est industrialisée, les contrats sont passés de 2 pages à 20, incompréhensibles si on n’a pas un bagage en propriété intellectuelle.

L’art étant souvent associé au plaisir, les écrivain·e·s ont du mal à faire reconnaître la valeur de leur travail: “Si nous sommes passionné·e·s, alors c’est que nous prenons forcément du plaisir à créer: on a un don, un talent, tout ça est facile. Mais c’est faux! Vous pouvez avoir du talent, mais aucun talent ne survit sans un travail acharné.” En décidant de vivre exclusivement de sa plume à 24 ans, l’autrice a vite dû se professionnaliser, “sortir de l’infantilisation”, et reste l’une des rares en France à faire appel à un agent littéraire. Depuis 2016, elle partage aussi sur YouTube des conseils sur l’écriture et l’univers de l’édition.

 

 

À la tête de la Charte

Mais pour mieux défendre ses convictions et “rendre ce qu’on [lui] a donné”, Samantha Bailly est également devenue présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, qui existe depuis 43 ans. Un lieu d’échanges, de conseils et d’entraide pour 1400 professionnel·le·s du métier. Elle a vite insufflé un vent militant nécessaire à ce petit monde davantage habitué à la loi du silence et aux renvois d’ascenseur entre amis. Son premier fait d’armes: la campagne #PayeTonAuteur, menée contre le salon Livre Paris qui refusait de rémunérer les auteur·rice·s lors des rencontres et interventions, qui constituent pourtant un travail à part entière. Uni·e·s derrière un même mot d’ordre, soutenu·e·s par la dessinatrice Cy et les booktubeuses Nine, Lili Bouquine et Bulledop, ralliées à la cause, les auteur·rice·s font plier Livre Paris en cinq jours. Première victoire pour notre autrice militante.

Rapidement, #Payetonauteur se transforme en #AuteursEnColère. Dans le viseur du mouvement? Le gouvernement, dont les projets de réformes sociales et fiscales risquent de précariser encore davantage la profession, près de 270 000 personnes. La situation, pourtant, est déjà critique: selon une étude du ministère de la Culture, 41% des auteur·rice·s professionnel·le·s gagneraient moins que le SMIC. “Nous sommes encensé·e·s quand il s’agit d’applaudir la diversité de la création française, mais oublié·e·s dès qu’il s’agit de questions économiques ou sociales”, constate la présidente de la Charte.

On a choisi notre terrain pour nous battre: celui des réseaux sociaux, de la liberté d’expression et de la narration.

Aujourd’hui, les auteur·rice·s comptent bien démontrer qu’ils et elles savent se fédérer et agir à leur façon: “Jouer sur les mots avec les auteurs? Mauvaise idée, glisse la romancière avec malice. On a choisi notre terrain pour nous battre: celui des réseaux sociaux, de la liberté d’expression et de la narration. Et nous sommes très imaginatifs…” La contestation pourrait bien porter ses fruits: du haut de ses 29 ans, Samantha Bailly est reçue par Françoise Nyssen en personne pour négocier les réformes à venir, un calendrier de travail est amorcé pour l’été.

 

L’édition, un monde dominé par les hommes

De ses expériences politiques, l’autrice issue du jeu vidéo apprend beaucoup: “C’est une expérience très intense et passionnante. Ce qui a changé, c’est ma capacité à oser et à me sentir libre.” Bousculer le monde de l’édition, largement dominé par les hommes, est loin d’être chose aisée: “On m’a souvent dit que ma posture était ‘agressive’ alors que je me suis contentée d’être ferme. Parce que dans nos constructions mentales, manifestement, on n’attend pas fermeté et détermination de la part d’une jeune femme”, analyse-t-elle.

L’égalité femmes-hommes, d’ailleurs, est un autre de ses chantiers: des différences de rémunération entre auteurs et autrices jeunesse au manque de représentation dans les prix littéraires en passant par l’accès réduit aux bourses de création pour les personnes identifiées femmes, les signaux d’alerte sont nombreux.

Comme beaucoup d’actrices du milieu, la romancière a même souvent été témoin de comportements déplacés de la part d’hommes en position de pouvoir. “Très jeune, à un repas d’un salon littéraire, j’ai entendu un éditeur dire à une jeune autrice à côté de moi: ‘Ton contrat, on le signera dans ma chambre.’” Un souvenir cauchemardesque: à la table, personne ne réagit. Résolue à ne plus se taire, Samantha Bailly conclut: “Dire que le secteur éditorial est épargné par le sexisme est un leurre. La loi du silence est encore bien présente. Elle s’est particulièrement libérée dans la BD, à travers le mouvement ‘Paye ta bulle’, finalement très précurseur de #MeToo. Mais il y a encore un vrai chemin à faire.

Matthieu Foucher


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