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Comment la série “Sex Education” met en scène une masculinité non toxique

Otis est le héros de la série Netflix Sex Education. Il a 16 ans, il est hétéro, s’habille assez banalement et plaît parfois aux filles. Ah, et il se déguise une fois par an en drag queen pour aller voir le film Hedwig and the Angry Inch.
© Sam Taylor / Netflix
© Sam Taylor / Netflix

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Otis (Asa Butterfield) , c’est le personnage principal de la série phénomène Sex Education, diffusée sur Netflix. Dans ce show qui s’étend sur huit épisodes, il joue le fils hétérosexuel d’une sexologue (Gillian Anderson) et prodigue des conseils sexo à ses camarades de classe. Une façon comme une autre de se faire de l’argent de poche. Dans chaque épisode, Otis se penche sur un nouveau cas, ce qui permet à la série d’aborder des sujets allant du vaginisme aux dysfonctionnements érectiles en passant par la nécessaire communication en couple.

 

 

Quelques jours à peine après sa sortie, la série a beaucoup fait parler d’elle. Les médias et les internautes ont vanté son humour et ses personnages bien écrits, sa capacité à fusionner contenu éducatif et fiction, sa représentation parfaite de la masturbation féminine, l’inclusion de personnages lesbiens et gays ou encore le sex appeal de Gillian Anderson. À juste titre. Mais il y a un autre aspect, plus subtil, dont on ne parle pas suffisamment: Sex Education n’est pas qu’une introduction décomplexante à la sexualité, c’est aussi une mise en scène de la masculinité non toxique. Certes, la série montre de nombreux personnages qui semblent tout droit sortis du “guide des clichés à destination des séries pour teenagers”: l’ado blanc maigrichon, timide et vierge, le meilleur ami gay, noir et excentrique, l’ado rebelle et brillante, le sportif parfait sous pression, le “bully” bête et méchant et la fille populaire secrètement gentille. Mais, là où Sex Education se démarque, c’est qu’elle donne à tous ces personnages de l’épaisseur, surtout aux personnages masculins.

 

La sensibilité comme caractéristique masculine

Eric (Ncuti Gatwa) est le meilleur ami d’Otis, il vient d’une famille africaine religieuse, porte des tenues multicolores et du vernis pour aller à l’école, suit des tutos maquillage quand il est dans sa chambre et possède de magnifiques perruques. Il vit sa vraie vie, sans honte ni doute. Enfin, jusqu’à ce qu’il se fasse agresser par des inconnus et se dispute avec Otis. Pour la première fois, il semble questionner son identité: doit-il exprimer sa féminité en public? Ne serait-il pas mieux d’être un mec beigasse qui se mêle à la masse? La réponse prend la forme d’un costume en wax incroyable porté avec des stilettos dorés. Ouf. Le seul élève qui semble avoir un problème avec la façon dont Eric s’exprime est Adam, une brute qui le violente [spoiler] et qui rêve secrètement de lui rouler des pelles. Tout est fait pour que nous ayons de la peine pour Adam. S’il est méchant, c’est qu’il réprime ses sentiments, s’il réprime ses sentiments, c’est que son père est un homme tyrannique qui ne sait pas exprimer son amour. Contrairement à celle d’Eric, la masculinité d’Adam l’empêche de s’épanouir. Ce contre-exemple illustre l’importance d’exprimer sa sensibilité.

Sex Education rappelle un fait trop souvent oublié: être un garçon ne signifie pas vouloir baiser tout le temps.

Les personnages queers ne sont pas les seuls à bénéficier d’un traitement intéressant quant à leur masculinité. Otis en est le parfait exemple. Il n’a pas peur de montrer ses sentiments, d’être tendre avec sa mère, de marcher dans la rue maquillé et en jupe pour une journée ou de danser un slow avec son meilleur ami gay sous le regard de ses camarades de classe. Otis est à l’écoute de ses sentiments et se fiche bien qu’on puisse le penser gay. Il est en accord avec qui il est, fier et honnête. Et comme dans le cas d’Eric, l’acceptation de sa différence et de sa sensibilité ne pose de problème à personne. Rafraîchissant. En revanche, comme tous les personnages de la série (et les ados en règle générale), Otis a un problème avec sa sexualité. Le sien? Il n’a pas envie de se masturber ou d’avoir de rapports sexuels. Sex Education rappelle un fait trop souvent oublié: être un garçon ne signifie pas vouloir baiser tout le temps. Au contraire, la série illustre la diversité des envies et des rythmes de chaque garçon et chaque homme. Un homme bien dans sa peau est un homme qui s’est libéré des injonctions à la virilité hyper-sexuelle.

Otis n’est pas le seul personnage hétéro à avoir un rapport décomplexé à sa masculinité. La série met aussi en scène un plombier viril et sensible qui porte à la perfection les kimonos jaunes, un sportif qui exprime son anxiété et un père bienveillant qui, contrairement aux clichés sur les hommes d’origine africaine, est là pour son fils gay. Finis les garçons qui ne pleurent pas et ne jurent que par leur force physique, Sex Education fait partie d’une nouvelle génération de séries qui propose aux adolescents des modèles d’hommes anti-macho bien dans leur peau.

Aline Mayard 


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