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Avec sa série “Zérostérone”, Marion Séclin imagine un monde sans hommes

A l’occasion du festival lillois Séries Mania, Marion Séclin a dévoilé mercredi 27 mars les trois premiers épisodes de sa série Zérostérone
© La Dame de coeur
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À quoi ressemblerait un monde sans hommes? C’est ce qu’ont imaginé Eléonore Costes, Sandy Lobry, Marion Séclin et Nadja Anane. Dans cette dystopie composée de sept épisodes, les hommes ont disparu de la Terre depuis 108 ans. L’humanité survit grâce aux femmes et aux dernières banques de sperme. Chaque femme a l’obligation d’être inséminée, et cette fois c’est au tour de Lucie. Alors qu’elle et sa sœur Charlie se rendent à une “journée d’appel pour la procréation”, elles sont prises en otage par une fugitive à la recherche du dernier homme sur Terre.

 

Comment est né le projet de cette série?

C’est parti de l’envie de se rassembler entre amies. On est toutes capables de jouer, écrire et réaliser. Ensemble, on s’est rendu compte qu’on formait un studio. L’idée de la série est née d’un brainstorming il y a deux ans. On a réfléchi à ce que l’on pourrait faire. On s’est dit qu’on voulait écrire, mais aussi jouer et réaliser. On a voulu faire ce qu’on ne nous donne jamais la chance de faire.

Qui a eu l’idée du scénario?

C’est Sandy qui a eu l’idée de fabriquer un monde sans hommes. C’était notre rêve à toutes, parce qu’on passe notre temps à voir des films dans lesquels il n’y a presque que des hommes. Et ce ne sont pas des long-métrages post-apocalyptiques: juste des films où les mecs ont eu la flemme de mettre des meufs! On a fait une série pour dire que les femmes sont des humains. D’ailleurs, le casting est 100% féminin. Le seul homme de la série est un robot.

A quel point avez-vous été inspirées par The Handmaid’s Tale?

On ne l’a pas du tout été. J’ai d’ailleurs commencé à regarder The Handmaid’s Tale il y a à peine deux semaines. Je n’ai pas regardé tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à notre idée, je ne voulais pas être influencée. Dans Zérostérone, ce n’est pas la guerre qui a détruit des peuples entiers, les hommes ont juste disparu. L’autre grosse différence, c’est que Zérostérone est un road movie. Raconter le périple de ces deux jeunes femmes prises en otage, ce n’est pas un truc que l’on a déjà vu.

Je ne voulais pas qu’on considère l’homme comme quelque chose qui manquerait, puisque la série met en scène des générations de femmes qui ne l’ont pas connu.

Quelle a été la plus grande difficulté lors de la conception de la série?

De nous mettre toutes d’accord sur des principes, parce qu’on était quatre à écrire. Nos personnages ont évolué pendant deux ans, avec des brainstormings que l’on faisait toutes ensemble. J’étais très attachée à l’idée de définir de nouvelles normes de société, qui correspondent à cette disparition des hommes. Je n’avais pas envie qu’on considère l’homme comme quelque chose qui manquerait, puisque la série met en scène des générations de femmes qui ne l’ont pas connu. Je voulais qu’on le considère comme un dinosaure. Personne ne dit que les dinosaures leur manquent ou qu’ils rêveraient d’avoir une histoire d’amour avec. Dans un monde où l’hétérosexualité n’existe pas, il n’y a pas d’hétérosexuels. Tu ne peux pas être dinosaurophile dans un monde où il n’y a pas de dinosaures. La difficulté a été de faire en sorte que notre nouvelle norme soit indiscutable. Par exemple, on s’est demandé si les injonctions sur le physique des femmes existaient toujours. Pour moi, non. Raconter un monde où il n’y a plus que des femmes, c’était raconter des personnes totalement libres.

C’est la première fois que tu participes au Festival Séries Mania?

C’est la première fois que j’y propose une série, et que je suis sélectionnée. Et avec Éléonore Costes, on s’est rendu compte qu’on ne connaissait personne! Parce qu’on vient de YouTube et qu’on est jugées avec condescendance par les médias traditionnels. On fait partie des rares qui ont réussi à vendre une série et à s’installer comme scénaristes. Je suis fière de me dire que c’est la première fois que je fais ce festival. J’arrive à un moment de ma carrière où j’aimerais avoir la reconnaissance de mes pairs, et pas seulement de ma communauté.

Combien de temps a duré le tournage?

Six semaines. Un tiers en Île-de-France, deux tiers en Corse. On avait besoin d’un paysage désertique, sauvage, et qui ne ressemble pas à la France. D’ailleurs c’est drôle car la Corse, en octobre, on dirait l’Ecosse!

Les séries d’anticipation sont de plus en plus développées, s’agit-il d’un phénomène?

Je pense que l’anticipation donne une chance de raconter des histoires que l’on ne pourrait pas raconter ailleurs. Dans notre monde occidental, on manque d’urgence. Du coup, on adore écrire sur notre propre disparition, sur les catastrophes naturelles, les guerres, sur comment on va tous mourir et payer nos péchés.

Propos recueillis par Ophélia Pinto et Marion Surateau


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