culture

Portrait

Sophie-Marie Larrouy, comédienne et autrice fortuite

Rien ne destinait Sophie-Marie Larrouy à devenir comédienne et autrice. Du moins, c’est ce dont elle est persuadée depuis qu’elle a quitté les Vosges pour séduire Paris avec son humour décalé. À 34 ans, elle vient de sortir Cœurs à gratter, un drôle de guide des relations amoureuses.
Sophie-Marie Larrouy © Laura Gilli
Sophie-Marie Larrouy © Laura Gilli

Sophie-Marie Larrouy © Laura Gilli


2013: Je fais ma première pub pour les rochers Suchard. […] Après, j’ai pris le train pour aller à un mariage. 2020: J’ai une yourte et une résidence secondaire, et pourtant je suis toujours fiscalement domiciliée en France.” Voilà le genre d’infos sur lesquelles on tombe en essayant de préparer l’interview de l’auteure et comédienne Sophie-Marie Larrouy. La bio de son site officiel rassemble les moments forts de sa vie, d’une intoxication alimentaire à Londres à son coup de cœur pour l’aquagym en passant par les soirées blind-test qu’elle a animées. Sacrée entrée en matière.

Nous la rencontrons la veille de son 34ème anniversaire dans un café du quartier de Charonne à Paris. Elle débarque en pull à poils, surmonté d’une salopette rouge en velours dont elle n’est pas peu fière. “J’ai des projets immobiliers, il faut vraiment que j’arrête d’acheter ce genre de fringues à Monop, confesse toutefois la jeune femme. Pour éviter de craquer, je lis mes extraits de comptes matin, midi et soir.”

Il faut tendre l’oreille pour  entendre Sophie-Marie Larrouy, SML de son surnom, tant elle parle bas. L’artiste dégage une douceur et un calme insoupçonnés. C’est que Vaness La Bomba, le personnage décomplexé et vulgos qu’elle crée pendant ses années à Madmoizelle de 2007 à 2010, nous a incitées à l’imaginer survoltée. Un préjugé conforté par son one-woman-show drôle et décalé Sapin le jour, Ogre la nuit, ou son roman Cœurs à gratter, sorti en février 2018, qui traite de drague, de plans cul ou de sexe dans un jacuzzi -d’ailleurs, elle déconseille.

Avec son café allongé et son carrot cake, on dirait que Sophie-Marie Larrouy sort tout droit d’un livre pour enfants. Paradoxal, elle le reconnaît: “Tout le monde me dit: Toi, ça se voit que tu es rentre-dedans, alors que je m’excuse quand je me vois dans un miroir.” Pas question, donc, de fanfaronner lorsqu’elle évoque son parcours qui débute à Remiremont, une petite ville des Vosges, et l’amène à Paris où elle vit aujourd’hui. “Tout ce qui m’arrive c’est cool en fait. Je suis contente. J’ai toujours eu de la chance.” Bien sûr. De la chance. Qu’est-ce que ça pourrait bien être d’autre?

 

 

S’autoriser à devenir comédienne

Gamine, Sophie-Marie était une chipie, elle faisait le pitre, se souvient Jess Tochtermann, amie avec la comédienne depuis l’école primaire. Le fait qu’elle soit montée sur scène ne me surprend pas du tout.” Pourtant, il aura fallu attendre longtemps avant que SML s’autorise à faire de l’humour et de la comédie son métier. “Pendant longtemps, pour moi, il y avait ceux qui avaient le droit de travailler dans les bureaux, d’avoir des projets, et puis il y avait nous, se remémore-t-elle.

La comédienne Océanerosemarie, qu’elle rencontre dans l’émission du Mouv’ Les Mireilles et qui met en scène son spectacle en 2012, y voit une “affaire de classe sociale. Elle poursuit: C’est comme ses parents. Ils ont tendance à ne pas se sentir légitimes et ne s’autorisent pas à prendre leur place alors qu’ils sont incroyables.” Lui, électricien et elle, secrétaire, emménagent à Saint-Louis, une petite ville près de Mulhouse alors que Sophie-Marie Larrouy est enfant. Elle y devient une ado “très premier degré”, selon ses propres mots, souhaite apprendre à s’embrouiller correctement, à “fermer des bouches”, et ne se pose pas la question de son avenir professionnel. 

Je ne savais pas que l’on avait le droit de devenir journaliste.

Son bac en poche, elle obtient un BTS management des unités commerciales et enchaîne des petits boulots de caissière ou vendeuse en magasin de sport. De cette période, elle garde un don improbable -on a essayé, ça marche: deviner la pointure de quelqu’un en un regard. Quatre années plus tard, elle se retrouve dans la très réputée École supérieure de journalisme de Lille. “Je ne savais pas que l’on avait le droit de devenir journaliste”, explique-t-elle quand on essaye de comprendre son cheminement. Elle évoque un coup du hasard, une discussion sur Skyblog avec un copain qui l’oriente dans cette direction. En stage et avant d’être embauchée à Madmoizelle puis à Canal+, elle découvre qu’elle a le “droit de s’amuser dans son travail”, et propose des programmes décalés qui l’étonnent encore aujourd’hui. “C’était insolite. Je passais à la fin de la matinale avec Maïtena [Biraben], après le journal économique, pour imiter un faux coach. On me disait: On ne comprend pas mais ça a l’air super, tiens, de l’argent”, rigole-t-elle.

 

“Je ne laisse pas mes sœurs en chien” 

Ma plus grande qualité? J’ai un physique rigolo qui attire la sympathie. Je ressemble à un des sept nains avec les cheveux longs, non?” Des phrases comme ça, entre dévalorisation et humour, Sophie-Marie Larrouy en sort à la pelle. Si vous essayez de la rassurer, elle vous arrêtera tout de suite: “Non mais moi je trouve ça cool, je me trouve mignonne.” Même genre de réponse quand on l’interroge sur ses convictions. Après s’être revendiquée mélenchoniste, voire quasi-communiste parce qu’elle trouve cool “la redistribution, le partage, les impôts”, elle explique ne pas se considérer assez intelligente pour avoir un discours féministe militant. Elle développe en toute franchise: “L’autre jour, j’ai fait une interview pour Konbini sur ce sujet, j’avais honte, j’étais en mode Jean-Michel Poncif.” Elle complète tout de même: “Mais je ne laisse pas mes sœurs en chien et je ne me laisse pas faire.

SML est également persuadée de ne pas avoir de volonté. Quand on lui oppose qu’elle a écrit ou co-écrit cinq livres, monté un spectacle, joué dans L’Hermine avec Fabrice Luchini, dans Embrasse-moi, ou encore dans un épisode de Bloqué, elle ne voit pas la contradiction. Pour elle, un effort, ça ressemble davantage à la fois où elle est allée dans un parc d’attractions et qu’elle a fait les bûches par amour pour son copain. Il faut préciser que la trentenaire est, d’après elle-même, une “flipette 3000”. Ses amies nous ont en effet parlé de vacances annulées au dernier moment par peur de prendre l’avion, ou d’un pique-nique près du Rhin qui tourne court parce que la jeune femme craint subitement que le fleuve ne déborde.

La comédienne arrive quand même à nous sortir du positif: depuis qu’elle a arrêté de fumer il y a une semaine, elle se rapproche d’une de ses aspirations de lycéenne. “Avant, quand il y avait un débat ou que quelque chose me faisait chier, j’allumais une clope et je rêvassais. Mais depuis que j’ai arrêté de fumer, je n’ai rien d’autre à foutre que d’écouter et de répondre. J’ai appris à fermer des bouches, et compris que j’étais plus intelligente que je ne le pensais.”

 

Rien à prouver, et c’est tant mieux

Les réussites inattendues et pour lesquelles elle ne pense pas avoir particulièrement trimé ont fait de cette touche-à-tout une personne décontractée. Du moins en apparence. Si elle ne se jette pas des fleurs toutes les trente secondes, c’est sûrement qu’elle n’a rien à prouver. “Je sais très bien que si mes projets n’avaient pas abouti, ça ne serait grave pour personne, reconnaît-elle. Mais si ça existe et que ça fait plaisir, c’est tant mieux.” Elle cite en exemple les soirées blind-test qu’elle a animées tous les mercredis soirs au fin fond du 13ème arrondissement de Paris pendant quelques mois. “Les gens arrivaient en mode afterwork, il y avait une ellipse et deux heures après tu les retrouvais à danser sur Move Your Ass de Scooter.” C’est sa chanson préférée. Pour la première fois de l’entretien, elle s’emballe pour imiter l’ambiance de ces soirées: “Je criais: ‘Move your aaaaass! Dansez putain, allez!

Ça donne soudain très envie de faire la fête avec elle, mais les blind-tests, aujourd’hui c’est terminé. Maintenant, SML a d’autres envies. Elle travaille à l’écriture d’un nouveau spectacle, qui devrait porter le nom de Jean-Michel, 40 ans. “Ça n’a aucun sens comme titre, relève Sophie-Marie Larrouy. Mais bon après, est-ce que je suis faite pour avoir un sens?” Dans les semaines qui viennent, elle aimerait également se faire un nouveau tatouage -elle en a déjà une dizaine- sur la cuisse. Un “petit loup qui sourit, entouré de fleurs et dans une sorte de cadre qui dirait ‘Éduqué par les gentils”. Si on met de côté l’autodérision, l’humour et les gros mots, on avait raison: SML a tout d’un personnage de livre pour enfants.

Margot Cherrid


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Sophie-Marie Larrouy © Laura Gilli  - Cheek Magazine
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Sophie-Marie Larrouy © Laura Gilli  - Cheek Magazine
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