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Stand-up

Dorothée Drevon, l'ex-journaliste qui raconte son ancien métier dans un spectacle hilarant

Dans Albert Londres, les pigeons et moi, Dorothée Drevon, ex-journaliste reconvertie en humoriste, dénonce la précarité qui règne dans la presse. Rencontre. 
© Arnaud Briand
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Dorothée Drevon aurait pu écrire un spectacle sur Madagascar, où elle a enseigné pendant deux ans dans un village de brousse. Elle aurait aussi pu imaginer un bon paquet de vannes sur les enfants, elle qui en a eu trois en cinq ans. De sa naissance à Saint-Lô, en Normandie, à sa trépidante vie parisienne, elle aurait pu raconter en sketches l’histoire de la provinciale qui monte à la capitale… et qui finalement repart s’installer à Nantes, où elle vit aujourd’hui. 

Mais, de ses nombreuses expériences, Dorothée Drevon a préféré opter pour celle qui fut, finalement, la plus déroutante: sa vie de journaliste. Entamée par hasard à Radio Vatican alors qu’elle effectuait un stage au sein de l’ambassade de France à Rome -Dorothée Drevon s’imaginait alors diplomate-, sa carrière l’a menée des pages de La Vie à celles de Grazia, en passant par une longue période en télé, au Magazine de la santé

Les pires aspects du métier de journaliste sont passés au crible dans ce spectacle drôle et intelligent.

Entre les petites périodes de lose personnelle et le constat, global et terrifiant, d’un métier rongé par la précarité, l’humoriste de 38 ans a trouvé là une matière première idéale. Après une énième aventure professionnelle malheureuse, qui l’a laissée “en miettes”, celle qui n’avait testé son humour que sur ses collègues de bureau et pris seulement un an de cours de théâtre, a “déclaré ouverte la grande année du kif” et s’est attelée à l’écriture d’un spectacle, “histoire de ne rien regretter”.

Épaulée par une amie, elle a donné vie à Albert Londres, les pigeons et moi, qui se joue depuis début janvier au Théâtre de Dix heures à Paris. Reportages bidons, témoignages truqués, interviews en petite culotte, solitude du freelance et pointages douloureux chez Pôle Emploi: les pires aspects du métier de journaliste sont passés au crible dans ce spectacle drôle et intelligent, où s’enchaînent les personnages et les situations. À quelques heures d’une représentation, on a demandé à Dorothée Drevon de se glisser de nouveau dans la peau de la journaliste qu’elle fut, pour répondre à quelques questions. 

En tant que journaliste, qu’est-ce qui te donnerait envie de venir voir ton spectacle?

L’affiche. On y voit une nana chez elle en culotte et moi, d’après ce que j’ai vécu, je m’identifierais beaucoup à ça. Quand tu es pigiste et que tu travailles à domicile, il arrive que tu sois en chaussettes et en short de sport au moment d’interviewer quelqu’un d’important qui, à l’autre bout du fil, est en costard et a vachement préparé son entretien. Il y a ce côté un peu “lose” qu’ont tous les freelance.

Quels mots-clés tu mettrais dans ton article pour donner envie aux gens de venir voir le spectacle?

“Unique”, “merveilleux”, “Grace Kelly”, “interstellaire”: ce sont les mots que je recommande au public, à la fin du spectacle, d’écrire dans les commentaires sur Billetsreduc. (Rires). J’ai un peu de mal à faire ma propre promo à la fin du show mais apparemment, c’est hyper important.

“Ce dont je parle au fond, c’est de précarité.”

Les journalistes sont connus pour faire des comparaisons un peu foireuses et hâtives. À qui la Dorothée journaliste comparerait-elle la Dorothée humoriste?

À Jean-Marie Bigard? (Rires.) En fait, j’ai du mal à répondre à cette question, car j’avoue que je n’y connais rien en stand-up en dehors de Sylvie Joly et Florence Foresti. Quand mon producteur m’a fait la liste des gens avec lesquels il travaillait, je ne connaissais personne à part Chris Esquerre, dont j’aime beaucoup l’humour. D’ailleurs, mon inspiration vient plutôt de mon père, qui est une sorte de Chris Esquerre de 75 ans, avec un humour complètement absurde. Il m’a notamment fait découvrir Journal intime de Nanni Moretti, mon premier coup de foudre humoristique: cet humour sans vannes ou le cerveau fait comme un pas de côté pour rentrer dans un monde incongru, parallèle à la réalité. C’est dans cet état que j’ai écrit  les personnages de mon spectacle. 

En tant que journaliste, dans quelle rubrique rangerais-tu ton spectacle?

Plutôt en Société, car ce dont je parle au fond, c’est de précarité. Mes copines qui bossent en marketing, en cabinet d’archi ou dans la comm’ et qui enchaînent les CDD se sont toutes reconnues dans le spectacle. Le contexte de crise fait qu’on est tous obligés de bosser plus, et moins bien. Et c’est d’autant plus difficile que ces jobs sont des métiers de passion, qu’on a du mal à prendre à légère.

 

 

Quels journalistes auraient bien besoin de voir ton spectacle? Dans l’un de tes sketches, tu balances par exemple sur William Leymergie

Le côté revanchard de la meuf qui monte sur scène pour régler ses comptes, ça fait un peu pitié, et je n’étais pas tellement pour garder cette blague au départ. Mais mon producteur m’a finalement convaincue. Au final, William Leymergie est un petit chaton à côté de gens qui m’ont fait chialer en salle de montage, et ce n’est pas forcément lui qui aurait le plus besoin de voir mon spectacle. Je pense plutôt aux gens qui rachètent des chaînes ou des journaux, car ils mettent une pression de malade sur la tête de rédacteurs en chef qui n’ont aucune idée du management. Si tous ces gens, qui se payent une petite danseuse en achetant un journal ou une chaîne de télé, comprenaient ce qu’on vit et à quel point on a envie de bien faire notre travail… Patrons de presse, vous êtes cordialement invités. 

“Je me demande souvent si une blague va trop loin.” 

À quel moment la Dorothée journaliste trouverait-elle que la Dorothée comédienne va trop loin?

Je me demande souvent si une blague va trop loin. Celle sur les migrants morts, évidemment, m’a beaucoup interrogée. Mais au final, je montre justement dans ce sketch qu’on pourrait faire n’importe quoi, même les choses les plus crades, pour avoir de l’audience ou faire plaisir à un rédacteur en chef.

Comment titrerais-tu l’article sur ton spectacle pour qu’il soit lu?

Je suis nulle en titres et d’ailleurs, j’ai trouvé celui de mon spectacle avec une pote qui est chef d’édition au Monde. Tu n’as qu’à mettre: “Nulle en titres, mais bonne sur scène”? (Rires.)

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski

Albert Londres, les pigeons et moi (ma vraie vie de journaliste), tous les jeudis au Théâtre de Dix heures jusqu’au 31 mars. 


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