culture

Interview ”Workaholic” / Audrey Diwan

De Stylist à La French, Audrey Diwan, la fille qui ne dort jamais

À l’affiche cette semaine, le film La French met en scène le duel entre Jean Dujardin et Gilles Lellouche sur fond de trafic d’héroïne, dans un Marseille aux sonorités seventies. Journaliste, éditrice, écrivaine et scénariste, Audrey Diwan en signe les répliques cinglantes avec son mari et réalisateur Cédric Jimenez. Entre deux rendez-vous, nous l’avons soumise à notre interview “Workaholic”.
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Audrey Diwan, 34 ans, a l’habitude de ne travailler qu’en “famille”. Elle signe aujourd’hui le scénario de La French, un film sur la “Famille” justement, celle beaucoup moins fréquentable des gangsters et hors-la-loi. Après avoir étudié le journalisme et les sciences politiques, celle qui “a toujours voulu écrire des romans” est du genre à toucher à tout. Audrey Diwan débute au magazine Technikart. En parallèle, elle devient éditrice freelance chez Denoël: “C’est là que j’ai commencé à explorer toutes les possibilités qu’offraient l’écriture.” À 23 ans, Glamour lui offre de prendre la direction de la rubrique société, puis culture. En tout, elle y restera neuf ans: “J’ai toujours négocié un emploi du temps malléable qui me dégageait d’une présence permanente au bureau. Avant tout, je pense qu’il faut vivre, quand tu es journaliste.” À la rédaction de l’hebdomadaire Stylist, dont elle a monté la version française avec Aude Walker, son amie et collègue depuis dix ans, cette chanceuse ne vient qu’un jour et demi par semaine pour parler des grandes directions du magazine, des sujets de couverture et apporter des idées. 

Mon mari est très fort pour vivre l’instant présent, moi je suis toujours en train de m’emmerder avec demain.”

À la suite de la publication de son premier roman La Fabrication d’un mensonge, TF1 l’appelle pour lui proposer l’écriture d’un scénario de téléfilm. “À l’époque, je n’étais pas du tout sûre d’aller vers ça”, se souvient Audrey Diwan, avant de continuer: “Mais, ils ont fini par me convaincre de la richesse d’une nouvelle expérience. La rencontre avec Éric Rochant sur le tournage de Mafiosa va la marquer: il l’incite “à rentrer dans la peau de ses personnages plutôt que de les considérer à distance”. Pour l’écriture scénaristique, Audrey Diwan a mis de côté son instinct pour se consacrer d’abord à la théorie: “Plutôt que de tout apprendre sur le tas, j’ai voulu m’imprégner des techniques à l’image d’un artisan”. Il y a six ans, elle rencontre le réalisateur Cédric Jimenez, aujourd’hui son mari. Avec lui, elle va “grandir”. Audrey n’a pas attendu la sortie en salle de La French pour commencer à travailler sur son premier film La Chasse à l’homme avec Leïla Bekhti et Simon Abkarian. “Mon mari est très fort pour vivre l’instant présent, moi je suis toujours en train de m’emmerder avec demain”, dit-elle en souriant avant de se soumettre à notre thérapie pour workaholic.

À quand remontent les premiers symptômes de ton workaholisme?

Adolescente, quand j’ai découvert la littérature, j’ai été prise d’une véritable boulimie de lecture. J’ai toujours eu cette angoisse de ne pas assez me nourrir, me remplir. Dès que j’ai commencé à travailler, j’ai multiplié les activités. À la rédaction, je ne tiens pas en place, j’épuise Aude (Ndlr: Walker)! C’est la raison pour laquelle, je pense, elle a mis en place un mode de fonctionnement qui me permet de ne pas être là tout le temps. (Rires.) 

La fois où tu as frôlé le burn out?

J’en ai rarement été aussi proche! Les semaines qui précédent la sortie d’un film sont chargées de boulot et d’émotions. Tu te prépares à te séparer d’un projet qui t’accompagne depuis plus de deux ans pour le soumettre au regard et aux critiques des autres. J’ai suivi la tournée en province avec Cédric, Jean et Gilles (Ndlr: Jimenez, Dujardin et Lellouche). La semaine dernière, j’étais en repérages à Beyrouth pour mon premier film. Le problème du workaholic, c’est qu’il laisse peu de place à l’imprévu dans sa routine déjà surchargée. Dans ce contexte, la goutte de plus peut vite devenir la goutte de trop.

“Je sais que j’oublie tout, mais je persiste à ne rien mettre par écrit. Je dois être un peu masochiste sur les bords.” 

Ton truc pour avoir de l’endurance?

Franchement, je ne sais pas. Peut-être l’envie, tout simplement, car je fais très peu de sport et que je suis toujours beaucoup sortie. À courir partout comme je le fais, cela revient finalement à un jogging quotidien! Je n’ai pas de temps mort, alors si je me rajoute du sport, je meurs! (Rires.) 

Quels sont les effets secondaires désagréables?

J’essaye en ce moment de trouver le bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. En travaillant ensemble avec Cédric, nous avons brouillé cette frontière. Cette situation ne me déplaît pas tant qu’elle convient aussi à mes enfants (Ndlr: elle en a deux). Nous devons concilier l’envie de partager notre passion avec eux et leur besoin de conserver leur place d’enfant. J’adore l’idée qu’ils grandissent dans notre univers, mais cela peut être très dangereux si l’on ne pose pas de limites. Je sais que la période du tournage a été dure pour eux.

La dernière fois que tu as fait une nuit blanche?

Avant-hier! L’imminence de la sortie me tient éveillée. Sinon, je suis une spécialiste du réveil nocturne. Je me réveille souvent au beau milieu de la nuit pour refaire dans ma tête la liste des choses à faire. Pourtant, je sais que j’oublie tout, mais je persiste à ne rien mettre par écrit. Je dois être un peu masochiste sur les bords. 

“Si je pars en vacances avec l’idée de ne rien faire, je m’emmerde à crever au bout d’une journée. Je n’envisage pas du tout la détox.”

Ton anti-stress le plus efficace?

J’ai un rapport complétement affectif et désordonné au chocolat. Et pour cause, j’avais une mère qui mangeait le Nutella à la petite cuillère et qui planquait les pots sous son lit. C’est passé dans le sang, dès que je perds le moral, j’ai besoin de sucre.

Ta façon d’appréhender la détox?

Je me connais trop bien, si je pars en vacances avec l’idée de ne rien faire, je m’emmerde à crever au bout d’une journée. Je n’envisage pas du tout la détox. Alors, cela arrivera peut-être après le burn out. (Rires.) Mais, pour l’instant, je n’en ressens pas le besoin. D’autant plus que si je prends un moment pour moi, ce sera pour lire ou regarder un film et je ne pourrai pas m’empêcher de griffonner quelques idées sur un carnet. 

À long terme, envisages-tu de décrocher?

Pour l’instant, loin de moi cette idée, même si mon entourage me conseille souvent de calmer le jeu. Je sais bien que l’énergie que j’ai maintenant, je ne l’aurai pas dans 20 ans. La nature me dictera alors d’autres lois qui m’emmerderont prodigieusement! 

Qu’est-ce qui te ferait arrêter?

La mort? Non, sans blague, je ne vois aucune autre raison valable. Je suis sur une envolée hyper excitante, la simple idée que cela s’arrête m’angoisse terriblement. Si j’en fais autant, c’est bien qu’il y a une raison…

Propos recueillis par Léandra Ricou


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