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Littérature

Elle a créé une appli pour redécouvrir les textes classiques en s'amusant

Cette professeure de lettres modernes a mis le numérique au service de la littérature en créant plusieurs applications qui permettent de redécouvrir les textes classiques. 
© Nicolas Auproux
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Mon idée, c’est de montrer que tout le monde peut lire des classiques.” Sarah Sauquet, 32 ans, est prof de français dans un lycée à Paris. Avec sa mère, une ingénieure qui développe des applications, elle a eu l’idée de lancer Un texte Un Jour. Cette appli, qu’elle a pensée en premier lieu pour ses élèves, est archi simple: à travers de courts extraits de textes, choisis et expliqués par la jeune prof, elle permet de (re)découvrir la littérature classique.

Lancée en octobre 2012, Un texte Un jour a connu un succès instantané est s’est très vite retrouvée numéro 1 de l’App Store  sous le mot-clé “littérature”. Boostée par cet engouement, Sarah Sauquet a lancé dans la foulée des déclinaisons thématiques: Un Poème Un Jour, dédiée à la poésie, ou A text a day, développée avec le professeur d’anglais Nicolas Gosnet et qui propose le même service avec des textes anglo-saxons. Quant à la dernière née des application “made in Sauquet”, il s’agit d’Un Texte Un Eros, axée sur la littérature amoureuse et érotique et où l’on trouve parfois, de l’aveu de sa créatrice, des textes “très sulfureux”. “Je me suis inspirée des Dvds de Marc Dorcel et j’ai classé les textes selon les catégories ‘amour’, ‘érotique’ ou ‘averti’. On y trouve aussi bien du Marquis de Sade, que du Zola ou du Apollinaire”, détaille-t-elle. 

J’ai envie de croire qu’en période de crise, les classiques sont toujours là.

En plus de ces trois applications, dont elle assure seule la promotion auprès des journalistes et sur les réseaux sociaux, Sarah Sauquet a lancé un blog, qui lui permet de garder un pied dans l’actualité. Conçu comme un magazine littéraire, ce dernier a pour mission de “vulgariser la littérature de manière drôle, tout en restant exigeant”. On y trouve aussi bien des rapprochements entre passé et présent, comme la rubrique “Classiques mais modernes”, que des interviews de personnalités, comme celles de Camille Emmanuelle ou de Valérie Tong Cuong

Bientôt, Sarah Sauquet rejoindra d’ailleurs ces dernières sur les rayons des librairies, puisqu’elle sortira, courant 2017, un livre aux éditions Eyrolles qui aura pour thème “Comment trouver un mec avec les conseils des écrivains classiques”. Rencontre avec une passionnée de littérature à l’éclectisme décomplexant. 

 

Lors d’une conférence TEDx donnée fin 2013, tu expliquais que les classiques étaient “en danger”. Pourquoi?

C’était effectivement l’objet de ma conférence il y a trois ans, mais aujourd’hui, mon avis serait un peu plus nuancé. On a vu par exemple, au moment des attentats de 2015, qu’on relit certains essentiels, comme Voltaire. J’ai donc envie de croire qu’en période de crise, les classiques sont toujours là. Mais ce que je crains en tant que prof, et je le vois bien où j’enseigne, au Lycée Charles de Foucauld Porte de la Chapelle, c’est que la lecture de classiques devienne de plus en plus réservée à une élite. 

 

 

Toi-même, tu ne lis que des classiques ou tu suis aussi l’actualité littéraire?

En tant que prof, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à la lecture, malheureusement. Mais je suis quand même une passionnée de littérature contemporaine; j’adore Tatiana de Rosnay, j’ai beaucoup aimé Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong, j’aime aussi des auteurs étrangers comme Jim Harrison ou Paul Auster.

Et quels sont tes textes classiques fétiches?

J’aime beaucoup les romans et d’une manière générale, je suis plus sensible à l’histoire qu’au style. Je préfère par exemple Victor Hugo à Flaubert, Dumas à Stendhal. J’adore aussi Montherlant et Proust: je suis une fan de ce dernier, il est très drôle. Parmi mes classiques, il y a aussi Le Comte de Monte-Cristo, Les 3 Mousquetaires, Phèdre, Cyrano de Bergerac, Belle du Seigneur ou Aurélien. J’adore aussi Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent. Je n’ai pas de chapelle, je peux aussi bien lire les mémoires de Nabilla qu’À la recherche du temps perdu. 

Retrouves-tu cet éclectisme chez tes élèves?

J’essaie de leur transmettre. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les jeunes lisent beaucoup, et même de gros pavés. En général, ils lisent de la fantasy, comme Harry Potter par exemple, mais aussi du Marc Lévy ou du Guillaume Musso. Moi, par exemple, je vais essayer de les emmener sur du Michel Bussi, que je trouve un peu plus qualitatif -même si j’adore Marc Lévy, il faut dire ce qui est. Mes élèves se sont aussi emballés pour 50 Nuances de Grey, alors que moi j’ai trouvé ça vraiment très mal écrit. Ils lisent beaucoup par phénomène de mode, mais certains auteurs contemporains, comme Delphine de Vigan par exemple, savent leur parler et leur raconter des histoires. 

Malheureusement, dans l’histoire, on parle toujours plus des hommes que des femmes, tout comme on parle toujours plus des gagnants que des perdants.

Aux dernières épreuves du bac, il y a eu une polémique sur l’absence d’auteures femmes. Que penses-tu de ce débat?

J’y suis sensible en tant que professeur et je tiens toujours à donner des textes écrits par des femmes à mes élèves. Mais je n’ai pas non plus envie de parler obligatoirement d’un auteur parce que c’est une femme. Il se trouve malheureusement que, dans l’histoire, on parle toujours plus des hommes que des femmes, tout comme on parle toujours plus des gagnants que des perdants. Du coup, pour l’instant, il y a plus d’hommes dans l’histoire littéraire. Sur mes applications, je puise dans le domaine public et, jusqu’aux années 40-50, il y avait très peu de femmes écrivaines connues. 

Quel texte classique vaut absolument, selon toi, d’être redécouvert pour sa modernité?

À la fin du Côté de Guermantes, qui est le troisième tome d’À la recherche du temps perdu, Madame de Guermantes et son mari doivent se rendre à un bal, et leur ami Charles Swan vient les voir et leur annonce qu’il a une maladie et qu’il va mourir bientôt. Le Duc de Guermantes le contredit, lui rétorque qu’il les enterrera tous et Madame de Guermantes est en train de monter dans sa voiture. Il y a alors un problème: les chaussures de Madame de Guermantes ne sont pas assorties à sa tenue. Ce texte-là, sur l’importance de la mode et de la futilité alors qu’on annonce quelque chose de tragique, je trouve ça extraordinaire. Les souliers de Madame de Guermantes, voilà un texte d’une grande modernité!

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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