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The Feminine critique: le compte Instagram qui dénonce “la suprématie du phallus blanc” à l'écran

The Feminine Critique, c’est un compte Instagram où une Américaine âgée de 36 ans analyse des scènes de sexe pour rendre compte à quel point la pop culture, dans les séries et films en particulier, représente mal le plaisir féminin.
Basic Instinct, DR
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Pour une minute de stimulation du clitoris, on doit supporter une heure de coït; c’est ce que j’appelle les mathématiques du sexe façon Hollywood.” “Le clit, c’est la liberté!” Avec son compte Instagram lancé en mars dernier, The Feminine Critique n’a qu’une seule chose en tête: dénoncer la représentation trop souvent faussée et pleine de clichés du plaisir féminin en analysant les scènes de sexe de séries télévisées et de films hollywoodiens, à commencer par la trop fréquente absence de l’existence de l’organe qui en est le principal instigateur: le clitoris. De la série Nola Darling à passant par Glow, en passant par les films Mr and Mrs Smith et Black Swan, Shannon (elle ne souhaite pas communiquer son nom de famille) dépeint un monde dominé par “la suprématie du phallus blanc”. Un prétexte pour parler des problématiques d’éducation sexuelle, de sexisme et de racisme profondément ancrées dans nos sociétés.

 

Quand et pourquoi as-tu décidé de créer The Feminine Critique?

J’ai ouvert mon compte Instagram au mois de mars mais j’en avais l’idée depuis bien longtemps. Depuis que je suis sexuellement active -ça fait plus de 16 ans-, je comprends que les scènes de sexe dans les films et les séries sont différentes du vrai sexe. Au début, j’étais perdue, pensant que je devais faire comme à la télé et au cinéma mais quand je le faisais, je ressentais peu de plaisir. Ce n’est que quand je me suis informée sur le plaisir en lisant des livres et des articles écrits par des sexothérapeutes que j’ai commencé à m’intéresser à comment me faire du bien. Plus j’effectuais de recherches, plus je me rendais compte que les femmes cis vivaient des expériences similaires. Hollywood nous ment sur la façon dont le sexe, le désir et le plaisir sont censés fonctionner et cela me fascine et me frustre à la fois. Je me suis dit: “il devrait y avoir un compte Instagram dédié à l’analyse des scènes de sexe du point de vue d’un·e éducat·eur·ice sexuel·le.” Je n’en suis pas une moi-même mais ayant confiance en mes connaissances sur la question, je me suis lancée.

Comment expliques-tu le fait qu’en général, les séries télé et les films continuent à mal représenter le plaisir des femmes cis et ne mentionnent presque pas l’existence du clitoris?

C’est simple à mon avis: les hommes hétéros sont ceux qui possèdent le pouvoir créatif à Hollywood et ils mettent en scène la sexualité telle qu’elle est dans leurs fantasmes où leur pénis est source de tous les plaisirs. Le clitoris est exclu de la plupart des scènes de sexe parce que la plupart de ces scènes tournent autour du pouvoir des hommes. C’est aussi valable pour l’industrie porno.

 

 
 
 
 
 
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(1/2) “The Sessions” flew under the radar when it came out a few years ago, so you may have missed it. But man, it has some seriously interesting sex scenes. It’s about the relationship between a sex surrogate — a part sex worker, part occupational therapist serving patients/clients with clinical sexual problems — and a severely physically disabled man who wants to know what pleasure feels like. She offers him six sessions with the goal of educating him so he’s prepared for romantic relationships with able-bodied people. What you see here is session 1, and earlier today I posted session 3. (This movie’s so good, I couldn’t pick just one scene.) First of all, this is a great representation of yes-means-yes sex. It might seem like she’s over-communicating with him — in a different context, this might be too much talking — but as a first encounter, this sets a great precedent. Imagine if we were all taught to have sex this way; if we could all afford the privilege of learning about sexuality, arousal and pleasure through therapy sessions with a sex worker who’s a licensed sex educator. (If I were queen, I’d make insurance cover the cost.) This scenario is an ideal way to lose one’s V, because learning comes with doing. (Yes, that pun is intentional.) Another reason this movie is great is the way sex work is depicted as a respectable — you might even say noble — calling pursued by a totally normal, healthy person. Sex work is typically seen as an inherently tragic fate that befalls only the broken and the lost, and sex workers are objects of scorn or, at best, pity. (Google “hooker with a heart of gold” to swandive into sex worker tropes in pop culture.) But here we see a breadwinner and mother who is happily married and drives shamelessly to her appointments in a wood-paneled station wagon. Go mom! And last but not least, the main storyline is about the sexual awakening of a person with physical disabilities, representing a demographic usually rendered asexual in pop culture. Not only does he have a healthy sexual appetite — he’s also a good lover, as you can see in the other clip I posted. This movie shatters all kinds of stereotypes. 🏆

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Qu’en est-il de la représentation de la contraception? 

L’usage de la contraception fait rarement partie des scènes de sexe. Avez-vous en tête une scène où l’on voit quelqu’un mettre un préservatif ou un couple qui parle de la contraception qu’il devrait choisir? C’est rare. Vous allez peut-être voir ou entendre à l’occasion parler  de “la pilule”, mais a-t-on déjà évoqué un stérilet, un anneau vaginal, un patch, une injection? Le plus intéressant selon moi, c’est la façon dont la vasectomie est en général représentée dans la pop culture; elle est souvent assimilée à la castration et mentionnée de façon moqueuseLa série Brooklyn 99 a adressé cette question dans un épisode et ce n’était absolument pas bien fait. Il y avait des blagues tout du long du genre “tu te coupes le pénis.” J’imagine que ça décourage les hommes à l’idée de considérer la vasectomie comme une option sérieuse, faisant ainsi reposer la charge de la contraception sur les femmes.

Voit-on des relations sexuelles protégées? 

En ce qui concerne les rapports sexuels protégés, je pense que la pop culture a tenté à des moments de contribuer positivement à la conversation mais c’est très inégal. Suite à l’épidémie de SIDA dans les années 80, on a encouragé les discussions sur l’importance d’utiliser des préservatifs, en particulier pour les jeunes qui avaient plusieurs partenaires. Mais ce message semble s’être réduit au fur et à mesure des années. Les écoles et les organisations religieuses font le strict minimum pour diffuser ces informations, ou ne font rien du tout. Le gouvernement américain censure les discussions publiques à ce sujet. L’accès à de bons services de santé est de plus en plus limité et selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, les infections sexuellement transmissibles sont en recrudescence. Nous avons donc besoin de remettre la question du sexe sans risque au coeur des débats.

Les statistiques montrent que les femmes cis hétéro sont l’un des groupes sociaux les plus frustrés sexuellement.”

Une étude de 1995 -à laquelle tu as fait référence sur ton compte Instagram- montre que les jeunes sont fortement influencés par ce qu’ils voient à la télé, surtout concernant le sexe. Jusqu’à quel point? Quel impact cela pourrait-il avoir si Hollywood décidait de faire évoluer la représentation du sexe?

Ce n’est pas surprenant que les jeunes comptent sur la télé pour apprendre des choses sur le sexe et franchement, je pense que les adultes sont aussi très influencés par la pop culture. Personne n’est immunisé! Une des raisons pour lesquelles les jeunes font cela, c’est qu’ils ne peuvent pas trouver les informations qu’ils cherchent autre part. Mais ce n’est pas le rôle d’Hollywood de nous éduquer; il s’agit d’une industrie dont le travail est de créer du fantasme. Le problème, c’est surtout l’absence d’une discussion publique inclusive, informative et globale au sujet du désir et du plaisir. Les familles, les écoles, les groupes religieux et les organisations communautaires doivent travailler ensemble pour éduquer comme il se doit la population, de tout âge, sur le bon sexe et le sexe avec protection.

Dans un de tes posts, tu parles de la série Dear White People en expliquant comment la représentation du plaisir des femmes non-blanches est encore plus rare et comment “la suprématie du phallus blanc” règne à Hollywood. Peux-tu nous en dire plus?

Hollywood est un monde très blanc, on le voit bien. C’est pourquoi les scènes de sexe tournent souvent autour de personnages blancs. Les films mettant en scènes des personnes non-blanches sont souvent écrits par des hommes, montrant encore une fois ce que les hommes croient être du bon sexe. Mais dans Dear White People, il y a une scène où un homme noir fait un cunnilingus à une femme noire; le focus est sur son plaisir à elle. Je pense que cette scène est extrêmement importante car elle est empouvoirante pour les femmes noires, un groupe sous-représenté. Par ailleurs, le racisme est souvent présent. Les hommes blancs ont des relations sexuelles avec des femmes issues de différents groupes raciaux; blanches, asiatiques, noires, latinas… Mais quand l’homme n’est pas blanc, les règles changent. Le fait qu’il y ait peu de scènes de sexe entre des hommes non-blancs et des femmes blanches est extrêmement révélateur de la suprématie blanche présente dans la culture américaine. 

 

 
 
 
 
 
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Mr. and Mrs. Smith are kinky af. They’re like straight-up Fetlife people, y’all. Google it. They act like they’re vanilla, but deep down they’re motherfuckin’ wasabi. She’s a bad bitch. He’s a brat tamer. They’re both into weapons and hardcore sadomasochism. When they sexy wrestle, it’s like two Komodo dragons battling for dominance. After they beat the shit out of each other, they then detonate explosive orgasms with trashy elegance. I wiggle on a little pillow as I watch this scene from my couch, cuz that’s my shit right there. Some folks fantasize about a handsome prince; others fantasize about a Mr. Smith. 🙋🏼‍♀️ This movie makes kink seem sweet instead of dark — a refreshing take. Even more, Mrs. Smith is a woman who simply cannot be dominated. Love her. But there’s a big problem with they way this scene represents rough sex: Aside from the occasional witty one-liners, these motherfuckers barely make a peep as they fuck each other up. Bad form, Smiths! No joke, pervs gotta remember to check in with each other every step of the way. Remember, consent is FRIES: Freely given, Reversible, Informed, Enthusiastic, Specific. And of course, clit stimulation, clit stimulation, clit stimulation, cuz there’s none of it in this scene. Maybe that’s why she keeps punching him. 👱🏼‍♂️🤛🏼🍟 . #angelinajolie #bradpitt #kinkychicks . Update: As one commenter pointed out, he does appear to go down on her towards the end of the scene. Woot! 10 points for Mr. Smith.

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Dans le contexte d’une culture où il y a une confusion de masse autour de ce qu’est le consentement, où la plupart des gens ne peuvent pas indiquer où se trouve la vulve sur une illustration médicale du corps humain, où l’éducation sexuelle est plus censurée que le porno, cette incapacité à communiquer semble moins due à l’extase sexuelle qu’à la méconnaissance sexuelle.” C’est ce que tu écris dans un post sur le film Black Swan. Comment permettre une meilleure connaissance de la sexualité?

Nous avons besoin de repenser notre approche de l’éducation sexuelle; ce qu’on enseigne, à quel moment, comment et qui devrait s’en charger. Aux Etats-Unis, l’éducation sexuelle se résume en général à une journée de cours dans un collège et/ou un lycée. C’est insuffisant. Idéalement, l’éducation sexuelle devrait être complètement intégrée dans les programmes scolaires au collège et au lycée. Mais il faudrait commencer par rééduquer les parents, en particulier les mères, pour deux raisons: premièrement car elles contrôlent ce que les enfants apprennent à l’école, deuxièmement car les statistiques montrent que les femmes cis hétéro sont l’un des groupes sociaux les plus frustrés sexuellement, donc le manque d’éducation à ce sujet les affecte directement. En dehors des écoles, nous avons besoin d’encourager et de promouvoir les éducat·eur·ices sexuel·les certifié·es sur les réseaux sociaux. Sur une plateforme comme Instagram, iels peuvent toucher un public large et se concentrer sur des sujets comme l’anatomie sexuelle, l’identité, le désir, le plaisir et la santé. Plus il y a d’éducateur·ices sexuel·les, mieux c’est.

As-tu étudié les webséries et les productions de films pour internet également? Si c’est le cas, comment juges-tu la représentation de la sexualité par rapport à celle des séries télé et des films mainstream?

Les plateformes en ligne ont l’air d’être des espaces géniaux pour les gens qui veulent briser les règles hollywoodiennes. Mais pour véritablement changer ces règles, elles doivent s’engager à mettre en avant et donner de la force à de nouvelles voix qui réécriront la narration. Je suis cynique quand je dis qu’une plateforme censée faire du profit puisse choisir de privilégier des valeurs avant les bénéfices financiers, mais avec un peu de chance, on arrivera à me prouver que j’ai tort.

Propos recueillis par Adiaratou D.


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