culture

“Thelma et Louise”: sur Radio Campus Paris, elles décryptent le féminisme avec humour

Alors que la radio associative étudiante Radio Campus Paris célèbre ses 20 ans, on a rencontré Marine Gibert et Lucie Spindler, les deux animatrices de l’émission dédiée au féminisme, Thelma et Louise.  
Marine Gibert et Lucie Spindler © Alexandra Vépierre pour Cheek Magazine
Marine Gibert et Lucie Spindler © Alexandra Vépierre pour Cheek Magazine

Marine Gibert et Lucie Spindler © Alexandra Vépierre pour Cheek Magazine


Depuis sa création en 1998, Radio Campus Paris donne la parole aux étudiant·e·s et s’extrait des sujets traités par les médias plus traditionnels. Sexe, vie quotidienne des LGBTQI, scènes internationales et sketchs, la radio étudiante propose des émissions variées et ouvertes d’esprit, crées par des animateurs et animatrices bénévoles. À l’écoute du 93.9 FM (ou en podcast sur le site), une émission nous a particulièrement parlé: un mardi par mois, les animatrices et chroniqueu·r·se·s de Thelma et Louise approfondissent un sujet féministe pendant une heure avec une invitée de choix. Des femmes dans le hip hop avec la journaliste fondatrice de Madame Rap Eloïse Bouton, aux retombées de #MeToo aux côtés de la journaliste Nadia Daam en passant par la précarité, la politique et le sport, chaque thématique est abordée de façon précise, accessible et humoristique.

À la base, on voulait faire une émission où des femmes parlent aux femmes, sans ambition militante. D’ailleurs, on n’osait même pas dire le mot ‘féminisme’.

Installées dans un café du 11ème arrondissement devant une pinte de blonde, Marine Gibert et Lucie Spindler, alias Thelma et Louise, racontent leur rencontre, les débuts de leur émission et l’évolution de leur vision féministe. Entre elles, la complicité est palpable. Amies depuis presque 10 ans, elles se sont rencontrées sur les bancs de Sciences Po Aix, alors qu’elles habitaient déjà dans la même ville du Val-de-Marne sans se connaître. Elles continuent toutes deux en master de journalisme  avant de prendre des chemins différents. Marine Gibert travaille maintenant à Radio Vinci Autoroutes, tandis que Lucie Spindler a choisi la télé et œuvre comme journaliste à France Ô. 

Quand on leur demande qui est Thelma, qui est Louise, c’est Marine Gibert qui répond avec enthousiasme: “Je suis Thelma! C’est mon personnage préféré du film Thelma et Louise de Ridley Scott.” Un film qu’elles adorent toutes les deux: “J’ai vu ce film lorsque j’étais adolescente. Il m’a beaucoup marquée car il parle d’émancipation, de viol, de femmes dans un milieu d’hommes, tout en restant assez joyeux, résume Marine Gibert. En écho à cette référence de la pop culture, l’émission est d’ailleurs pensée comme “un road-trip sonore”où les différentes étapes et rencontres font évoluer les personnages. Rencontre avec deux jeunes femmes de 27 ans qui, sans se prendre au sérieux, construisent une réflexion fine sur le féminisme.

 

Comment est née Thelma et Louise?

Marine Gibert: On a toujours eu envie de travailler ensemble et le thème du féminisme nous rassemblait. Quand j’ai appris qu’on pouvait proposer des émissions à Radio Campus Paris, j’ai tout de suite appelé Lucie et on a écrit le pitch en une après-midi. À la base, on voulait faire une émission où des femmes parlent aux femmes, sans ambition militante. D’ailleurs, on n’osait même pas dire le mot “féminisme”. On a démarré en septembre 2016 avec une émission de 30 minutes toutes les deux semaines sur la radio numérique. L’année d’après, l’émission est passée à un format d’une heure par mois, diffusée sur la bande FM avec une équipe élargie.

Si vous déviez me décrire Thelma et Louise en deux phrases?

Lucie Spindler: Je dirais que c’est une émission féministe qui se veut engagée, mais avec le sourire. Elle inclut tout le monde, même un public peu sensibilisé à ces questions.

MG: Le “mais avec le sourire” est intéressant car lorsqu’on parle de féminisme, on est tout de suite vues comme des Chiennes de garde. Le féminisme et les féministes ont encore une très mauvaise image. Le fait qu’on ajoute de l’humour à l’émission est une façon de casser les clichés.

Que vous permet Radio Campus Paris, qui ne serait pas possible sur une autre radio?

LS: Notre émission fonctionne surtout sur un travail collectif avec nos chroniqueu·r·se·s et on est très libres sur le choix des sujets. Parfois, l’idée de l’invitée nous vient d’abord et le thème suit naturellement, comme c’était le cas pour Nadia Daam; d’autres fois, c’est l’inverse comme pour le sport féminin.C’est aussi l’occasion pour une fois dans notre vie de faire une activité bénévole et non marchande, juste pour le plaisir. 

Thelma et Louise est-elle émission militante?

LS: Non, on garde un regard journalistique, donc relativement neutre. Nous ne sommes ni un parti politique, ni une association, notre but n’est pas de faire passer nos propres idées mais d’écouter une invitée qui, elle, est engagée et œuvre pour les femmes. L’objectif est de balayer les différentes facettes du féminisme par des sujets variés.

MG: J’ai quand même l’impression que notre ton a un peu évolué et qu’il est plus engagé qu’à nos débuts.

Chaque femme a son propre combat: on peut essayer de la comprendre, mais on ne pourra jamais être elle, ni combattre à sa place.

S’il y avait une chose que vous aimeriez que vos auditeur·rice·s comprennent?

LS: Le féminisme est pluriel. Chaque femme a un point de vue différent selon sa vie, son expérience, sa catégorie socio-culturelle. Il est utile de comprendre son propre féminisme pour le questionner, et c’est notamment ce que m’a apporté l’émission. Je pense que c’est ce qui a fauté dans la tribune sur la liberté d’importuner de Catherine Deneuve & co. Ces femmes sont venues avec l’idée que leur féminisme était universel alors qu’il est totalement situé. Elles ne se sont pas intéressées aux autres femmes et c’est, à mon sens, assez détestable. Je me souviens de notre invitée lors de l’émission sur l’afroféminisme qui m’avait dit que chaque femme a son propre combat: on peut essayer de la comprendre, mais on ne pourra jamais être elle, ni combattre à sa place. C’est pourquoi notre émission laisse parler les femmes.

Huit mois après #MeToo, constatez-vous une évolution des mentalités? 

LS: Je pense que #MeToo a changé la façon dont on parle de ces problématiques, mais maintenant il faut que les choses bougent concrètement. Il y a encore beaucoup à faire, notamment un travail de pédagogie avec les garçons. Si on prend l’exemple de nos amis, même ouverts d’esprit, ils disent que l’écriture inclusive, c’est n’importe quoi. Il y a une réticence, autant des hommes que des femmes, sur certaines thématiques. Lorsqu’on parle d’égalité salariale, le consensus est fort et tout le monde semble favorable. Pourtant, sur d’autres sujets, les réactions sont plus crispées.  

Qu’est-ce que vous organisez pour l’anniversaire de Radio Campus Paris?

MG: Une émission en public dans le 15ème arrondissement de Paris, à La Javelle. Le but est de créer des partenariats croisés entre les émissions, donc on sera avec les animateurs des émissions Chablis Hebdo et des Fesses à l’air. Pendant trois heures, ce plateau, baptisé 20 ans toujours plus chauds, sera dédié au sexe. On parlera d’Internet, de pornographie, des aspects intimes du sexe dans le couple, de la première fois, et des différentes luttes qui existent comme celle pour les droits des prostituées. À la fin, les Djs du collectif Discozoo viendront mixer. C’est très stressant et exaltant de réaliser une émission en public car on entend toutes les réactions des gens autour, j’ai hâte d’y être!

Propos recueillis par Alexandra Vépierre


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