culture

Interview Worldwide Cheek / Vania Medeiros

Vania Medeiros dessine le Brésil pour mieux le comprendre

À 32 ans, Vania Medeiros est une artiste accomplie. Entre les projets de livre, les pochettes de disque et les collaborations multiples, l’artiste brésilienne originaire du nord du pays nous parle de São Paulo, sa ville d’adoption.
Vania Medeiros, DR
Vania Medeiros, DR

Vania Medeiros, DR


Dans son appartement du quartier de Barra Funda, Vania Medeiros finit de nouer ses chaussures. Des galoches de randonnée que l’artiste visuelle, originaire de Salvador de Bahia, enfile pour traverser la ville de São Paulo d’ouest en est. “Je me sens extrêmement liée à São Paulo. Mon travail artistique est inséparable de cette ville”, explique la jeune Brésilienne qui s’apprête à avaler 40 kilomètres à pied en deux jours pour trouver l’inspiration dans les méandres de la capitale économique du Brésil.

Née en 1984 à Salvador de Bahia, la trentenaire s’oriente d’abord vers un diplôme de journalisme avant de se tourner vers les arts plastiques. Scénographe et illustratrice, Vania Medeiros s’attache avant tout à décrire le monde qui l’entoure: “En tant qu’artiste, je suis intéressée par le processus de transformation des espaces, que ce soit l’espace d’action dans lequel nos corps évoluent, mais aussi l’espace plat comme le papier.

De son passé de journaliste, elle garde le goût des rencontres, le sens de l’écoute… Et la passion du carnet de notes qu’elle utilise comme support pour retranscrire ses émotions. Dans la pratique, les mots ont été remplacés par les illustrations et les photos, mais l’envie d’écouter, de rencontrer et de raconter n’a jamais disparu. Dans cette quête de nouvelles inspirations, la marche est l’un des principaux alliés de l’artiste. “Traverser les espaces à pied me permet de prendre le pouls de la ville, tout en multipliant les rencontres. En me promenant, je recrée la mémoire des espaces, je multiplie les confidences qui me servent d’inspiration.”

Le Brésil est un pays immense et complexe.

Dans son prochain ouvrage, Cidade passo, la jeune femme s’est laissée entraîner par des inconnus pour des promenades dans cinq quartiers différents de São Paulo. Ces balades sont documentées dans un livre qu’elle espère publier avec sa propre maison d’édition. Car derrière sa fraîcheur, Vania Medeiros cache une grande détermination et un attachement infaillible à sa liberté. Dans un pays où l’art est peu valorisé et dépend uniquement de fonds privés, la Bahianaise, fervente défenseure des circuits alternatifs de financement, a choisi de créer sa propre structure. Une décision autant artistique que politique. “La culture a été boostée par les gouvernements Lula/Dilma, mais avec la situation politique actuelle, nous sommes sous la menace d’un grave retour en arrière. La suppression du ministère de la culture et la remise en cause des quelques subventions qui existent sont des signaux très négatifs envoyés aux artistes et nous obligent à penser différemment le financement de notre travail pour maintenir notre indépendance”, explique celle qui ne considère pas son travail comme politique, mais dont le choix des sujets et des moyens de production laissent transparaître ses convictions.

Vania Medeiros à Salvador au Brésil

Vania Medeiros, DR

C’est autour d’un thé, dans le havre de paix qu’elle a réussi à créer à quelques encablures d’une des plus bruyantes avenues de la ville que Vania Medeiros nous reçoit. Au son de la guitare de son musicien de voisin, elle nous en dit plus sur son amour pour São Paulo.

Le cliché qui t’énerve le plus sur le Brésil?

Que l’on associe systématiquement le Brésil à Rio et aux Cariocas (Ndlr: les habitants de Rio). Le Brésil est un pays immense et complexe, la réalité d’un Carioca est très différente du quotidien d’un habitant de l’intérieur ou de l’Amazonie.

Une bonne raison de venir à São Paulo?

Au-delà des problèmes de violence que connaît le Brésil, il y a à São Paulo une grande tolérance, un respect pour la différence et la spécificité de l’autre. C’est une ville où il y a une hétérogénéité culturelle qui n’existe dans aucune autre cité brésilienne. Rio a une identité carioca très marquée, Salvador est “africaine” mais São Paulo est un mélange de tout ça, elle est africaine, japonaise, italienne, indigène…

Le spot à touristes que tu préfères à São Paulo?

La pinacothèque de l’État de São Paulo. Que cela soit pour l’architecture du bâtiment, le calme des jardins ou les expositions, c’est un espace généreux où j’aime me retrouver. Le SESC Pompéia, construit par l’architecte brésilienne Lina Bo Bardi, est un autre lieu culturel que j’aime bien.

Au quotidien, tu te déplaces comment?

Je marche beaucoup. La marche est la meilleure manière de comprendre la ville, les relations et les tensions qui s’y nouent.

La spécialité brésilienne que personne n’a réussi à imiter?

La cuisine (Rires.) mais je pense que c’est universel. Ce qui me manque vraiment quand je vais à l’étranger, c’est la spontanéité brésilienne. Pour beaucoup de gens, cela peut paraître artificiel, mais il y a une facilité dans la manière dont les relations se créent au Brésil, dans la manière dont on ouvre son intimité. On se laisse plus de chances d’être surpris par une belle rencontre, de passer un bon moment.

Si tu devais quitter São Paulo, tu irais où?

Je ne sais pas si je pourrais quitter le Brésil définitivement, mais pour une période donnée, je pense pouvoir vivre partout. Je suis attirée par les grands ensembles urbains: New York, Mexico DF, Paris, j’aime l’énergie qui s’en dégage, les relations qui s’y créent!

 

Mon carnet d’adresses

Casa Francisca Sao Paulo Brésil

La casa de Francisca, DR

Mon boui-boui: Un des restaurants syriens ou libanais dans le quartier de Pari.

Mon bar chic: La casa de Francisca, l’une des meilleures salles de concert de São Paulo pour écouter de la musique indé, et aussi un très bon resto.

La visite que tu recommanderais à tous tes amis? Le centre historique de São Paulo, où l’on retrouve cette intensité et ce mélange des cultures si spécifique à la ville.

Propos recueillis par Adeline Haverland, à São Paulo


4. “Good Trouble”, la série féministe, LGBT-friendly et engagée qui fait du bien

Good Trouble est une série rare: une série sur l’entrée dans le monde du travail de deux femmes. L’occasion de parler d’amitié à l’âge adulte, d’amour à la sauce millennial et d’engagement politique et professionnel.
Vania Medeiros, DR - Cheek Magazine
Vania Medeiros, DR

6. Silvana Imam, la rappeuse suédoise qui mène “la révolution lesbienne”

Projeté vendredi 12 avril au festival bordelais Musical Ecran, le documentaire Silvana suit l’ascension de la rappeuse suédoise lesbienne et engagée Silvana Imam. Un film fort sur une artiste indispensable. 
Vania Medeiros, DR - Cheek Magazine
Vania Medeiros, DR

7. Beyoncé: la bande annonce de son documentaire Netflix révélée

Si vous ne deviez voir qu’une seule vidéo aujourd’hui, ce serait la bande annonce du documentaire Homecoming, réalisé par Beyoncé et bientôt diffusé sur Netflix. 
Vania Medeiros, DR - Cheek Magazine
Vania Medeiros, DR