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Cinéma

L'EVJF, sujet d'un court-métrage qui en dit long sur les femmes trentenaires

En cours de financement via une campagne de crowdfunding, le court-métrage La Vie de jeune fille met en scène une bande de copines trentenaires lors d’un EVJF. 
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Plus que 48 heures pour soutenir sur Ulule ce projet de court-métrage de 25 minutes auquel on croit fort. La Vie de jeune fille, de Pauline Loquès, met en scène une bande de copines parties en Normandie fêter l’EVJF de l’une d’entre elles, l’exigeante Constance. Entretien avec une jeune réalisatrice prometteuse, qui espère, grâce à vous, pouvoir passer derrière la caméra dès cet été.

 

Quel est le pitch de La Vie de jeune fille?

C’est l’histoire de Constance, une trentenaire exigeante, qui attend de la vie qu’elle se déroule comme dans ses plans, ce qui a toujours fonctionné jusqu’ici. Elle va se marier avec un garçon gentil et un peu lisse.  Son EVJF, elle l’imagine comme une célébration de son accomplissement personnel. Mais le lieu choisi par ses amies, la Normandie, et les doutes de son fiancé, vont transformer ce week-end en traquenard. L’enfant un peu trop gâtée va en silence voir ses rêves s’envoler et comprendre qu’enterrer sa vie de jeune fille ne sera pas une partie de plaisir. C’est un conte de fées à l’envers, l’histoire d’une petite princesse qui va devoir se sauver elle-même. 

 

 

Quelle est l’équipe qui se cache derrière le projet, quel est votre parcours?

J’ai coécrit le film avec Sévane Kazandjian, une amie comédienne que j’ai rencontrée en travaillant en tant que rédactrice sur l’émission On n’est pas couché de Laurent Ruquier. On s’est retrouvées à faire le même boulot: rédiger des longues biographies des invités de l’émission. On venait d’avoir 30 ans, Sévane avait envie de jouer, j’avais envie de réaliser, on s’est dit que si on ne se lançait pas maintenant, on allait passer le reste de notre vie à observer les autres accomplir leurs rêves, et que ça allait nous rendre très aigries. Je lui ai donc confié le rôle principal et demandé de retravailler le scénario avec moi.

Qui sont les autres comédiennes?

Des amies, ou des filles avec qui je pourrais être amie. Mathilde Roehrich et Lola Felouzis sont des comédiennes qu’on m’a présentées, elles ont joué dans des séries télé ou au théâtre, je les ai choisies car je les trouvais extrêmement naturelles et complexes à la fois, capables d’autant de légèreté que de profondeur. Margaux Stypak n’est pas comédienne, c’est une amie à moi, elle travaille dans la pub et elle est aussi photographe et styliste. Sa beauté enfantine et son espièglerie m’ont toujours fascinée. Le rôle a été écrit pour elle. À l’image, Adrian Cacciola, un jeune chef opérateur bourré de talent. Il est plein d’idées et a une sensibilité et un humour charmant. C’est lui qui a filmé notre teaser, et il a complètement compris l’ambiance qu’on voulait donner au film. 

La bande son a été confiée à Cléa Vincent, pourquoi avoir fait appel à elle?

C’est une jeune auteure-compositrice-interprète qu’on adore. Elle a univers pop mélancolique qui colle parfaitement au film. Il y a chez elle un côté un peu fragile et innocent qui s’appuie sur des mélodies extrêmement assurées et entêtantes. On eu l’idée de créer une musique qui évolue en fonction des émotions de Constance. Comme ce personnage ne parle pas de ses sentiments, la musique reflète ce qui se passe dans sa tête.

C’est toujours irritant de voir, dans certains films de filles, la rigolote, la moche, la femme fatale, l’intello…

Pourquoi avoir choisi le crowdfunding pour vous financer?

On a démarché des dizaines de producteurs de courts-métrages. Sur cet évènement un peu particulier de l’enterrement de vie de jeune fille, chacun projette des choses différentes. Un gros producteur -un mec- était  emballé par le pitch mais il voulait que le film bascule dans la comédie un peu grossière -“Faut que ça parte en live votre truc, pourquoi une des filles ne met pas du GHB dans le verre de sa copine?” -“Bah parce qu’aucune fille n’essaie d’intoxiquer sa copine avec une drogue du violeur”. D’autres attendaient quelque chose de beaucoup plus sombre, une dimension tragique plus marquée, un côté film d’auteur plus prononcé. Moi, je voulais juste décrire le parcours de cette fille qui chute de ses idéaux de petite fille. Sans dramatiser, ni minimiser ce qu’elle ressent. L’abandon de ses fantasmes est un moment important dans la vie d’une femme. Ce film ne demande pas un énorme budget, on s’est dit qu’on allait tenter le crowdfunding, que peut-être notre sujet intéresserait d’autres gens, que des filles auraient envie qu’on parle de leurs vies, et que ça allait nous permettre d’avoir la liberté qu’on voulait. 

 

La Vie de Jeune Fille court-métrage DR

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Comment as-tu abordé l’écriture du personnage principal?

Pour Constance, je voulais montrer une fille en résistance avec son époque. Une fille qui croit encore qu’on peut tout gérer et réussir: sa vie professionnelle, son mariage, son apparence physique, son statut social. Sévane m’a beaucoup aidée à la rendre plus humaine. J’avais brossé un portrait de fille très exigeante avec les autres, un peu rigide, un peu antipathique. Sévane, à qui j’ai demandé d’interpréter ce rôle, s’est sentie plus proche d’elle que je ne l’étais, et a réussi à la rendre attachante. Si cette fille s’accroche autant à ses idéaux, il y a des raisons. Et ce n’est pas toujours simple de tenir son rôle de fille parfaite.

Et pour les autres personnages féminins?

Les autres, ce sont des filles bien en prise avec les défis contemporains: Cerise est artiste au chômage, Justine est célibataire et accro aux réseaux sociaux, Jeanne est déjà séparée du père de son fils et jongle entre 3 boulots de free-lance. L’écueil le plus difficile à éviter, c’est la caricature. J’ai eu très peur de brosser des portraits-type, donc je me suis inspirée de toutes les filles autour de moi pour piocher chez elles des ressentis, des doutes, des espoirs. J’ai essayé de faire en sorte que chaque fille ait des paradoxes, des nuances. C’est toujours irritant de voir, dans certains films de filles, la rigolote, la moche, la femme fatale, l’intello… 

L’EVJF est une pratique complètement contemporaine, je ne crois pas que nos mères partaient se bourrer la gueule à Ibiza ou Mykonos.

Que dit La Vie de jeune fille des femmes de notre génération?

Si j’ai choisi l’EVJF, c’est parce que je trouvais que c’était un cadre intéressant pour observer les filles de notre génération. C’est vrai, c’est une pratique complètement contemporaine, je ne crois pas que nos mères partaient se bourrer la gueule à Ibiza ou Mykonos avant le mariage d’une de leurs amies. J’ai fait un seul EVJF dans ma vie, et au-delà du potentiel comique de ce genre d’évènements -les disputes, la mariée qui se plaint, les questionnaires absurdes-, j’y ai vu quelque chose de vraiment touchant: plein de filles du même âge, la petite trentaine, avec des quotidiens, des espoirs et des doutes différents. Je me rappelle, quand j’étais petite, ma mère m’avait dit: “Tu verras, 30 ans, c’est le plus bel âge pour une femme.” Elle devait entendre par là qu’à cet âge-là, la majorité des femmes avaient une stabilité professionnelle, un homme dans leur vie, des enfants en bas âge à pouponner, la tableau d’une vie comblée à l’époque. Aujourd’hui, c’est différent; à 30 ans, on peut être célibataire, mariée, maman, séparée, extrêmement accomplie professionnellement ou en recherche de sa voie. Bref, je crois qu’il n’y a pas une seule femme de 30 ans, mais plein de femmes de 30 ans. Leur point commun, c’est peut-être qu’elles sentent à cet âge-là que les choix qu’elles vont faire seront décisifs pour la suite de leur vie. Et l’autre point commun, c’est aussi que toutes ces femmes font comme elles peuvent, et c’est très bien comme ça. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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