culture

Interview “En pleine montée” / Zoé Bruneau

“Je n'avais jamais fait de cinéma avant de rencontrer Jean-Luc Godard”

À la veille de la projection au Festival de Cannes et de la sortie en salles d’Adieu au langage de Jean-Luc Godard, on a rencontré Zoé Bruneau, qui tient dans ce long-métrage son premier rôle au cinéma. 
© Lou Sarda
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À 32 ans, Zoé Bruneau a décroché son premier rôle au cinéma dans un film de Jean-Luc Godard: on a vu pire entrée en matière. Adieu au langage, dont le pitch et la bande-annonce mystérieux ne laissent pour l’heure rien filtrer, sera dévoilé simultanément en sélection officielle au Festival de Cannes et au cinéma mercredi 21 mai. De Zoé Bruneau, beaucoup de monde devrait donc désormais connaître le visage. Jusqu’ici, certains l’avaient croisée au théâtre, dans La Serva Amorosa de Goldoni, mise en scène par Christophe Lidon, ou dans le vaudeville Le Technicien. Ou encore dans l’arbre généalogique de feu Philippe Bruneau, son père comédien, de Claire Nadeau, sa mère actrice et de Maurice Nadeau, son grand-père mort à 102 ans, que Le Monde qualifie d’“un des éditeurs les plus géniaux de tous les temps”. Bien née, Zoé Bruneau l’est peut-être, mais son actualité cinématographique laisse à penser que sa véritable éclosion est tout juste sur le point d’arriver. Nous l’avons soumise à une interview “En pleine montée”. 

Comment t’es-tu retrouvée à travailler avec Jean-Luc Godard?

Jean-Luc avait vu des photos de moi et m’avait déjà rencontrée une première fois en 2002, sans donner de suite. Il a revu des photos de moi en 2011 ou 2012, j’ai, cette fois-ci, eu rendez-vous avec son assistant, puis avec lui, il m’a fait passer un petit entretien et c’était parti pour de bon. Et sans essais! 

Avant de jouer dans Adieu au langage, que faisais-tu?

J’ai commencé par le théâtre, j’ai pris des cours dès ma sortie du lycée et j’ai monté des pièces avec des amis. J’ai ensuite été engagée dans des pièces plus importantes dans des théâtres parisiens. Je n’avais jamais fait de cinéma avant de rencontrer Jean-Luc.

Tu sors ces jours-ci un livre sur ton expérience de tournage: cette aventure t’est montée à la tête?

(Rires.) C’est vrai, je sors En attendant Godard début juin. Il y a une partie journal de bord, avec des anecdotes de tournage…

… Donne-nous en une!

Une fois, on faisait des prises de son et Godard n’était pas très satisfait de ce que l’on donnait; ça devait se passer dans une voiture, mais on avait commencé dans une salle confinée avec des micros et tout le bazar. Tout à coup, il a dit “allez hop, on va faire un tour en voiture”. Il s’est mis au volant, et pour nous bousculer un peu, a fait du 130 km/h dans des petites rues en ville, le tout assorti de petits dérapages et autres coups de freins. C’était très drôle de le voir en pilote!

“Plus de pain, plus de pâtes, plus de patates: tout ça pour rentrer dans une belle robe!” 

Comment l’envie d’écrire ce livre est-elle montée? 

Elle m’est venue pendant la préparation du film. Le tournage ne cessait d’être reporté, un jour j’étais lassée d’attendre, fatiguée, un peu dépitée et je me suis dit, autant en faire quelque chose. Je vais écrire, raconter cette attente de tournage. j’ai ensuite pris des notes régulièrement et quotidiennement car c’était assez passionnant et que je voulais en garder des traces.

Depuis l’annonce de la sélection du film en compétition officielle à Cannes, es-tu en pleine montée de bonheur?

En tout cas, je souris tout le temps! Je ne m’y attendais pas du tout. Je pensais éventuellement que le film irait à Cannes dans la sélection Un Certain Regard, mais je n’avais vraiment aucune certitude car il se pouvait que Godard décide de ne pas l’envoyer. J’ai appris qu’il n’était pas sélectionné dans cette section, ce qui m’a un peu abattue, pour ensuite découvrir cinq minutes plus tard qu’il était en compétition officielle! 

Es-tu aussi en montée de stress?

Non, ça va, j’arrive à gérer! Je n’ai aucune idée de la façon dont ça peut se passer quand tu es invitée pour un film en compétition dans le cadre de ce festival. Je me dis que l’exposition sera surtout pour Jean-Luc, plus que pour les acteurs. Je n’en attends pas grand chose, je suis juste hyper contente d’y participer. Comparé au théâtre, ça peut faire un peu peur, mais je ne m’imagine pas non plus être au centre d’un grand cirque médiatique.

Comment appréhendes-tu la montée des marches?

Plus de pain, plus de pâtes, plus de patates: tout ça pour rentrer dans une belle robe! J’essaie aussi de trouver des talons pas trop hauts… En tout cas, je ne me repasse pas du tout la scène dans la tête. Je n’arrive pas à me projeter.  

“Gagner une récompense est pour moi complètement improbable.”

Qu’est-ce que ça te fait d’être considérée comme une “actrice qui monte”?

Étant donné que je suis totalement inconnue dans le milieu du cinéma, ça ne me dérangerait pas que l’on se souvienne de mon nom après ça.

Quand tu penses à une éventuelle récompense, tu as des montées d’espoir?

Gagner une récompense est pour moi complètement improbable. Si ça arrivait vraiment, je pense que je pleurerais -comme d’habitude-, que je me roulerais par terre et que je remercierais Jean-Luc avec une toute petite voix tremblotante. 

Dans le futur, avec qui aimerais-tu travailler? 

Plein de gens! Laisse-moi réfléchir… Spielberg? Mais en français, hein. 

Propos recueillis par Guillaume de Maria


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