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L'entretien connecté d'Audrey Tang

Première ministre transgenre au monde, Audrey Tang est une hacktiviste à suivre

Audrey Tang est ce que l’on appelle une “hacktiviste” -contraction de hackeuse et activiste- engagée dans la lutte pour la transparence des données gouvernementales à Taïwan. Elle est devenue, l’année dernière, ministre du numérique de l’île chinoise mais également la première ministre transgenre au monde. Interview.
© David Fernández / Flickr Creative Commons
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On pourrait l’appeler l’enfant prodige taïwanaise. Audrey Tang, 36 ans, est une hackeuse de renom, mais pas que. Figure dans la communauté des hackeuses et des hackeurs, elle l’est également dans la communauté LGBTQ à Taïwan: en 2005, Audrey Tang, née homme, a changé de sexe. Depuis l’année dernière, elle est la première ministre transgenre au monde.

Quand on lui demande comment son identité sexuelle est reçue, elle nous explique simplement qu’à Taïwan, “les gens n’ont généralement aucun souci avec çaElle précise d’ailleurs lors d’une interview donnée à Causette qu’il y a une quête de liberté d’expression absolue dans le pays -qui vient d’ailleurs, le 24 mai dernier, de légaliser le mariage homosexuel. “Taïwan est unique en Asie, dans le sens où nous avons une énorme communauté LGBTQ.  Avant d’ajouter: “Nous avons construit l’identité taïwanaise sur le principe d’égalité, sans distinction. Un principe qui, pour elle, va de soi. Elle lâche d’ailleurs dans une autre interview: “Je comprends les gens, je les reconnais par leurs valeurs, non pas par leur genre, ni par leur statut, ni par quoi que ce soit d’autre. […] Je m’attends donc à la même chose en retour. À sa manière, elle contribue à la cause LGBTQ: elle a participé à la traduction en chinois du livre Luna de Julie Anne Peters qui raconte le parcours d’une jeune femme qui prétend être un garçon le jour et se révèle femme la nuit sous les yeux de sa petite sœur qui garde le secret.

Si elle ne pense pas être un symbole, elle est consciente de pouvoir aider à donner plus de visibilité à la communauté LGBTQ dans le monde, grâce à ses actions. Cette personnalité hors norme est aussi dotée d’un QI de 180. Quand on lui demande comment elle vit cette intelligence exceptionnelle, elle répond avec humour qu’elle mesure 1,80m, ce qui crée parfois des confusions. Évidemment à l’aise avec les nouvelles technologies, c’est par l’intermédiaire de sa plateforme PDIS, ouverte à tous, qu’elle a répondu à nos questions. Une autre manière de se placer dans la transparence de l’information.

Audrey Tang ministre transgenre Taïwan numérique

DR

Depuis son plus jeune âge, Audrey Tang est spécialement attirée par la programmation informatique. À 8 ans déjà, elle cherche à en comprendre les mécanismes via des livres qu’elle trouve chez elle, et cela, sans ordinateur. Sa solution pour compléter la théorie par la pratique? Dessiner l’ordinateur sur des feuilles. Elle appuie ensuite sur les touches qu’elle a dessinées et se met à écrire ce que l’ordinateur aurait pu lui répondre. Ses parents finiront par lui offrir le précieux ordinateur devant lequel cette autodidacte va passer la majeure partie de son temps.

À 12 ans, elle prend la décision de quitter l’école prématurément et de se consacrer à sa passion. Surdouée, Audrey Tang, programme et crée, dès son enfance, un jeu éducatif pour son petit frère et monte dans la foulée sa start-up à 15 ans. Plus tard, elle devient consultante, notamment pour Apple, mais est aussi une activiste engagée: elle fait partie du mouvement g0v de Taïwan (Ndlr: prononcer “gov-zéro ”) dans lequel elle contribue avec d’autres hackers “à la création d’outils pour la société civile” pour que la démocratie taïwanaise évolue vers plus de transparence. Mais c’est autour du débat sur le projet de Silicon Valley asiatique qu’elle est amenée à rencontrer le Premier ministre taïwanais  Lin Chuan. “J’ai été appelée à la réunion avec le Premier ministre et c’est la première fois que je l’ai rencontré. Nous avons parlé de la redéfinition du plan Asia Silicon Valley pour en faire plus”, se souvient-elleLeurs échanges ont dû être fructueux puisqu’elle est ensuite devenue ministre du numérique.

 

 

 

Son objectif aujourd’hui: “Mettre en œuvre les fondements culturels et techniques nécessaires pour un gouvernement ouvert, c’est-à-dire mettre en place une transparence complète de l’information mais également permettre le libre dialogue entre politiques et sociétés civiles. Elle a d’ailleurs participé, l’automne dernier, à l’édition 2016 de l‘Open Government Partnership Summit à Paris, un rendez-vous annuel qui vise à plus de transparence de l’État et à impliquer davantage les citoyens. Lors de ce quatrième sommet, elle a tenu à transmettre un message qui résume en partie sa philosophie et sa vision du pouvoir d’Internet: “L’internationalisme au XXIème siècle, c’est Internet. Si on est internationaliste, on doit croire en notre capacité à co-construire avec des gens qui ne parlent pas notre langue, qui ne vivent pas dans le même pays, qui n’ont pas la même culture, la même religion, ni les mêmes façons de voir le monde, mais si on est internationaliste, on peut le faire aujourd’hui avec Internet. De toute évidence, Audrey Tang était une candidate parfaite à notre entretien connecté.

Geek de la première heure ou geek formée sur le tas?

Je suis une geek depuis la démocratisation des ordinateurs personnels.

Plutôt Mac ou PC?

Les deux. 

Twitter ou Facebook?

Les deux, avec les applis Newsfeed Eradicator, qui supprime le flux d’infos et le remplace par des citations inspirantes, ce qui privilégie la communication avec ses amis, et SilentFB, qui permet d’éviter l’hyperstimulation des images sur Facebook en les passant au gris; pour les voir en couleur, il suffit de placer sa souris sur l’image.

Combien d’heures tiens-tu sans smartphone?

Des années, je suis plutôt ordinateur portable.

As-tu des périodes detox?

Pour Internet, non. Pour la caféine, oui!

Ton appli fétiche?

Client WebCela nous rappelle constamment l’interconnexion des espaces d’informations. Le but de Client Web est d’accéder aux ressources Web, y compris la navigation, l’édition, la suite ou la création d’hyperliens. “Firefox Focus”, par exemple, est une de ces applications disponibles sur les appareils mobiles.

Ce que tu ne pourras jamais faire en ligne?

Rien. .

Ce que tu ne peux plus faire autrement qu’en ligne?

Cet entretien connecté.

Ce que le Web a le plus changé dans ta vie?

Le Web m’a montré à quel point le monde est grand.

Propos recueillis par Samia Kidari


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Robyn Exton, 32 ans, lance aujourd’hui la version française de HER à Paris, une appli de rencontres pour femmes qui cartonne aux États-Unis.
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7. Grâce à elle, vous allez enfin comprendre ce qu'est la blockchain

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