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Elle a lancé “App-Elles”, la première appli dédiée aux femmes victimes de violences

Grâce à App-Elles, les victimes de violences peuvent alerter leurs proches et s’entourer des personnes compétentes. Une initiative inédite d’utilité publique. 
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Basée à Nantes depuis quatre ans, Diariata N’Diaye, dite “Diata”, a lancé l’association Résonantes et App-Elles, la première application dédiée aux femmes victimes de violences. La jeune femme de 34 ans, qui a grandi dans les Vosges, n’a pourtant pas le parcours type d’une geek: d’abord rappeuse, Diata N’Diaye a bifurqué vers le slam, une discipline qui a toujours servi son souci d’engagement, indissociable de son art -elle aime d’ailleurs se définir comme une “artiviste”. Il y a 10 ans, elle créait Mots pour maux, un spectacle autour des violences faites aux femmes qu’elle a joué plus de 200 fois dans des établissements scolaires à travers la France. Mariage forcé, excision, viol, il n’y a dans la bouche de Diata N’Diaye aucun sujet tabou et une volonté énergique de sensibiliser le jeune public à ces questions: “L’idée était de parler de ces sujets de façon un peu plus détendue et moins conventionnelle”, nous raconte-t-elle, assise sur un banc à l’extérieur du Stereolux, à Nantes, où se tenait fin mars Le Printemps des fameuses

“Je ne savais pas qu’il y avait autant de jeunes victimes, et elles sont complètement à l’ouest.”

En parallèle de son spectacle, Diata N’Diaye met en place des échanges avec son jeune public et des ateliers d’écriture. Et, dès le départ, s’aperçoit qu’il y a urgence: “Dès la première session, je me suis retrouvée avec des témoignages, face à des personnes qui n’avaient jamais parlé”, se souvient-elle. Sa connaissance du milieu associatif lui permet d’aiguiller ces jeunes vers les bon·ne·s interlocuteur·rice·s·, mais l’expérience la renvoie à sa propre histoire. D’origine sénégalaise, Diata N’Diaye s’est retrouvée mariée de force à 15 ans, lorsqu’elle est partie en vacances dans son “bled” avec ses parents. Et a dû s’extirper toute seule de cette situation. “Me rendre compte qu’il y avait encore des situations comme celle-ci, ou entendre des témoignages de violences sexuelles -qui sont ceux qui reviennent le plus souvent-, me dire que ces personnes vivent leur truc seules, que l’on communique depuis des années sur ces sujets mais que l’info n’est jamais arrivée jusqu’à elles, c’est quelque chose qui m’a fait halluciner. Je ne savais pas qu’il y avait autant de jeunes victimes, et elles sont complètement à l’ouest”, déplore-t-elle.  

C’est lors de son emménagement à Nantes, en 2015, qu’elle a l’idée de lancer une appli pour venir en aide aux victimes de violences. Lancée en octobre de cette année-là sur ses fonds propres, App-Elles permet d’alerter ses proches et de s’informer sur les structures d’accompagnement, et comptabilise aujourd’hui 5600 téléchargements et 800 utilisations mensuelles en moyenne. Cette appli gratuite, sans pub ni collecte de données, est pour l’instant disponible uniquement sur Android. Bien pensée, l’application peut-être dissimulée sous une icône de jeu vidéo ou de recettes de cuisine, afin de protéger par exemple les victimes de violences conjugales. On peut aussi choisir son mode de déclenchement, “comme par exemple le fait d’arracher son casque audio, ou de taper trois fois sur son téléphone”. Dernière nouveauté, App-Elles se déclinera très prochainement en bracelet, une collecte sur Hello Asso permet de se le procurer ou de financer des bracelets pour les associations qui accompagnent les victimes de violences. Interview.

 

Comment le projet App-Elles est-il né?

J’ai réalisé à travers mes ateliers que le public, en réalité, n’y connaît rien aux violences. J’ai entendu des trucs hallucinants comme “Mon corps appartient à mes parents jusqu’à ce que je sois majeure”. Par ailleurs, lorsque je demande aux spectateurs à la fin de chaque représentation de me donner la définition du viol, personne n’est capable de répondre. Idem pour la définition d’une agression sexuelle. On a beau en parler tous les jours, les gens ne savent pas de quoi on parle, en fait. Et puis, outre la méconnaissance des violences, il y a une méconnaissance des conséquences que les violences ont sur la santé. Par exemple, certaines personnes se scarifient et n’opèrent pas du tout le lien entre ce qu’elles ont subi et ce qu’elles s’infligent. 

Concrètement, comment l’appli App-Elles s’utilise-t-elle?

On dit aux victimes d’appeler la police en cas de problème, mais on sait que ce n’est pas ce qu’elles font. Quand on vit une expérience comme celle-ci, on prend son téléphone et on appelle un proche. C’est en partant de ces constats que j’ai créé App-Elles autour de trois fonctionnalités: une touche qui permet d’alerter le 112, mais surtout ses propres contacts, soit trois personnes de confiance qui, en cas de problème, reçoivent une position GPS, une photo prise par le téléphone et un SMS pré-enregistré. Une deuxième touche qui permet de contacter les associations au niveau national et local. Et une troisième touche qui renvoie vers un site “ressource”, où l’on parle des violences et des conséquences qu’elles ont sur la santé. Il est destiné autant aux victimes qu’aux proches, l’idée étant de faire de ces derniers de meilleurs alliés. 

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Tu n’as aucune formation technique, pourquoi avoir eu envie de passer par une appli pour lutter contre les violences?

C’était une évidence. Mon public habituel, ce sont les jeunes, et j’ai confisqué tellement de portables pendant mes interventions que je sais à quel point ils sont accro! (Rires.) Et puis, moi-même, je fais tout sur mon téléphone. L’idée, c’était d’utiliser l’outil que tout le monde a tout le temps sur soi. Je n’ai pas de formation technique en effet, mais je me suis rapidement entourée d’un chargé de projet digital, on a rencontré des développeurs et j’ai financé la première version sur mes fonds personnels. Il y avait urgence et si j’avais compté sur les financements publics, je serais encore en train d’attendre. 

Avec App-Elles, vous ne collectez pas les données. Arrivez-vous quand même à savoir qui utilise votre appli?

Oui, on a certaines infos. On sait combien de personnes utilisent les différentes touches. On sait dans quel département se trouvent les personnes qui les utilisent, mais on n’a aucune info sur l’identité des utilisateur·rice·s. Il peut s’agir de femmes ou d’hommes, de jeunes ou de moins jeunes. Les seuls retours qu’on a, ce sont les témoignages qu’on reçoit. On sait par exemple que certaines joggeuses l’utilisent pour être rassurées, ou que certaines victimes de violences vivent en couple. Ce sont d’ailleurs ces personnes-là qui nous ont donné l’idée de pouvoir planquer l’appli dans le téléphone. 

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Si l’appli est gratuite et que tu ne vends pas de données, comment la finances-tu?

Par le mécénat de compétence. Quatre entreprises spécialisées dans le numérique -Cap Gemini, Iadvize et Wary Me, Odiwi-, nous font bénéficier de leur savoir-faire. C’est pour elles l’occasion de s’engager en faveur des droits des femmes et de la lutte contre les violences. Grâce à leur soutien, nous mettrons à dispo dès fin avril une application totalement inédite, qu’on est allé présenter au CES de Las Vegas.

Quelles en seront les nouvelles fonctionnalités?

Les proches contactés par les victimes vont pouvoir entendre ce qui se passe et avoir la position GPS en direct. Cet audio sera enregistré et stocké sur un serveur, et les personnes pourront les utiliser pour faire valoir leurs droits en cas de dépôt de plainte. Les audios sont pour le moment valables au civil, pas au pénal, mais en compagnie de l’avocate Isabelle Steyer, on a l’intention de faire bouger la loi. 

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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