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Reportage

À l'école Simplon, personne n'a peur du code

En proposant une formation accélérée et gratuite pour développeurs solidaires, l’école Simplon déniche des talents d’ordinaire exclus du monde du numérique. Visite, à Montreuil, d’un incubateur de jeunes pousses de la programmation et rencontre avec les jeunes femmes du Web de demain.
© Valentin Fougeray pour Cheek Magazine
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Le code pour tous, voilà quelle pourrait être la devise de l’école Simplon. C’est derrière les grandes verrières d’une longue bâtisse, ancienne fabrique remise à neuf, que cette “fabrique de codeurs entrepreneurs” se cache. C’est la fin de l’année et ça se sent: quelques élèves manquent à l’appel. “Beaucoup sont déjà sur leurs projets professionnels, précise l’un des Simploniens, et puis, on a le choix de travailler sur place ou à la maison.” Ici, on apprend à coder, à programmer et aussi à assouvir ses envies d’entrepreneuriat. “Notre métier n’est pas bien compris, on pense ordinateur alors que ce n’est qu’un outil. Le fond du travail, c’est plutôt de choisir le bon mot que le bon algorithme”, explique Andrei Vladescu-Olt, l’un des cofondateurs de l’école. 

Lignes de code et Chabadabada week

Ceux qui n’ont pas encore eu la chance de s’échapper en vacances échangent entre eux, penchés sur leurs bureaux, les yeux rivés sur des lignes de code incompréhensibles pour les novices. Cette année, plus de 30 élèves ont été sélectionnés parmi des centaines de dossiers. Le point commun des heureux élus? Un fort potentiel et l’envie de réaliser des projets solidaires et sociaux. La diversité est l’un des maître-mots de l’institution qui recrute des gens “de 18 à 52 ans, de bac -2 à bac +8, débutants ou initiés au code”. Au final, 14 nationalités sont représentées dans cette première promo.

Ecole Simplon cover © Valentin Fougeray

© Valentin Fougeray pour Cheek Magazine

Qu’en est-il des femmes? “Dans notre formulaire de candidature, il n’y a pas de case ‘F’ ou ‘M’ et, durant la formation, il y a zéro différence dans notre approche de l’apprentissage entre les mecs et les nanas”, assure Andrei Vladescu-Olt. Le cofondateur admet toutefois qu’il existe une différence majeure entre les sexes: “Les garçons sont indéniablement plus sûrs d’eux.” Pas très surprenant quand on sait que les nouvelles technologies sont plus souvent associées aux hommes, à l’image des matières scientifiques au lycée: “Les filles ont été découragées pendant tellement de temps qu’il y a besoin de faire un travail là-dessus”, ajoute Andrei Vladescu-Olt. Cette année, on compte seulement sept femmes parmi les élèves. Très actives dans la vie de l’école, les Simploniennes ont notamment organisé la très remarquée Chabadababa week, une semaine pendant laquelle elles ont organisé des rencontres avec des femmes influentes du Web afin de promouvoir la mixité dans les métiers techniques et de valoriser l’empowerment au féminin.

Ecole Simplon © Valentin Fougeray

© Valentin Fougeray pour Cheek Magazine

Audrey Sovignet et Roxana Rugina, ces entrepreneuses qui codent

Parmi les Simploniennes, il y a Audrey Sovignet. La jeune femme de 29 ans a été très médiatisée après avoir reçu, le 8 mars dernier, le prix Biilink de l’entrepreneuriat féminin des mains de Fleur Pellerin pour son projet I Wheel Share. Cette appli permettra aux personnes handicapées de pouvoir partager et géolocaliser leurs expériences positives ou négatives afin de réaliser un état des lieux du handicap aujourd’hui. Objectif d’Audrey Sovignet? Donner la parole pour faire évoluer la société. Cette idée lui est venue de son frère paraplégique, dont l’énergie et la positivité l’ont toujours inspirée. “Il fait même du wheelskating, du skate en fauteuil roulant, c’est dire!”, lâche celle qui travaille actuellement sur le design de l’appli qui sera bientôt fonctionnelle. “Je ne me pose pas la question de savoir si je suis légitime à faire telle ou telle chose parce que je suis une femme, souligne cette codeuse entrepreneuse, d’ailleurs,  je fais de la mécanique vélo, ma sœur est garçon de voyage et mon cousin sage-femme…

Ecole Simplon Audrey Sovignet cover © Valentin Fougeray

Audrey Sovignet © Valentin Fougeray pour Cheek Magazine

 

Être la seule fille me fait me sentir bien, je me sens spéciale! D’autant qu’on a d’autres idées et des touches perso très différentes de celles des mecs, ce qui débouche sur d’autres perspectives.

Roxana Rugina, elle, vient de Roumanie, pays où les filles sont nombreuses dans le domaine de la programmation. “Celles qui apprennent le code sont très bosseuses, garantit la jeune femme. Mais il manque un leadership féminin et il y a du boulot niveau management!”. Si elle admet qu’en France, les femmes sont rares dans le Web, cela n’a jamais été un problème pour elle: “Être la seule fille me fait me sentir bien, je me sens spéciale! D’autant qu’on a d’autres idées et des touches persos très différentes de celles des mecs, ce qui débouche sur d’autres perspectives.” À l’école Simplon, Roxana Rugina a appris à développer, concevoir une appli mais aussi à gérer une équipe: “Durant la formation, j’ai réalisé que mes points forts étaient le management et l’international. Résultat, je suis partie créer une école Simplon en Roumanie!

 

Let’s code! avec Roxana Rugina

L’encouragement de la poursuite des rêves est vital dans le training, continue Roxana, Les formateurs nous ont mis en avant pour qu’on développe nos points forts.” L’ouverture de la formation est prévue en octobre et des workshops pour les femmes et les enfants ont déjà été créés. “Mon rôle est important ici, il y a beaucoup à faire dans l’entrepreneuriat numérique et encore plus dans le domaine social.” Dans les colloques, Roxana interpelle toujours les gens avec la même phrase: “Avec le code, j’ai senti pour la première fois mon cerveau s’étendre comme un élastique! Cela développe l’imagination, c’est un outil au service de la créativité.” Et d’ajouter: “Internet a besoin de sensibilité et d’esthétique féminines, je pense que notre rôle est décisif, c’est maintenant ou jamais!

Audrey Sovignet aimerait enfin qu’on cesse de penser que certains secteurs sont réservés aux hommes et d’autres aux femmes. “Dans la réalité, ces clivages ne se justifient pas. Mon frère évoque régulièrement les ‘barrières invisibles’ que l’on érige nous-mêmes. Sachez que la programmation est à la portée de tous et peut offrir de belles opportunités. Alors entreprenez et codez, les filles!

Laura Soret


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