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“Les Filles aux manettes”: la Websérie qui remet les femmes au centre du game

Dans une passionnante Websérie documentaire diffusée sur Arte Creative, la journaliste Sonia Gonzalez déjoue le sexisme dans l’univers du jeu vidéo. 
Capture d'écran “Les Filles aux manettes”
Capture d'écran “Les Filles aux manettes”

Capture d'écran “Les Filles aux manettes”


Sonia Gonzalez, la réalisatrice qui a donné vie à la série Les Filles aux manettes, n’a rien d’une gameuse. Comme certaines d’entre nous, elle se rappelle avoir joué aux jeux électroniques de poche, comme Donkey Kong ou Super Mario, dans la cour de son école, mais n’a jamais passé de nuit blanche scotchée, dans la peau d’un gnome, devant World of Warcraft.

La trentenaire, en revanche, a toujours été intéressée par les questions de féminisme et de représentations. On lui doit notamment le passionnant documentaire Riot Grrrl, son premier 52 minutes diffusé l’an dernier sur Arte, et dont une Websérie tout aussi intéressante, Des Filles et des zines, avait été tirée. La jeune femme, qui a suivi une formation à l’UnionDocs de Brooklyn, avait aussi réalisé à la fin de son année le court-métrage Desperatly Seeking Stagg Girls, où elle partait à la recherche d’un gang de filles. 

On a fait croire aux filles que les ordinateurs n’étaient pas pour elles et, de fait, les jeux vidéo non plus.

“Quand tu es une fille, c’est comme s’il y avait des domaines inaccessibles, et cette idée de faire son truc à sa manière, d’emprunter son propre chemin m’intéressait”, raconte-t-elle à propos de sa démarche pour Les Filles aux manettes. En s’apercevant que les femmes étaient nombreuses à s’adonner aux jeux vidéo –“Elles sont 52%, mais c’est surtout le jeu sur smartphone qui fait exploser les statistiques.”-, Sonia Gonzalez a eu envie d’explorer cet univers. Et en a tiré une Websérie documentaire ludique et instructive, découpée en très courts épisodes de quelques minutes. On en a tiré cinq mots-clés qu’on lui a demandé de commenter. 

 

 Les Filles aux manettes, épisode 1

 

Marketing genré

“Au départ, dans les années 70, les publicités pour les jeux vidéo étaient plutôt familiales: on voyait la fille, son frère, le papa et la maman réunis autour d’une console. Puis, peu à peu, les pubs pour ordinateurs n’ont plus mis en scène que des mecs et tout ça est devenu de plus en plus sexiste. Ce n’était pas encore du marketing genré, mais plutôt du marketing tout court, ciblé en direction des hommes. Comme c’étaient les mecs qui avaient le pouvoir d’achat, on a fait croire aux filles que les ordinateurs n’étaient pas pour elles et, de fait, les jeux vidéo non plus. On les en a dépossédées. Puis, le marketing genré a pris le relais de tout ça. Pour rappel, le marketing genré, c’est faire croire aux filles qu’il leur faut des choses roses, et aux garçons qu’il leur faut des choses bleues. C’est se dire qu’en fait, les filles jouent aux jeux vidéo et donc, qu’on va leur faire des jeux sur mesure. Comme ça, on peut vendre deux fois plus de jeux!”

 

Les Filles aux manettes capture d'écran computer girls femmes jeu vidéo

Capture d’écran Les Filles aux manettes

 

Eye candy

“Dans le jargon, le ‘eye candy’ ou ‘bonbon pour les yeux’ en français, c’est le personnage féminin créé pour satisfaire le plaisir du regard masculin. Ce qui saute aux yeux quand on regarde beaucoup de jeux vidéo, c’est que les personnages féminins ont vraiment des seins énormes. Elles sont aussi habillées hyper court alors que ça n’a aucun lieu d’être, car se battre en mini-jupe n’est quand même pas hyper pratique! (Rires.) Ce phénomène s’est vraiment affirmé avec les années car, quand tu vois Chun-Li dans Street Fighter, elle se bat avec un costume normal. Dans les jeux plus récents, on trouve des filles avec des tops troués à la poitrine pour faire ressortir les seins et dans les jeux d’horreur comme Resident Evil, elles sont aussi souvent très court-vêtues. On sent que c’est vraiment pour faire plaisir aux mecs, on est dans la représentation la plus clichée, la plus scandaleuse des femmes, c’est clairement du sexisme ordinaire. Même si l’industrie du jeu vidéo se féminise de plus en plus, à partir du moment où beaucoup de mecs fabriquent les jeux, ils conçoivent plutôt des filles qu’ils trouvent agréables à regarder. Normal, puisqu’ils passent des heures devant l’ordinateur à les travailler!”

Pour la petite histoire, l’idée des créateurs de Lara Croft était de pouvoir mater ses fesses, puisqu’on passe son temps à voir le personnage de dos.

 

Lara Croft

“Lara Croft, c’est l’héroïne avec un grand H. Ce que dit la professeure et chercheuse Fanny Lignon dans la série, c’est qu’elle voyait Lara Croft comme un personnage éminemment sexiste, sans en soupçonner la possible dimension émancipatrice. Pour la petite histoire, l’idée des créateurs était de pouvoir mater ses fesses, puisqu’on passe son temps à voir le personnage de dos. Le concept de départ était de faire un jeu vidéo inspiré d’Indiana Jones, mais avec une “Sonic perspective”, c’est-à-dire comme dans le jeu vidéo Sonic, où tu es placé derrière le personnage quand tu joues. C’est bien sûr des mecs qui ont créé Lara Croft et pourtant, en discutant avec les gameuses, on se rend compte que jouer à Tomb Raider était vraiment quelque chose d’émancipateur, qu’elles se sentaient puissantes. En tout cas, Lara Croft est mythique et ça semblait légitime de lui consacrer un épisode.”

 

Les Filles aux manettes, épisode 3

 

#GamerGate

“En France, on est passé un peu à côté du GamerGate, mais c’est quelque chose qui a énormément touché la communauté des gamers aux États-Unis, au Canada et en Angleterre. C’est un hashtag lancé par des mecs qui se sont autoproclamés “Social Justice Warriors” et qui s’apparente à une campagne de harcèlement hyper violente et anti-féministe. À la base, elle a été lancée contre la créatrice de jeux vidéo Zoë Quinn, puis elle a touché d’autres femmes, comme Anita Sarkeesian du blog Feminist Frequency. Le fait que des femmes osent empiéter sur le terrain masculin a mis le feu aux poudres. Et ce qui est très étrange, c’est qu’il n’y a eu aucune poursuite, personne n’a été condamné, alors que c’est allé très loin. Dans le cas d’Anita Sarkeesian, un gars a créé un jeu vidéo où tu pouvais jouer à lui casser la figure! Les gens s’en sont donné à cœur joie parce qu’ils savaient qu’ils ne craignaient rien. C’est vraiment symptomatique du harcèlement en ligne, un sujet dont on ne parle pas assez à mon avis, et qui est très présent dans la communauté des gamers.”

 

Nina Freeman Les Filles aux manettes capture d'écran femmes jeu vidéo

Nina Freeman, capture d’écran Les Filles aux manettes

 

Nina Freeman

“Elle, c’est mon coup de foudre! C’est le prototype de la fille qui a grandi avec les jeux vidéos sans se demander si c’était pour les filles ou pour les garçons. Elle s’est juste dit que ça existait, qu’elle adorait jouer et qu’en plus, elle pouvait apprendre à coder par elle-même. Ses jeux sont très drôles et hyper subversifs. Elle travaille désormais pour un gros studio indépendant basé à Seattle, qui a fait notamment Gone Home, un jeu qui se passe dans le monde des Riot Grrrls. Elle fait partie d’une nouvelle génération qui code, qui s’est emparée des nouveaux moyens de fabriquer et de diffuser du jeu grâce à des plateformes comme Steam, qui ont révolutionné l’approche du jeu vidéo. Pour moi, c’est une figure ultra-moderne et très punk. Elle a seulement 25 ans et il faut absolument tester son jeu Cibele, créé à partir de l’une de ses histoires d’amour.”

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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Capture d'écran “Les Filles aux manettes” - Cheek Magazine
Capture d'écran “Les Filles aux manettes”

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Capture d'écran “Les Filles aux manettes” - Cheek Magazine
Capture d'écran “Les Filles aux manettes”

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Capture d'écran “Les Filles aux manettes” - Cheek Magazine
Capture d'écran “Les Filles aux manettes”

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Capture d'écran “Les Filles aux manettes”

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