cheek_entretienconnecte_habillage_desktop

geek

L'entretien connecté de Marine Rome

Marine Rome veut faire progresser la visibilité des lesbiennes dans la tech

Marine Rome a lancé l’antenne française de Lesbians Who Tech, un réseau de femmes homosexuelles qui bossent dans les nouvelles technologies. Interview.
DR
DR

DR


Au cœur du discours de Marine Rome, il y a la notion de safe space inclusif. “C’est très important que tous les salariés d’une boîte, quelle que soit leur histoire, aient un safe space inclusif pour pouvoir s’épanouir sur leur lieu de travail”, résume la jeune femme de 29 ans, coprésidente du réseau Lesbians Who Tech en France. En clair, que des personnes lesbiennes se sentent libres de raconter leur week-end avec leur copine, au même titre que leurs collègues hétéros. “Quand des salariés hétéros montrent leurs photos de vacances en famille, on estime que c’est de la vie de bureau, mais quand c’est une lesbienne ou un gay qui évoque sa vie privée, ça rentre dans la case de la sexualité et ça devient problématique car les gens sont gênés, souligne Marine Rome. Conséquence: la plupart de ces personnes taisent une partie de leur identité et intériorisent  l’homophobie qui est là, soit en ne racontant rien, soit en inventant des mensonges. À terme, cela peut avoir un impact sur la carrière en limitant la socialisation dans l’entreprise, ou pire, cela peut encourager des gens à vouloir quitter leur job ou leur pays.”

Lutter contre l’invisibilité des lesbiennes dans le milieu de la tech, c’est exactement l’objectif du réseau américain Lesbians Who Tech. C’est aussi un combat qui rejoint d’autres luttes chères à Marine Rome. Quand elle arrive à Paris pour commencer à travailler dans le big data, la jeune femme, qui a grandi en Auvergne et étudié à Lyon et Bruxelles, entame aussi un parcours de militante, au sein du collectif queer Oui Oui Oui et des Dégommeuses, une équipe de foot lesbienne. “J’ai démarré ma vie de militante en plein pendant la séquence du mariage pour tous. Notre collectif dit oui au mariage, oui à la PMA et oui à la filiation. J’ai tout de suite accroché avec ses codes très modernes, notamment dans son identité visuelle mais aussi dans l’utilisation massive qui est faite des réseaux sociaux, ça m’a beaucoup inspirée au moment de lancer Lesbians Who Tech en France.”

L’identité sexuelle, ce n’est pas une question de sexualité, c’est avant tout une culture différente, l’appartenance à une minorité, qui répond à des dynamiques similaires aux autres diversités.

C’est lors d’un voyage professionnel à San Francisco en 2014 que Marine Rome découvre cette association, qui lui parle immédiatement. Elle est alors communication manager pour Squid et travaille aussi sur les questions de recrutement. “J’ai trouvé géniale cette idée de croiser les questions liées à la tech, à l’émancipation et à la structuration des réseaux. J’ai loupé le sommet international de l’asso en 2014, mais je les ai suivies sur les réseaux sociaux avant de finir par les contacter en leur proposant d’ouvrir une antenne française, qui a vu le jour en septembre 2015.”

Passionnée par toutes les questions de diversité, Marine Rome évoque le sujet avec ses boss, qui la soutiennent complètement dans cet engagement. “C’était chouette de me sentir appuyée et d’introduire ce critère dans le recrutement”, se souvient-elle. Le lancement du réseau dépasse de loin ses attentes. Alors qu’elle a réservé une table pour 10 dans un bar, le lieu est rapidement rempli par une centaine de personnes qui ont vu passer l’event Facebook. Une affluence qui confirme à Marine Rome qu’elle a eu raison de s’emparer du sujet. “L’identité sexuelle, ce n’est pas une question de sexualité, c’est avant tout une culture différente, l’appartenance à une minorité, qui répond à des dynamiques similaires aux autres diversités. Au sein de Lesbians Who Tech comme au sein des Dégommeuses, on lutte autant contre l’homophobie que contre le racisme et le sexisme. On porte ces trois combats de fronts, car si on ne réfléchit pas globalement aux discriminations, on les reproduit: il y a par exemple des mécanismes de domination hommes-femmes qui se reproduisent  au sein de la communauté LGBT, consciemment ou inconsciemment. D’où l’enjeu de réfléchir globalement.”

“Il est très difficile de citer une personnalité ouvertement lesbienne en France, on est obligées d’aller chercher nos role models aux États-Unis.”

Concernant le peu de visibilité des lesbiennes en France, Marine Rome le met sur le compte d’une société qui rejette le communautarisme et manque de role models. “Quand on assume son appartenance à une minorité, on est vite accusé d’être communautariste, regrette-t-elle. Par ailleurs, c’est toujours difficile pour une femme aujourd’hui de faire son coming out car on n’a presque pas de role models français. Dans mon parcours personnel, par exemple, le fait qu’une personnalité comme Amélie Mauresmo affiche son homosexualité a été déterminant pour m’aider à m’accepter. Mais à part elle, il est très difficile de citer une personnalité ouvertement lesbienne, on est obligées d’aller chercher nos role models aux États-Unis et c’est dommage.”

Avec Lesbians Who Tech, Marine Rome espère donc aider le maximum de femmes à assumer leur sexualité sur leur lieu de travail, et surtout à s’en servir pour réseauter, au même titre que toute autre appartenance. Libérer cet espace de liberté pour créer de nouvelles opportunités, c’est l’ambition affichée de la jeune femme, qui travaille actuellement sur le prochain sommet international de Lesbians Who Tech, prévu pour le mois de juin à Paris. En attendant cet événement de taille, elle a répondu à notre entretien connecté.

Geek de la première heure ou geek formée sur le tas?

Plutôt formée sur le tas, quand j’ai commencé à travailler dans le big data, car avant j’avais fait des études de sciences politiques. Ça m’a intéressée de comprendre ces sujets et de découvrir l’écosystème tech.

iPhone ou Android?

iPhone, même si c’est de plus en plus cher. Je suis iPhone depuis le début et c’est dur de changer.

Twitter ou Facebook?

Les deux. Sur Twitter, j’aime que tous les influenceurs et les gens qui ont des trucs à dire soient là. J’aime le pouvoir de Twitter et l’idée qu’on arrive à faire du bruit pour faire, par exemple, retirer certaines affiches homophobes ou bien faire renoncer Roman Polanski à présider les César. Sur Facebook, j’aime le côté attachant de raconter des choses plus personnelles et de partager des opinions avec ta petite famille virtuelle.

La dernière personne que tu as taggée?

À mon avis, ça doit être les Dégommeuses. On est très connectées, ce sont elles, ma petite famille Facebook.

Ta référence geek IRL?

Megan Smith, l’ancienne CTO (Ndlr: directrice de la technologie) de la Maison Blanche. C’était la geek en chef des États-Unis, ouvertement lesbienne, et le modèle ultime de réussite au féminin. C’était avant l’arrivée de Trump au pouvoir, qui est assez effrayante car on sait dorénavant que le pire est possible. La période que nous vivons actuellement est assez stressante, mais j’essaye de me concentrer sur les résistances au niveau local: si des mauvaises nouvelles arrivent, les safe spaces seront plus utiles que jamais. En tant que minorité, de gros risques planent sur la communauté LGBT qui est une cible, l’homophobie est en grande recrudescence.

Ta référence geek de fiction?

Lisbeth Salander dans Millenium. C’est la geek ultime, pour une fois, le héros est une meuf hyper badass.

Caramail, Hotmail ou Gmail?

Avant, j’avais une boîte Hotmail, qui est devenue ma boîte à pubs, c’est toujours utile. Et comme j’ai vieilli, maintenant je suis sur Gmail.

Booking, TripAdvisor ou Airbnb?

Airbnb! C’est mon premier réflexe quand je voyage.

Ton appli culte?

City mapper, une app de transports qui fonctionne dans toutes les les villes du monde. Comme je voyage pas mal, je m’en sers beaucoup.

Ce que le Web a le plus changé dans ta vie?

Grâce à Internet, j’ai la possibilité de voir ce qui se passe ailleurs et de me sentir connectée avec le reste du monde. Dans le cadre de mon activité militante, ça m’a permis de de pouvoir m’organiser avec les activistes américaines et de rester en contact avec elle. Je me sers énormément de ce qui se passe aux États-Unis, ça m’inspire pour lancer des campagnes et fédérer les gens. Et ça, c’est grâce aux Web que je peux le faire.

Propos recueillis par Myriam Levain


3. Marietta Ren, la dessinatrice qui réinvente la BD sur smartphone

Dans Phallaina, on suit sur notre smartphone ou notre tablette les aventures d’Audrey, une jeune femme inventée par la dessinatrice Marietta Ren, qui publie sa première bande défilée. Interview.
DR  - Cheek Magazine
DR

7. Ludwine Probst, la développeuse qui balaye les clichés sur les geeks

La développeuse Ludwine Probst sera ce soir sur la scène de Sisterhood, un évènement dédié aux femmes de la tech, organisé par Facebook et The Family en partenariat avec Cheek Magazine et Bibliothèques Sans Frontières. À cette occasion, elle répond aux questions geek de Cheek.
DR  - Cheek Magazine
DR